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27 juillet 2007 5 27 /07 /juillet /2007 19:27

38578.jpgdarfour.jpg Page d'accueil Orange du 27 juillet 2007. Deux photos. Test de l'été : êtes-vous plutôt thalasso ou plutôt Darfour ? Jusqu'à quand la grande vacance de l'esprit ?

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Published by Gérard Larnac - dans Chemin faisant
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18 juillet 2007 3 18 /07 /juillet /2007 12:41

 

J’ai tard lu Deleuze. A mon grand regret je ne l’ai pas connu. Mille Plateaux était alors bien trop à la mode pour me sembler digne d’intérêt. Aveuglement de jeune homme brouillon et passionné. Rien de méchant. Juste un peu de temps perdu. Aussi ma stupéfaction ne fut-elle que plus grande lorsque enfin je daignai entrer dans le corpus des textes deleuziens. Ce que je retiens de lui est résumé par cette phrase qu’il a publié dans un livre de philo pour enfant : « Ne pas faire point ; faire ligne ». Vivre à l’altitude exacte de cette unique citation peut amplement suffire à enchanter toute une existence.

 

La formidable générosité de l’homme m’incita à le rencontrer à peu près à l’époque où il donna rendez-vous à une fenêtre, qu’en esprit libre il enjamba. La rencontre resterait donc purement livresque.

 

Je me suis donc jeté sur ce « Dialogue avec Deleuze », qui vient juste de paraître, qui plus est superbement imprimé par les éditions Isolato. Son auteur, lui, a été une des belles rencontres littéraires de mon existence. Kenneth White. Poète qu’en fac on me reprochait de lire au prétexte un peu court qu’il n’était pas « au programme ». Il était au mien, c’était suffisant pour consacrer quelques temps au personnage, claquer la porte de l’université et partir sur les routes.

 

Je me souviens de ce mois d’octobre 1983 où je lisais Dérives et Les Limbes incandescents dans les cafés d’Annecy, en compagnie de quelques picolos de haut vol, tandis que le soir je m’en retournai dormir à la belle sur les berges du lac. Caillant.

 

C’est en ce même mois d’octobre que je rencontrai « Ken », comme l’appelle avec dévotion ses aficionados. Le bonhomme, chaleureux, semblait à la hauteur de ses textes : un esprit clair, vaste, sans cesse en mouvement. Je me pris même pour un journaliste littéraire après avoir publié quelques papiers ici et là, suite à nos rencontres, nombreuses et amicales. Des articles, des échanges épistolaires, des éclats de rire sur les trottoirs de la Sorbonne. Jusqu’à la fondation de l’Institut International de Géopoétique, dont je fus, à sa demande. Et membre du Comité de Rédaction des Cahiers de Géopoétique – rendez-vous compte, mon nom à côté de celui de Nicolas Bouvier !

 

Tout ça était bel et bon. Le néologisme de « géopoésie » fut même, je crois, déposé ; comme un nom de marque. Il me semblait pourtant que toute idée, toute notion, tout concept, appartient surtout à celui qui sait le mieux le définir, qu’il n’y a donc pas lieu de « déposer », mais plutôt de « composer ». Bref.

 

Que l’on me pardonne : j’exècre les courtisans. Sans doute par foncière immodestie. Ou par méfiance instinctive envers l’ordre. Je ne vis dans l’Institut qu’un désir d’institution ; un cirque ajouté au cirque ambiant. Quelque chose de raide, crispé, avait éclipsé la joie d’autrefois. Je tournai le coin de la rue : on n’entendit plus parler de moi.

 

Lorsque paraît un livre de Ken (idem avec un disque de Bob, que l'on croise ici dans mes « Outtakes »), je l’achète les yeux fermés. Systématiquement. Et quand il n'est pas bien fameux, ce qui arrive parfois, eh bien c’est comme si je prenais des nouvelles d’un ami lointain. Heureux quand même. Et comme avec les amis, ce droit de dire : « là tu charries quand même un peu ».

 

Aussi, avec ce « Dialogue avec Deleuze », j’avais l’impression qu’on allait assister à la rencontre fécondante entre deux des plus brillants esprits nomades. Eh bien je me suis trompé. Cela tient plutôt de l’exécution sommaire par temps d’épais brouillard (pour ça, Alan Sokal avait une autre verve !). Lorsque, au terme de 53 pages de rallages intempestifs, de démonstrations peu convaincantes (style : c’est à cause de Deleuze si on n’a rien compris à ma géopoétique et si les média me font la gueule), Kenneth White en vient enfin, enfin, à ce dialogue que nous promettait le titre, c’est pour l’expédier en moins d’une page ! Une page ! Encore se résume-t-elle à opposer terme à terme l’utopie et la géophilosophie deleuziennes à  l’atopie et la géopoétique whitienne. Non sans avoir tenu à apporter tous les certificats attestant de l’antécédence de ces dernières sur les premières. Alors oui, pour le coup, Ken, tu charries quand même un peu. Un peu beaucoup, même. Par exemple : en quoi l’utopie, en tant que fin de l’histoire de la domination, mériterait une telle volée de bois vert ? Vaut-elle moins, en tant qu’horizon de sens, que cette a-topie qui, de loin, ressemble fort à un paradis blanc pour gogos, à un non lieu éthéré, inatteignable, à une pure vapeur ? Cela tient de la fanfaronnade et du jeu de mot. Ici on est décidément très, très loin du dialogue attendu. Mais plutôt dans un catéchisme ronronnant. Plus : complaisant.

 

Nomadiser, je veux dire vraiment, c’est emprunter le chemin de l’Autre. C’est en effet être en dia-logue. Avec un individu, avec une culture, avec un champ intellectuel, avec une œuvre, avec un territoire. On ne peut réduire ainsi en permanence toute pensée à une étape plus ou moins avancée sur le chemin de sa propre démarche. Le procédé n’est pas honnête. Lire Deleuze ne suppose pas d’avoir lu White. Qui peut s’imposer, péremptoire, comme le référent unique à même de reétalonner les pauvres esprits égarés ? (Et pour quoi faire : les rééduquer ? Allons, allons…). Où le divers, le singulier – le nomade ? Comment à ce point refuser à une pensée sa propre voix, son propre timbre, sa propre singularité ?

 

On ne peut prétendre à l’écart, à l’isolato, et passer son temps à pleurnicher les médailles et la reconnaissance populaire qu'on n'a pas eues. Les grandes voix singulières sont décidément plus loin, ailleurs, sur la route. Ne recherchant pas la lumière médiatique mais celle de l’esprit.

 

"Dialogue avec Deleuze" est une belle occasion ratée.

 

 

 

 

Indispensable en revanche est la lecture de l’anthologie personnelle des poèmes de Kenneth White, parue en poche il y a quelques mois chez Poésie/Gallimard sous le titre : « Un monde ouvert ». Une anthologie qui ne me quittera pas de l’été. Compagne naturelle de mes pérégrinations solaires dans les Abruzzes.

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Published by Gérard Larnac - dans Carnet d'esquisses
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18 juillet 2007 3 18 /07 /juillet /2007 08:51
Ecrire, c'est être le premier d'une peuplade qui n'existe pas encore.
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12 juillet 2007 4 12 /07 /juillet /2007 22:48

Guadeloupe2007-005.jpgL'aube d'un autre matin est venue prendre forme sous l'aile. Rencontres étranges. Intercalaires. Des pays et des îles. Des regards et des hommes. Sentir combien nous nous sommes éloignés. Partis. Ailleurs. Pas arrivés. Vivants en somme.

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Published by Gérard Larnac - dans Chemin faisant
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11 juillet 2007 3 11 /07 /juillet /2007 16:38

On ne choisit pas son nom, il est ce mot qui vous marque avant que vous ayez vous même pris possession de votre propre langue. Le mien en remet une couche dans le grotesque, comme un masque de fantaisie. Pourtant, dans la vieille langue d'Oc d'où il est originaire, mon vieux nom ridicule signifie : "La montagne au-dessus du village". C'est au fond ainsi que j'ai toujours vécu : tourné vers cette nature qui nous dépasse et entraîne notre esprit vers un air plus vif.

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Published by Gérard Larnac - dans Signes de piste
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10 juillet 2007 2 10 /07 /juillet /2007 17:26

Identité nationale, versus mondialisation. Deux versants d'une même névrose obsessionnelle. Répondre à une définition précise, unilatérale, sécurisé, autiste, figée une fois pour toute ; et l'imposer aux autres. Au milieu de la tempête qui fait rage, quelques repères. "Il y a des moments de l'histoire où les identités culturelles reprennent leur souffle", dit Edouard Glissant (revue Cassandre N°70 de cet été) . Le mot "mondialité", que je lis sous sa plume, est un soleil sur ce régime de pluies intermittentes entre deux averses qui nous tient lieu de pensée. Un "universel nomade", porteur de ce genre de vérités qui ne prennent toute leur valeur que très transitoirement, en fonction des autres vérités qu'elles rencontrent sur leur chemin. Une complexité qui soit aussi une complicité. Laisser à la culture sa capacité à se créoliser, à s'entrelasser à d'autres trames. A faire rhizome, dirait Deleuze dont le mot d'ordre était : "Ne pas faire point. Faire ligne". Nous, ici, premières générations de la rencontre planétaire, de l'émigration mondialisée, assistons à une mutation à laquelle nous peinons encore à donner un sens. Nos enfants ne seront ni blancs ni noirs ni jaunes, ni juifs ni goys ni arabes ni...ni..., mais tout cela en même temps. Les pensées qui s'accrochent encore à ces désiroires repères appartiennent déjà au passé - et sont d'autant plus virulentes aujourd'hui qu'elles se savent dépassées. "Il nous faut vivre dans ce chaos-monde avec de nouvelles manières de le sentir", dit encore Glissant.  "Mondialité". L'idée d'une vérité intangible, mais qui se rend intangible précisément par sa capacité à se nouer au divers. Une pensée du global qui se nourrirait au feu de sa diversité interne. Un de ces mots nouveaux par lesquels sortir de l'ornière identitaire. Allons respirer cet air-là.

A visiter :

http://www.tout-monde.com
Edouard Glissant

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9 juillet 2007 1 09 /07 /juillet /2007 19:49

DSC01419.JPGGare. Cathédrale. Vouée non pas au ciel ni à la verticalité mais à l’horizon. Point de fuite sous la verrière. Serre où se cultivent avec passion les quatre directions de l’espace. Coordonnée au temps des hommes avec ses pendules géantes, silences hautains, impératifs. Courses nerveuses crispées sur la poignée des valises. Anxiété. Embrassades dernières. Les horaires de chemin de fer valent tous les poèmes. Un mot ne compte que par sa capacité à emmener. Pour le compte on est servi. Il faudrait écrire ainsi, sans verbe ni adjectif. Cette sécheresse de baluchon strictement nécessaire. Qui ne démontre rien. Qui ne veut rien prouver. Qui laisse tout en plan. S’en va. S’esbigne. Avec la grande vitesse les trains perdent leur rythme. Le saut léger à l’aiguillage. Il faut être plus attentif. Savoir exister au cœur de ce mouvement. Voir le paysage second à travers la vitre du wagon, ce paysage qui n’existe pas, qui n’existe que là, dans la vitesse, fantôme jeté sur le ballast, rails luisant de l'averse récente, déplacements incessants de plans et d’arrière-plans, sarabandes des câbles qui montent puis descendent, pylônes, champs au foin couchés par les bourrasques, tournesols pensifs, fermes, forêts, parfois une ville, parfois une de ces petites gares perdues, jetée, rejetée, dont le train ne fait que raser le quai affolé sans perdre une seconde, routes perdues où s’obstine quelque véhicule lointain, sa vie, son destin, puis autre chose encore, autre chose tout de suite, usines désaffectées portant beau leur vide sans remède, absence, paysages désancrés, mis en mouvement sous les nuages bas, là-bas le trait noir de la pluie qui tombe, soleil, l’œil moissonne – le souffle rageur des trains inverses sème un doute douloureux. D'une douleur qui te réveille. Qui t'élève. 

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6 juillet 2007 5 06 /07 /juillet /2007 15:45
Un rabbin demande à ses élèves :

-         Quand reconnaît-on le moment exact où la nuit s’achève et où le jour se lève ?

-         Lorsque nous pouvons distinguer la brebis du chien, répond l’un.

-         Quand nous pouvons faire la différence entre l’olivier et le figuier, répond l’autre.

-         Ce n’est pas suffisant.

-         Mais alors, quelle est la bonne réponse ?

Alors le rabbin dit :  « Lorsque l’étranger qui approche nous le tenons pour notre frère, à ce moment-là la nuit s’achève et le jour commence ».

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4 juillet 2007 3 04 /07 /juillet /2007 21:38

Extraordinaire Guillaume Vigneault dont je lis "Chercher le vent" (Point-Seuil). Passage sur les mandala tibétains: "Ils se mettent à cinq, ils en ont pour des semaines, et quand ils ont fini, ils ne prennent pas de photo, rien, ils le balaient aussitôt, ou alors ils dispersent le sable dans les  eaux d'une rivière... En le détruisant, ils s'empêchent de ressentir de la fierté".

Auteur, entraîne-toi donc au mandala au lieu d'aller encombrer nos amis libraires.

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3 juillet 2007 2 03 /07 /juillet /2007 23:01
Ecrire comme un vieil indien goguenard qui affûte sa flèche en rigolant sous cape.
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