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30 mai 2007 3 30 /05 /mai /2007 23:12

Quel est ce rendez-vous où nous courons sans cesse. Quel est ce rendez-vous que l’on n’en finit pas de manquer. Assoiffé, mais de quoi. Quelle est cette intensité que l’on pressent encore mais qui n’a plus cette libre impétuosité dans le cours de ta vie. Quand tu cognais tes espérances aux entonnoirs de l’avenir. Mais fini. Cela a fuit. Qu’est-ce donc qui nous distrait, infiniment, emportés le long des trottoirs mécaniques. Nous retient chaque fois de penser réellement notre vie d’homme. Comme mot sur le bout de la langue. Pourquoi ne sommes-nous pas là. Qui nous a annulé. Dispersé. A ce point anecdotiques, dans ce couloir de correspondance qui ne correspond plus à rien. Nous coïncidons si peu avec nous mêmes. Jusqu’à ne plus être que cela, tout entier : cette non coïncidence. Cet ajustement sans cesse perdu d’avance. Et pourtant on essaye. On persévère. Rien n’y fait. Tout ceci nous concerne si peu. Après tout c’est juste la vie qui passe. Et le dernier métro.

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30 mai 2007 3 30 /05 /mai /2007 20:27
site5.jpg"Je distinguerais deux grandes périodes dans ma déjà longue carrière littéraire, commença-t-il. La première, où les éditeurs renvoyaient le manuscrit à leurs frais ; et la seconde, où ils se mirent à exiger de moi les timbres pour le retour."

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29 mai 2007 2 29 /05 /mai /2007 20:17

Ces temps-ci le roman est en réanimation intensive. Et on ne chôme pas : francophonie or not francophonie du côté des Etonnants Voyageurs ; écriture du réel du côté du Monde qui organise les Premières Assises Internationale du roman (du 30 mai au 3 juin. Voir http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3260,36-914226@51-914304,0.html). Les rencontres vont bon train, les manifestes succèdent aux manifestes. Signe de vitalité ou derniers feux ? En tous cas volonté un peu trop marquée de baliser un champ, de marquer son territoire, d’imposer ses hiérarchies, ses troupes et ses principes. Mais on n’enclot pas le bruit des vagues. Déjà une brèche. Le roman, c’est comme le Titanic ; après la collision avec l’iceberg tout le monde s’éponge le front en disant « putain on a eu chaud ». Pourtant le navire, l’air de rien, a déjà commencé à sombrer.

« Roman non merci ». C’est par ces mots que François Bon conclut le texte concernant l’envoi de manuscrits pour la nouvelle collection qu’il lance au Seuil. «Il y a, dans les revues qui s’ouvrent à l’expérimentation et aux nouvelles voix, dans ce qui circule de création littéraire sur Internet, des indices qui ne trompent pas : des textes hors roman, des récits brefs, qui questionnent le réel et l’image, appellent souvent la voix, la performance. C’est pour cette inscription hors genre que nous avons pris à Henri Michaux l’intitulé de cette collection : déplacements. »

Voici une position autrement intéressante. « Une inscription hors genre ». Car voyage ou pas, réel ou pas, le roman, en tant qu’il est écrit par quelqu’un, voire par une machine, dit nécessairement quelque chose sur le monde. La question n’est donc pas là. Plutôt donner voix, donner forme à la singularité du temps qui vient. Ce monde inédit où l’intériorité d’autrefois se trouve si brutalement réduite à pas grand chose. Culture pour tous, conscience pour qui ? Bouts de vérités, pléthoriques, mais utiles à quoi ? Esprits hypermodernes sollicités par les dehors. Sans cesse. Multiplement. Nos amours deviennent des croisements. Nos vies de brèves rencontres avec les différents avatars qui grossièrement nous représentent sans y croire. Collectifs temporaires, éphémères. On se connecte aussi vite qu’on se déconnecte. Input output. Plus de mode d'emploi. Pensées fragments gigognes. Alors comment ça marche, tout ça ? Comment on s'arrange pour faire sens "quand même" ?

L’extériorité, le divers, le tout autre. Cadres brisés. Avec eux nos chaînes. Nos œillères. Profiter du spectacle. Des œuvres courant d’air. Jetées par le soupirail. Il y a dans ce moment éruptif, effractif, quelque chose de l’ordre d’une recomposition. Mais une recomposition non pas d’un ordre différent, mais d’un ordre ouvert, instable. Sans cesse à venir. Un ordre sans ordre.

« Lire ces formes neuves demande une attention autre, dans un paysage encombré par une idée trop préformatée des genres (…) Jamais ce qui touche au livre n’a été rejoint par un bouleversement si rapide. Ces écritures neuves interrogent ces ruptures, du livre et du monde. C’est parce que nous participons nous-mêmes de ce bouleversement, qu’il y a urgence à entendre ces voix neuves, se mettre à l’écoute de comment ceux qui entrent aujourd’hui en écriture se saisissent du récit et du monde ».

Errer aux aires imprécises. Sous les ponts. Dans les recoins. Là où s’éveille le vrai. Retrouver, mais par le ténu, mais par le presque rien, cette radicalité du vivant.

 

Sur la collection déplacements : http://www.tierslivre.net/depl/

Voir également notre lien avec le site de François Bon (Section Lignes d’erre)

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28 mai 2007 1 28 /05 /mai /2007 09:10

Ecriture mieux que Littérature. Ecriture mieux que « genre », quel qu’il soit. Le moindre geste d’écrire, lorsqu’il est juste, est bien plus haut que la vie humaine de celui qui écrit. Une manière, souveraine, de sauter par-dessus soi-même. Pas pour se « transcender », non, mais pour se concentrer. Pour affûter la flèche, viser le cœur des choses. Celui que l’agitation de la vie ordinaire nous fait perdre de vue.

L’écriture naît de la possibilité de l’écriture, de son hypothèse. Ce faisant elle ne choisit que le meilleur, quelle que soit l’option choisie. Le meilleur, c’est-à-dire tout ce qui va contribuer à cette progressive ossification du texte qui vient, à cette structuration naturelle autour d’une épine dorsale qui, une fois apparue, se met à prendre en charge la logique interne du texte. Le plus dur, c’est cela : parvenir à ce moment où l’on sent l’épine dorsale d’un récit, qui est elle-même comme le réel générateur du texte. A partir de ce moment-là l’auteur n’est plus qu’un assistant. Sa création lui échappe. Tout ce qu’il a à faire consiste à  sténographier ce murmure qui vient, en essayant de ne rien perdre, en essayant de ne pas trahir. Tout va très vite. Le déjà-vu, par-dessus bord. L’inadmissible, oui peut-être. L’inouï, ça, on le garde.

Il n’existe pas de Littérature, pas plus que de Livres ni d’Ecrivains. Ce qui existe c’est ça : ce qui, avec ratures et détours, ligne après ligne, mot après mot, avance sur la page, entêté, enragé même, à la recherche de la justesse et de la nouveauté. Cette écriture qu’on n’avait jamais lu avant lui et qui, seule, rend un auteur si mystérieusement, si impérieusement nécessaire. Une œuvre qui, une fois parue, ne pourrait être retirée sans faire s’écrouler l’ensemble de l’édifice « Littérature ».

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27 mai 2007 7 27 /05 /mai /2007 18:32

« Le livre serait-il en train de devenir mortel ? » Telle est la question posée par le récent colloque sur L’Avenir du Livre (Paris, 22 février). L’époque que nous traversons prépare en effet une mutation  aussi importante que celle qu’initia en son temps l’invention de l’imprimerie. « Un livre n’est pas un discours, mais le passage de l’oralité à la trace ; le prolongement de la mémoire et de l'imagination, explique Pierre Nora, citant Borgès. Jusqu’à nouvel ordre, aucun support numérique n’a dépassé dix ans. Ce qui veut dire que la perte est immense, beaucoup plus grande que celle du livre. Il est beaucoup plus facile de se procurer et de lire un livre écrit en 1480 qu’une disquette enregistrée en 1980". Un problème nouveau de conservation se pose donc à nous. 

Pierre Nora poursuit : « Nous cumulons une rupture générationnelle, plus la révolution numérique. C’est le monde des humanités qui est en train de se transformer par l’arrivée des nouvelles technologies ». Les crises actuelles sont multiples : crise de la solitude, crise de la durée longue, crise du silence, crise de la méditation,  crise de la représentation, crise de la symbolisation,  crise de l’autorité de l’énonciation… « Le livre, en renforçant son esthétique, se maintiendra, mais la connaissance ne sera plus son apanage ».
 

L’individu est désormais pleinement exposé au monde ouvert. Pour la première fois de notre histoire, notre monde intérieur semble moins vaste, moins riche, que le monde extérieur et ses sollicitations infinies. Comment, dans ce cas, conserver le temps long nécessaire à la fréquentation des œuvres véritables ?

Bruno Latour quant à lui tient à nuancer la position de Pierre Nora : "Peter Sloterdijk fait remarquer que tout l’humanisme occidental consiste à avoir des adultes qui voudraient que leurs enfants lisent en silence sous une lampe. Et que dès que les enfants commencent à s’agiter autrement, à sortir, à éteindre la lampe et à bouger, les humanistes de la civilisation occidentale depuis son origine tremblent"...
 

Un véritable défi auquel le livre doit faire face : la crise des expertises, ce que Marcel Gauchet appelle « crise de la médiation ». « La floraison d’associations est le symptôme de cette crise de la représentation et de la médiation. Au fond, à chaque individu son association ». Déjà les blogs remplacent les journaux (« Tous journalistes ! ») et les éditeurs (« Tous écrivains ! »). « Ce phénomène d’individualisation remet en question l’ensemble des rapports sociaux et l’ensemble des structures collectives". 

"Le cas du livre est doublement intéressant, explique Marcel Gauchet. D’abord parce qu’il met en lumière plus fortement que tout autre ce qui est au principe de cette crise générale de la médiation. Il est intéressant, ensuite, parce qu’il fait apparaître non moins fortement les limites de cette crise de la médiation. Ce qui est au principe de cette crise fondamentalement, c’est le phénomène d’individualisation qui travaille nos sociétés et qui remet en question l’ensemble des rapports sociaux et des structures collectives. Immense question que je ne peux faire plus ici que signaler, qui se résume dans la phrase que l’actualité nous montre au combien en avant : « Et moi dans tout ça ? » Si la chaîne du livre est dans le principe plus concernée que tout autre secteur, c’est parce que le principe d’individualisation a trouvé dans ce domaine, grâce à la technique, avec l’internaute, la concrétisation de la figure de l’individu pur, hors médiation, doté d’un accès universel à toutes les sources d’information et d’une capacité de toucher le monde entier par ses productions intellectuelles sans intermédiaire. Internet, en ce sens, c’est le média absolu, la médiation qui supprime toutes les autres médiations, qui les rend inutiles. En même temps, d’autre part, les dimensions mêmes de ces possibilités illimitées font apparaître ce qu’il y a d’intenable dans cette disparition des médiations. Le même individu, auquel toutes les possibilités sont ouvertes, est aussitôt débordé par cette offre qui l’écrase et au milieu de laquelle il est perdu. Que lire ? Où chercher ? Comment s’y retrouver ? La destruction virtuelle de toutes les médiations en fait ressurgir l’impérieuse nécessité". 
 

"Le livre comme objet, conclut Bruno Latour, est un des éléments dans une plateforme multimodale de production dont l’écran fait évidemment partie, mais aussi des tirés à part, des post-it, des courriels imprimés... Et au milieu de cette écologie extrêmement diverse, c’est là où il faut arriver à voir comment s’insinue, disparaît ou se trouve repensée la fonction du livre".
 

Texte intégral du Colloque "L'avenir du Livre" http://www.centrenationaldulivre.fr/spip.php?article=1001

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26 mai 2007 6 26 /05 /mai /2007 23:12

Lu cette phrase de Glenn Gould : " L’objet de l’art n’est pas le déclenchement d’une sécrétion momentanée d’adrénaline, mais la construction, sur la durée, sur une vie entière, d’un état d’émerveillement et de sérénité ".

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26 mai 2007 6 26 /05 /mai /2007 22:35

Ce qui nous emmerde, au fond, c’est la conscience de traverser une époque inessentielle et sans panache. Des progrès, oui, il y en a. Beaucoup, même. Mais de basculements anthropologiques, de ceux qui accouchent brusquement de mondes nouveaux, point.

 

Pourtant, il est une chose que nous avons apprise ensemble ; et cette chose, c’est la rencontre. Pas la rencontre de hasard, furtive, banale ; mais la rencontre avec le tout autre. Que cela nourrisse fantasme, frustrations et repli sur soi n’a rien d’étonnant. Ce temps est celui des grandes sorties, des grandes migrations. Nous appartenons même à la première génération humaine qui soit ainsi appelée à connaître de tels échanges planétaires. La voilà donc, l’identité profonde de l’époque : nous vivons, à un niveau jamais vu, le temps de la rencontre.


L’étranger, il n’est plus question de l’asservir ni de l’exclure, mais d’apprendre de lui de nouvelles manières d’être et d’accueillir.

 

La période que nous traversons marche résolument vers une renaissance à l’échelle planétaire. Vers un homme plus fort, plus vaste des diversités qu’il contient.

 

La créolisation est l’avenir de notre monde.

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26 mai 2007 6 26 /05 /mai /2007 10:51

Internet. Il te roule dans le dédale hypertexte et toi pauvre Tarzan vacillant sautant de liane en liane, à t’accrocher comme tu peux dans cette traversée gigogne d’écrits, d’images, de sons, tous pareillement lacérés, fragmentés, perdus dans leur singularité, incapables de faire unité, incapables de faire sens autrement qu’en eux-mêmes. Ne pas chercher à s’accrocher. Se perdre dans le mouv.  Tiens c’est quoi cette photo qui passe sous tes yeux. Cette comédienne dans son costume de scène. Il te semble (peut-être les mots disent trop) la connaître. La connaître depuis toujours. Tu regardes plus attentivement. Son nom brusquement remonte vers toi. Intact. Du plus profond de ta mémoire. Décidément le temps n’est rien d’autre qu’un concept à la mode. Tu regardes c’est elle. Elle ce souvenir. Elle comme une note tue au cœur secret des choses. Inscrite depuis si longtemps dans la moelle de tes os. Cette femme-là mesdames messieurs est la première à qui tu as dit les mots qui brûlent, les mots des amants, paroles murmurées, raturées, maladroites, qui peuvent décider de toute une vie (ces choses ont-elles une importance, après tout soyez-en juge). Petite femme trop tôt venue. Trente années ont passé sur ce corps d’autrefois sans rien pouvoir défaire.  Antigone aux nattes brunes, aux yeux brillants. Le temps. Il nous redonne du champ. Il nous aide à ne pas nous retourner. A serrer les dents. A ne pas ressasser. A gagner pas à pas le rythme de ce qui malgré nous nous libère. Cependant tu es heureux de savoir que voici trente années tu n’as pas menti. Pas plus à elle qu’à toi-même. L’assurance, trente ans après, de tes sentiments d’alors. C’est maintenant que tu sais. Et cette découverte, étrangement, possède pour toi un prix.

Fais un rêve d'elle ces jours-ci. Vous vous embrassiez. Votre baiser avait le goût atroce de la cendre. Une façon de vous quitter une seconde fois. Souviens-toi. Souviens-toi bien. Tu étais enfermé dans un rêve. Plusieurs fois elle tenta de glisser des messages par l'étroit soupirail d'où tu observais les hommes. Mais trop enfermé dans ton rêve, tu ne vis rien. 

Antigone, déjà. Et déjà ce loin. Cet irrattrapable. L’amour ne se mégotte pas à l’aune de ce qui se passe entre deux êtres. Elle s’est juste contentée d’être la première, c’est tout. Elle n’a pas répondu, on ne va pas en faire un plat. S’est résignée à sourire, pensive. Quinze ans et tu es veuf de cet amour sans retour. Mais ce qu’elle semblait exiger de celui-là seul qui gagnerait son cœur tu as fini pareillement par l’exiger de toi-même. Votre temps est passé mais nulle nostalgie. Cet élan. Son absence t’a ouvert le chemin vers ta propre liberté. Tu t’es inventé de fond en comble à partir de la figure silencieuse de son absence. Toutes tes Indes. Tes nuits sans lune sur le Mékong. Toutes tes routes, tes dissidences. Tes Sahara. Tes sentiers birmans. Tous tes trains lancés à pleine vapeur contre des aubes indécises. C’est à elle que tu dois cette vie d’errance et de joie stupéfaite. Tes billets sans retour, c’est de son manque d’elle. Ta légèreté silencieuse : tu la lui dois.

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26 mai 2007 6 26 /05 /mai /2007 10:16

Ta vie toute entière est comme ces pièces de monnaies que les enfants posent sur les rails afin que les trains en passant leur donnent des formes bizarres, les sortent d’elles-mêmes,  les écartent définitivement de toute origine connaissable

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25 mai 2007 5 25 /05 /mai /2007 23:34
Dans l'expression "toute nue" ce n'est pas "nue" qui compte mais "toute" ; cette infinie littéralité de soi.

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