Mardi 24 novembre 2009

Après ses tribulations au Prix du premier roman (dont il était un des favoris du jury, avec, si j'ai bien compris, de grandes chances de succès), mon roman japonais est donc parti hier pour... Tokyo, vers le Bureau des copyrights français très exactement, afin d'être présenté aux éditeurs nippons pour éventuelle traduction là-bas.

Ce jeu de translation d'écriture - rendre le roman au lieu qui l'a produit - est un geste, non pas éditorial, mais plasticien. Le voyage de l'écriture me paraît en effet prendre la relève du voyage, banalisé, des corps. C'est aussi, ou surtout, un geste d'amitié et de reconnaissance pour l'archipel du Soleil Levant, à qui je dois tant.

Je me vois donc comme un artiste conceptuel dont la matière scripturale est le support à un geste qui dépasse les questions littéraires ou éditoriales.

Ce geste-là m'importe bien plus que tout travail spécifiquement littéraire. Il m'emporte d'ailleurs moi-même dans des champs neufs.

Par Gérard - Publié dans : Traduire le vent
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Lundi 23 novembre 2009
Repars à fond sur ce texte dylanesque avant de m'embarquer pour l'Afrique puis retour par les dédales du crâne jusqu'à ce carrefour où s'agitent les diables.
Par Gérard - Publié dans : Chemin faisant
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Lundi 16 novembre 2009

En réfléchissant à mon intervention de Draveil, j’en suis venu à mieux synthétiser les principes à l’œuvre dans « Le Voyageur Français ». Pensé à Stendhal : « Un roman c’est un miroir qu’on promène le long du chemin ». Sauf qu’aujourd’hui ce miroir est en miettes, de même que le « destin », le « point de vue », le récit, l’homme lui-même. Nous sommes dans nos vies comme Fabrice à Waterloo. Nous ne savons jamais à quoi nous prenons part. Le récit identitaire n’est plus susceptible de se constituer. Le sujet est décentré, jeté hors de lui-même ; par la vitesse, la brièveté des interactions, le temps faussement « réel » des échanges simultanés, l’ubiquité, la globalisation, la complexité, la pléthore de données. Le sujet vit désormais à l’extrême périphérie de lui-même. Il est devenu opaque aux autres, opaque à lui-même. Nous sommes les passants éloignés de notre propre vie (cf dans le livre le monologue de Nanao).

Dans La Communauté inavouable, Maurice Blanchot parle de cette coupure, de cette impossibilité de devenir complètement soi-même. L’être s’éprouve « comme extériorité toujours préalable, ou comme existence de part en part éclatée, ne se composant que comme se décomposant constamment, violemment et silencieusement ».

Le « destin singulier » (titre de la table-ronde de Draveil) ramène en fait ici à la singularité d’un récit qui ne peut plus se constituer. La littérature se jouera donc, dans l’optique qui est la mienne, autour des aventures et expériences nouvelles nées du caractère inconstituable du récit/récit de soi à l’ancienne.

Un homme, Thomas : il revient d’une guerre indistincte, à la recherche du récit de soi qui ferait de lui un héros. Mais la figure même du héros s’est défaite. C’est la fin des grandes fresques épiques. Le « soupçon » de Sarraute, partout. Rien ne parvient plus à se constituer.

Il part : pour le Japon, l’Empire des Signes. Là, ce personnage en panne de récit rencontre Kaoru, veuve d’un poète qui vient de mettre fin à ses jours. Kaoru représente le principe opposé : elle veut remettre en scène le moment du suicide afin de passer avec son défunt époux. Réécrire le destin, refaire récit, réaccorder sa vie aux grands rituels japonais (Le Shinju, le suicide des couples). Il lui faut un figurant : Thomas tiendra le rôle. Grâce à elle, le voyageur français trouve sa place à l'intérieur d'un récit possible. Il devient un personnage, il possède à nouveau un destin singulier. Il se constitue comme sujet à mesure qu’il court à sa perte.

« Le Voyageur Français » pose en tension les éléments du débat. Le récit amazonien, désormais achevé et qui devrait être mon prochain roman, en proposera le dépassement.

Par Gérard - Publié dans : Traduire le vent
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Dimanche 15 novembre 2009
Le Salon du Premier roman (Draveil) a distingué hier Tatiana Arfel pour L'attente du soir (José Corti). Un texte à découvrir absolument. Egalement repéré au fil de mes pérégrinations : La Remorque Rouge, de Marie-Gabrielle Duc (Albin Michel).

Occasion de présenter à la table-ronde "Le Voyageur Français", hors compétition pour cause de livre indisponible chez l'éditeur. J'étais donc un écrivain nomade, sans stand, ce qui au fond me convenait tout à fait. Occasion surtout de rencontrer des lecteurs dont la ferveur m'a touché... Pas l'habitude de pareille fête. Il va sans doute falloir que je m'occupe de relancer ce livre, puisqu'il a des lecteurs. J'en suis toujours un peu surpris, je n'écris pas vraiment pour être lu, quoi qu'un peu quand même... Un livre est une méditation. C'est pourquoi publier n'est qu'un moment de malentendus et de tracas après un grand moment d'authenticité et de félicité. La redescente. Mais sentiment tout de même de cette amitié profonde pour le texte telle qu'elle vient de m'être témoignée, avec enthousiasme vrai et regards qui pétillent. J'ai peut-être une responsabilité de plus qu'il va me falloir assumer. 

Alors juste dire merci à ces lecteurs.  
Par Gérard - Publié dans : Chemin faisant
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Jeudi 12 novembre 2009
Ecarté du Prix du Premier roman puisque "Le Voyageur Français", sorti fin janvier mais indisponible depuis des mois, n'a pas été remis sur le marché par l'éditeur, je participerai cependant samedi prochain à 16H00 à la table-ronde sur le thème : "Destins singuliers". Un sujet qui touche au coeur même de ce projet d'écriture, par antiphrase.

Salon du Premier Roman, 1 allée de Villiers, 91210 Draveil.
Par Gérard - Publié dans : Chemin faisant
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Vendredi 6 novembre 2009
Cette ruelle derrière la gare de Shimbashi. Certaines fois je parviens à la retrouver, d'autres fois non. Ruelle instable. Pas vraiment inscrite dans la réalité. Un lieu de l'esprit, sans aucun doute.

Fracas du shinkansen au-dessus de ma tête. Dans la petite tasse le saké chaud s'apprête à élever mes pensées.

Après ma mort je resterai peut-être comme un vague sentiment de joie sous les ponts de Shimbashi.
Par Gérard - Publié dans : Chemin faisant
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Mercredi 4 novembre 2009

Parfois il convient d’être parfaitement clair. Avec soi. Avec les autres. Où en est donc l’écriture, dans son rapport à l’insuccès ou au succès, au dithyrambe ou à l’indifférence ? Oui, en cette période de « prix littéraires », je voudrais regarder en moi-même et interroger cette drôle de chose : cinq essais (dont deux de commande), un roman chez un bon éditeur (mais en faillite puis racheté durant la courte vie du livre), soit un parcours pour le moins erratique qui ne m’a jamais permis ni ventes bien remarquables ni papiers laudateurs. « Rappelons le contexte », comme écrivait ici même un commentateur du blog : « vous êtes un écrivain raté ».  Je ne remercierai jamais assez tous ceux qui me permettent ainsi de rompre mon attachement toujours possible à mes pauvres activités scribouillardines. Il y faut ce tranchant, ce net de jugement dernier. Allons, tout ça est très bien. Cela me rappelle mon admiration sans borne pour ces pilotes de Formule 1 abandonnant leur bolide arrêté au bord du circuit et regagnant leur stand après une panne, une sortie de route : casque à la main où ils ont jeté gans et cagoule, une étrange expression sur le visage, faite de hauteur, d’éloignement, mais jamais de tristesse ni de résignation. Ils ne finiraient pas la course en tête : du moins y avaient-ils pris leur part, fait de leur mieux. Ils n’avaient rien à regretter. Adolescent j’adorais leurs pas lents le long des asphaltes brûlants, tandis que les autres monoplaces poursuivaient en hurlant leur ronde insensée. Qu’avaient-ils donc conquis en plus, que les autres n’auraient pas ? Il y avait dans leur abandon quelque chose qui dépassait la notion de victoire ou d’échec. Les plaçaient dans un dehors dont eux seuls pouvaient connaître la sensation. Ce sont de tels dehors qui appellent mon écriture et la rendent, ratage après ratage, à une vie plus haute.         

Par Gérard - Publié dans : Lignes de faille
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Lundi 2 novembre 2009
Quitté Tokyo en direction de Beijing par l'aéroport d'Haneda. Survol d'Hakone, vision du Mont Fuji - le Fuji, personnage principal de mon premier roman, Le Voyageur Français (Editions de l'Aube, 2009). Scènes de ce monde flottant. Ecrire seulement pour rendre aux lieux ce qu'ils me donnent en silence.
Par Gérard - Publié dans : Chemin faisant
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Jeudi 22 octobre 2009
Comment prendre plus, disent les communs. Comment rendre plus, disent les autres.
Par Gérard - Publié dans : Lignes de faille
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Mercredi 21 octobre 2009
 un mot que rien n'encombre est
 comme un 3e oeil
        celui de la conscience.
                                           Ce mot que rien n'encombre,
nous sommes quelques uns
à le devoir à Jack.
Par Gérard - Publié dans : Carnet d'esquisses
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