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11 juillet 2007 3 11 /07 /juillet /2007 16:38

On ne choisit pas son nom, il est ce mot qui vous marque avant que vous ayez vous même pris possession de votre propre langue. Le mien en remet une couche dans le grotesque, comme un masque de fantaisie. Pourtant, dans la vieille langue d'Oc d'où il est originaire, mon vieux nom ridicule signifie : "La montagne au-dessus du village". C'est au fond ainsi que j'ai toujours vécu : tourné vers cette nature qui nous dépasse et entraîne notre esprit vers un air plus vif.

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10 juillet 2007 2 10 /07 /juillet /2007 17:26

Identité nationale, versus mondialisation. Deux versants d'une même névrose obsessionnelle. Répondre à une définition précise, unilatérale, sécurisé, autiste, figée une fois pour toute ; et l'imposer aux autres. Au milieu de la tempête qui fait rage, quelques repères. "Il y a des moments de l'histoire où les identités culturelles reprennent leur souffle", dit Edouard Glissant (revue Cassandre N°70 de cet été) . Le mot "mondialité", que je lis sous sa plume, est un soleil sur ce régime de pluies intermittentes entre deux averses qui nous tient lieu de pensée. Un "universel nomade", porteur de ce genre de vérités qui ne prennent toute leur valeur que très transitoirement, en fonction des autres vérités qu'elles rencontrent sur leur chemin. Une complexité qui soit aussi une complicité. Laisser à la culture sa capacité à se créoliser, à s'entrelasser à d'autres trames. A faire rhizome, dirait Deleuze dont le mot d'ordre était : "Ne pas faire point. Faire ligne". Nous, ici, premières générations de la rencontre planétaire, de l'émigration mondialisée, assistons à une mutation à laquelle nous peinons encore à donner un sens. Nos enfants ne seront ni blancs ni noirs ni jaunes, ni juifs ni goys ni arabes ni...ni..., mais tout cela en même temps. Les pensées qui s'accrochent encore à ces désiroires repères appartiennent déjà au passé - et sont d'autant plus virulentes aujourd'hui qu'elles se savent dépassées. "Il nous faut vivre dans ce chaos-monde avec de nouvelles manières de le sentir", dit encore Glissant.  "Mondialité". L'idée d'une vérité intangible, mais qui se rend intangible précisément par sa capacité à se nouer au divers. Une pensée du global qui se nourrirait au feu de sa diversité interne. Un de ces mots nouveaux par lesquels sortir de l'ornière identitaire. Allons respirer cet air-là.

A visiter :

http://www.tout-monde.com
Edouard Glissant

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9 juillet 2007 1 09 /07 /juillet /2007 19:49

DSC01419.JPGGare. Cathédrale. Vouée non pas au ciel ni à la verticalité mais à l’horizon. Point de fuite sous la verrière. Serre où se cultivent avec passion les quatre directions de l’espace. Coordonnée au temps des hommes avec ses pendules géantes, silences hautains, impératifs. Courses nerveuses crispées sur la poignée des valises. Anxiété. Embrassades dernières. Les horaires de chemin de fer valent tous les poèmes. Un mot ne compte que par sa capacité à emmener. Pour le compte on est servi. Il faudrait écrire ainsi, sans verbe ni adjectif. Cette sécheresse de baluchon strictement nécessaire. Qui ne démontre rien. Qui ne veut rien prouver. Qui laisse tout en plan. S’en va. S’esbigne. Avec la grande vitesse les trains perdent leur rythme. Le saut léger à l’aiguillage. Il faut être plus attentif. Savoir exister au cœur de ce mouvement. Voir le paysage second à travers la vitre du wagon, ce paysage qui n’existe pas, qui n’existe que là, dans la vitesse, fantôme jeté sur le ballast, rails luisant de l'averse récente, déplacements incessants de plans et d’arrière-plans, sarabandes des câbles qui montent puis descendent, pylônes, champs au foin couchés par les bourrasques, tournesols pensifs, fermes, forêts, parfois une ville, parfois une de ces petites gares perdues, jetée, rejetée, dont le train ne fait que raser le quai affolé sans perdre une seconde, routes perdues où s’obstine quelque véhicule lointain, sa vie, son destin, puis autre chose encore, autre chose tout de suite, usines désaffectées portant beau leur vide sans remède, absence, paysages désancrés, mis en mouvement sous les nuages bas, là-bas le trait noir de la pluie qui tombe, soleil, l’œil moissonne – le souffle rageur des trains inverses sème un doute douloureux. D'une douleur qui te réveille. Qui t'élève. 

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6 juillet 2007 5 06 /07 /juillet /2007 15:45
Un rabbin demande à ses élèves :

-         Quand reconnaît-on le moment exact où la nuit s’achève et où le jour se lève ?

-         Lorsque nous pouvons distinguer la brebis du chien, répond l’un.

-         Quand nous pouvons faire la différence entre l’olivier et le figuier, répond l’autre.

-         Ce n’est pas suffisant.

-         Mais alors, quelle est la bonne réponse ?

Alors le rabbin dit :  « Lorsque l’étranger qui approche nous le tenons pour notre frère, à ce moment-là la nuit s’achève et le jour commence ».

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4 juillet 2007 3 04 /07 /juillet /2007 21:38

Extraordinaire Guillaume Vigneault dont je lis "Chercher le vent" (Point-Seuil). Passage sur les mandala tibétains: "Ils se mettent à cinq, ils en ont pour des semaines, et quand ils ont fini, ils ne prennent pas de photo, rien, ils le balaient aussitôt, ou alors ils dispersent le sable dans les  eaux d'une rivière... En le détruisant, ils s'empêchent de ressentir de la fierté".

Auteur, entraîne-toi donc au mandala au lieu d'aller encombrer nos amis libraires.

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3 juillet 2007 2 03 /07 /juillet /2007 23:01
Ecrire comme un vieil indien goguenard qui affûte sa flèche en rigolant sous cape.
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2 juillet 2007 1 02 /07 /juillet /2007 16:22

bobkerouack.jpgAu tournant des années 60 de l’autre siècle, Bob Dylan s’est baissé pour ramasser par terre la tradition américaine dont personne ne voulait plus. Pour y puiser la force d’un élan à la mesure des temps nouveaux. Pour la porter en avant, cette mémoire collective, vers l’avenir, vers le possible d’une autre mémoire à construire.

La civilisation américaine est sa matière. Il va en tenir la chronique. Et mettre dans des formes anciennes des paroles nouvelles : héritage, elles, des surréalistes français dont la présence à New York durant la guerre a profondément marqué les Etats-Unis. Pour se séparer de la tradition, pour imposer à tous et à lui-même l’inouï de sa présence artistique, le barde de Greenwich Village confronte son héritage culturel au désenchantement de l’Amérique de la menace nucléaire. Etrangeté et distance au rôle sont les instances de légitimation du discours dylanien. Pimenté d’ironie, mordante, qualité elle aussi bien peu américaine. Parce que l’ironie c’est être à la fois dedans et dehors. En limite. Ambigu. Paradoxal. Et qu’en Amérique, ou vous êtes dedans ou vous êtes dehors. Pragmatique de l’action. L’ironie, c’est ce qui vous flingue ces héros de l’Ouest, trop sûrs de leur fait. Ou ce qui vous fait passer pour un anti patriote durant la guerre du Vietnam - ou après un 11 septembre.

 

De même que l’art moderne donne à voir la peinture plus que le tableau, de même que le surréalisme offre à voir l’écriture en son point d’émergence plus que de la littérature, Dylan donne à entendre le chant plus que la chanson. Le chant, au sens chamanique : ce moment précis où se mêlent le son, la voix, l’attitude, l’envoi, le pouvoir. Chanter pour faire tomber la pluie ou se taire à jamais.

 

Ces opus, innombrables, sont pour la plupart héritiers (parfois copiés-collés, cut-off, citations, remix, échos) du folk anarcho-syndicaliste à la Woody Guthrie, mais aussi de la country music, des chansons de cow-boy, des ballades irlandaises, du blues du delta, sans oublier le rockabilly, le rock’n roll, etc. S’ils invitent à une relecture quasi exhaustive du patrimoine musical américain, ils n’en ouvrent pas moins sur une posture d’avant-garde, dont l’hypermodernité nous frappe encore aujourd’hui. Parce que le répertoire dylanien en opère la synthèse. Toute cette fresque historique de l’Amérique concentrée dans la pointe affûtée d’une flèche indienne dont il attend toujours, pour la décocher, le moment le plus opportun. Si les groupes britanniques ont réveillé le blues et le rock tandis qu'ils se mouraient, de l'autre côté de l'Atlantique Dylan, lui, réactive le désir qu'avait eu en son temps Emerson : fonder une pensée authentiquement américaine, sans plus écouter "les muses raffinées de la vieille Europe", une pensée à la mesure, sauvage, rugueuse, de ce pays-continent.

 

Dans la gestion finale de sa propre légende que représente son Never Ending Tour, cette « tournée sans fin », Bob Dylan est devenu une sorte de M.Loyal de lui-même. Condamné à répéter dans les arènes du monde entier son propre mythe, comme Buffalo Bill et Sitting Bull achevant eux-aussi leur existence sur la cendrée des cirques, reproduisant à l’infini leurs hauts faits passés pour un public ravi bouffeur de pop-corn. Mais dans ce corps à corps avec la reprise infinie de tant de chansons légendaires, il y a toujours ce moment, souverain, où il parvient à tordre le cou à son propre mythe pour entrer dans la chanson comme s'il venait de la découvrir.

 

Pourtant à cet éternel demi-sourire qu’il laisse parfois entrevoir se devine autre chose. Jamais dupe de lui-même, Bob Dylan fait son démonstrateur à la Samaritaine tout en clignant de l’œil. Un final pop art, à la Warhol, s’inscrivant dans le moule pour mieux le faire éclater de l’intérieur. Les vraies révolutions n’ont l’air de rien. Lui ne s’est jamais affronté qu’à un seul et même adversaire : le temps . Le temps qui inverse le cours des situations, défaits les certitudes, emporte dans ses mouvements incessants toute idée de stabilité – ce temps qui au final vous plante son dard en plein cœur et passe son chemin comme si de rien n’était. De « Times they are a-changin’ » à « Modern Times » en passant par “Time out of Mind”, Bob Dylan nous fait toucher le vif, le vide du temps qui passe. On ne construit pas de lucidité sans en passer par là.



A paraître, Bob Dylan - une biographie (Albin-Michel), par François Bon

http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article924

 

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1 juillet 2007 7 01 /07 /juillet /2007 09:22
P1010016.JPG Ne dîtes pas qui vous êtes. Montrez-le.
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Published by Gérard Larnac - dans Lignes de faille
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30 juin 2007 6 30 /06 /juin /2007 00:29

Pour Tchatchi, la petite Tzigane

 

Il a fallu qu'il disparaisse de la surface de cette terre pour que je me rende à l'évidence : sa guitare avait toujours été indissociable de la figure de mon grand-père. Elle l'accompagnait partout. Elle constituait son rire secret.

A la fin de sa vie, comme il se concentrait uniquement sur sa mort prochaine, que rien ne semblait plus le concerner que cette hâte angoissée d'en finir une bonne fois, la guitare traînait, solitaire, à prendre la poussière dans un recoin de la caravane. Comme une conscience délaissée. Trop lourde de mémoires. Il faut venir léger au devant de sa mort.

Une fois pourtant j'ai bien cru qu'il allait se remettre à jouer.

C'était par une belle soirée de printemps. Pour une fois, il avait quitté sa caravane et s'était joint à nous, autour du feu. Il y avait ça et là les enfants qui couraient, les amoureux de l'année qui se souriaient en douce, les hommes qui racontaient leurs routes, l'aimante ironie des femmes.

Même à deux pas de l'échangeur et malgré la rumeur incessante de l'autoroute, l'air semblait doux et pur comme autrefois. Silencieux comme deux regards qui communient l'un dans l'autre. Le monde avait un je ne sais quoi de neuf, d'intime, de favorable. Nous ne tarderions pas à reprendre la route. Des oncles, des tantes, des cousins, des amis étaient venus des quatre bords de l'horizon. Les êtres et les choses se concentrent parfois pour mieux se disperser ensuite ; telle est en tout cas la vie que nous avons choisie.

L'atmosphère ce soir-là était chaude et vibrante de notre désir de départ. J'ai bien cru que j'aurais le temps de m'asseoir un moment aux côtés de mon grand-père, de lui tenir silencieusement la main en regardant le feu, comme lorsque j'étais enfant, que j'écoutais sa voix puissante en buvant ses paroles. Il était toujours le centre du groupe en ce temps là, fort en gueule, blaguait, chantait, riait, buvait à la régalade, rayonnant comme un dieu.

Puis il prenait sa guitare qu'il gardait toujours à portée de la main, attendant, les yeux mi-clos, cette toute première note qui lui viendrait par delà le silence amer des hommes et des circonstances ; cette toute première note qu'il lui suffirait ensuite de dérouler jusqu'au bout, jusqu'à l'épuisement de sa propre ferveur. La musique s'élevait soudain, ample, solennelle, inattendue, contenant toute la magie de la nuit et du temps. Avec une brusquerie de félin, ses mains s'élançaient le long du manche, marquaient le rythme en tapant de la paume sur le coffre. Les doigts volaient au-dessus des six cordes. Parfois un chant perçait l'obscurité - la voix de ma grand-mère, plus haute, plus vibrante que la nuit étoilée du plein juillet. Tout s'arrêtait. Même les camions, on ne les entendait plus tirer sur leur embrayage à l'amorce de la courbe, là-bas, du côté de l'autoroute. Et le monde retenait son souffle. Et le monde écoutait.

J'ai profité d'une pause dans la soirée pour venir près de lui. Les cris des enfants nous parvenaient comme de très loin. Les mains inertes, posées loin sur ses genoux, il ressemblait à un vieillard. Mais je n'attachai pas d'importance à cette image, elle n'était là que pour m'égarer. Mon grand-père avait peu de rapport avec son apparence présente. Il était toujours le grand bonhomme de mon enfance.

Appuyée contre la caravane, la guitare de mon grand-père inscrivait son profil dans l'obscurité à la lueur lointaine du brasero. Quelqu'un avait dû la sortir, pour voir, on ne sait jamais, et elle restait là, en attente d'un événement bien improbable.

C'est drôle. On croit toujours avoir le temps. Le temps de se parler. Le temps de s'aimer. Comme si l'existence était l'éternel repérage pour un film qu'on ne tourne jamais. Quand enfin on se croit prêt, les circonstances sont déjà toutes autres, les êtres chers ont disparu, il ne reste plus rien.

Quelqu'un a crié mon nom, de nouveaux arrivants, il fallait que je parle à cet autre, je me suis tourné vers mon grand-père, j'ai prononcé un truc du genre " Je reviens ", j'ai quitté la place qu'il s'était choisie un peu à l'écart pour observer la soirée, on avait préparé mon verre, tout en buvant je devinais sa silhouette lointaine de vieillard assis, les mains jointes sur le pommeau de sa canne, regardant de loin la scène comme si son regard passait à travers elle, comme s'il scrutait derrière son voile de silence quelque arrière monde plus réel que celui-ci.

Jamais plus je ne vins me rasseoir au côté de mon grand-père. Je n'étais pas près de lui lorsque, peu de temps après, arriva la nouvelle de sa mort ; et cette absence me reste, comme une infranchissable distance qui me sépare à présent de moi-même. Je n'ai pas eu une larme. Seulement ce sentiment très doux, comme lorsqu'on regarde frémir la branche que l'oiseau vient tout juste de quitter.

Moi je ne suis pas musicien. Je ne suis qu'un voyageur un brin acharné. Je me contente de passer mon chemin à ma manière fantasque et désinvolte. L'été pourtant, où que je sois, je m'installe à côté d'elle. Il fait si bon dehors sous le grand ciel. Elle m'est comme une présence à la fois étrange et familière. Et j'attends en silence.

J'aime écouter le vent du monde dans la guitare de mon grand-père.

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29 juin 2007 5 29 /06 /juin /2007 13:15

Ce qui ne rentre pas dans les Lettres françaises : l’implicite, l’ambigu, le paradoxal, le non dit, le silencieux, l’ineffable, le mystère, le lointain, le tout autre, l’indistinct, l’indifférencié. Oui, parfaite en notre lumineux Descartes quand il s’agit de flanquer les religieux à la porte pour laisser entrer la Raison, notre langue française ne fonctionne que trop par ses bords les plus tranchants, nous faisant perdre beaucoup de la compréhension des choses dès lors qu’elles échappent au langage hérité.

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