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14 juin 2009 7 14 /06 /juin /2009 10:55

Enlevez le temps libre de la société des loisirs. Enlevez le traitement de textes, le correcteur orthographique. Enlevez l'Internet et ses recherches rapides sur n'importe quel sujet. Enlevez la mode pestilentielle des petites phrases sèches et sans envergures qu'un magnétophone suffit à recueillir. Enlevez toute pitié envers vous-même. Enlevez l'ambition de trouver votre livre au soleil des vitrines. Si au bout de toutes ces soustractions vous continuez à écrire alors oui, peut-être êtes vous écrivain pour de bon !

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Published by Gérard - dans Traduire le vent
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12 juin 2009 5 12 /06 /juin /2009 23:23

Le deuxième glissement de terre passé, la plaque presque totalement immobile s’oppose au déchaînement du lac.

 

Un cri d’une cigale survivante - j’ai froid.

 

Derrière, maintenant, la crique aux arbres connus - une prairie immense d’asters d’automne. Derrière, les genévriers hauts.

 

Je sais où ils sont. Il n’est pas nécessaire de les approcher. Le fait de les deviner, là, me comble. Les roseaux aplatis, je reviens sur mes pas. Je suis un papillon à hauteur de hanche et les baies bleues devant. Bien sûr que je connais leurs noms.

 

Une feuille tourne comme folle en rotation avec l’aide du vent.

 

Le chemin s’élargit. Je m’éloigne des arbres connus. En cheminant sur un chemin défoncé de trous et demis trous, le vent étendu sur le lac, passé le glissement de terre, le soleil en face, je m’approche d’une vilaine plaque couleur brun avec juste dans la crique - les arbres connus.

 

Je suis, où es-tu, là, où ça…devant moi.

 

Dans l’ombre du soleil du matin, un canard noir, dans l’ombre du soleil du matin.

 

Des falaises, une niche - corniche grande, sans végétation. Des touffes, plus haut, un arrondi, sorte de demi-cercle de falaise avec des lignes importantes, horizontales cassées par des lignes de couleur qui dégoulinent verticalement vers le rose rouge gris estompé.

 

Dans son contre-creux, un assemblage d’arbres crochus ancrés juste au-dessus du vert verdon. Branches mortes, liane de lichens, odeur de sarriettes et de thyms écrasés, quelques jolies baies rouges, certainement poison. Des petites crottes fines et noires, élégantes même, des cairns partout. Des crottes de baies ? Des petits points blancs alignés comme des guirlandes d’eau, bougent, tous, naturellement, dans la même direction.

 

Silence d’ici. De toute beauté aussi – ce carré bleu en dessous et encore, les oiseaux absents, ces buissons qui m’entourent avec leurs écorces rugueuses et les baies d’un rouge poison.

 

Quelques fleurs minables au pied des pierres.

 

Le chemin devient sentier. Mais, quelle surprise ! un magnifique chêne tout « ragroubi ». Beauté d’arbre miniature. Fierté de sculpture naturelle. Magnifique quoi, caché là, comme une tentation sur une terrasse pavée de mousses couleur vert passé. Des buis languissants d’eau, teintés orange par leurs souffrances. Des baies, certainement. Et, juste à mes pieds, je n’ose regarder, le vide.

 

Je fais demi-tour après être immergée dans cette immensité de falaises, mes pieds retenus par un petit bout de terre d’à peine vingt centimètres, la plupart du temps les chevilles vrillées vers l’extérieur, les doigts enfoncés dans diverses épines ensanglantées, (bien sûr que je connais leurs noms), sans lâcher prise, les cheveux pris dans la végétation, la tête immobile, juste à côté des baies rouges. Le mistral fait bien son travail, me les amène toutes proches de ma bouche, mystérieusement belles, mais inaccessibles, bref, je suis sûr qu’elles sont « poison ».

 

 

Accrochée toujours là haut, à quatre pattes maintenant - il suffit de lâcher mes mains endolories, tirer sur mes cheveux, remettre mes pieds dans l’axe, faire un minuscule bond vers le paradis des terrasses vert pâle.

 

 

 

 

 

 

 

Une bande verte verdon, de Christine Bauer (Ed.Atelier Pictura, 20 euros)

Route d’Artignosc 04500 Saint-Laurent du Verdon

04 92 77 53 20

 

Atelier Pictura – On n’y voit rien

samedi 20 Juin : Rencontre Livre Lecture Gravure Travaux en cours

Christine Bauer-Cyrille Brunet-Jailly- Bruno le Bail- Mathieu Blond

A partir de 11 heures Saint-Laurent du Verdon.

 

Lien : http://regardaupluriel.hautetfort.com/

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12 juin 2009 5 12 /06 /juin /2009 18:35

Parfois, tandis que vous rédigez un essai, le discours vous entraîne, vous enchaîne à sa logique interne - de façon si impérieuse qu'il s'y crée comme un effet de vérité, indépendant, indifférent à toute réalité, aveuglé par sa seule dynamique. Il est à lui-même la réalité. L'enchaînement tient, alors on s'y acccroche comme à une pensée qui viendrait de soi, vraiment, qui serait à soi, vraiment, alors qu'elle ne vient que de son propre emballement logique, ce faiblard lyrisme de la raison raisonnante qu'on tient généralement pour un triomphe. Comment, dès lors, savoir ce que l'on pense vraiment ? Belle est la démonstration ; mais notre conviction intime, quelle est-elle ? Où est-elle ? Combien de penseurs se sont ainsi perdus à eux-mêmes, entraînés par le flux de leur propre discours, s'y enchaînant comme des extravagants, s'éloignant toujours un peu plus de leurs intuitions les plus profondes ? C'est pour cela, le roman. Pour être le premier à piéger le discours, à ne jamais le tenir pour quitte, à le rendre à ses fondamentales bifurcations, à son chaos sans trêve. Pour rester dans la parole sauvage. 

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Published by Gérard - dans Traduire le vent
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12 juin 2009 5 12 /06 /juin /2009 08:57
Le 20 juin à 15H30, le Librairie La Passerelle (Antony-92) organise ma première séance de dédicace-rencontre autour du roman "Le Voyageur Français". Comme je me suis dispensé de l'exercice au moment du Salon du Livre, c'est pour moi une vraie première. Nous verrons bien...

http://culture.118000.fr/v_antony_92/c_librairie/e_la-passerelle_0146660819_C0002001970
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7 juin 2009 7 07 /06 /juin /2009 23:00

Je n’ai pas connu Césaire, mais en voisin d’enfance je croisais régulièrement Léopold Sédar Senghor du côté de Verson, en Normandie – terre natale de son épouse. Négritude et Calvados hors d’âge. Pour moi, Verson fut surtout cette petite équipe de foot dont je portai le maillot orange deux saisons de suite, aux alentours de mes quinze ans. Sous ces couleurs qui nous faisaient ressembler à l’Ajax d’Amsterdam, je fus un piètre footballeur – mais curieusement le meilleur butteur du championnat. Le ballon m’échappait, je ne savais qu’en faire, ne contrôlant absolument rien, j’étais maladroit et rapide, personne ne me prenait trop au sérieux, personne ne voyait très bien où je voulais en venir  – et quand le ballon finissait sa course étrange au fond des filets j’éclatais de rire, comme d’une bonne blague que je me serais faite à moi-même ; comme d'un triomphe personnel sur le scepticisme. Senghor s’intéressait-il aux prouesses de son club de foot ? On le disait Président du Sénégal, mais c’était loin, Dakar, on ne situait pas très bien. On le disait surtout poète. Des professeurs, au lycée Malherbe de Caen, nous citaient parfois ses œuvres. Je me disais en moi-même également poète, mais curieusement jamais l’idée ne me vint d’aller troubler la retraite du grand homme. On se contentait de regarder passer sa voiture officielle (officielle, ça, je ne sais plus, dans mon souvenir un petit drapeau sénégalais flottait sur les ailes mais je n’en suis plus très sûr). On disait : « Tiens, c’est Senghor ». Il avait fini par faire partie du paysage, au milieu des pommiers et des champs de pluie. (Oh filles de Normandie, comme vos chevelures accrochaient bien les bruines incessantes !) Ainsi dans mes souvenirs les odeurs de pommes sures, de crampons de football et de terre trempée sont-elles associées à l’autre grand poète de la négritude venu du Sénégal. Et au fond c’est ce monde-là que j’aime : la plénitude d’un terroir avec l’entier du monde. Ainsi avancer : tout ennégré de poésie.

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5 juin 2009 5 05 /06 /juin /2009 10:15

Lorsque Rimbaud s'écrie : "Je est un Autre", c'est toute la culture classique, fondée sur la prééminence du sujet triomphant, qui s'effondre - ou plutôt qui est dépassée. Rimbaud, voyageur rare du Harrar. Dont l’œuvre blanche, silencieuse, dépasse en mystère, en intensité, l’œuvre écrite. Qui lui donne son sens. Son Nord absolu. Voyage vers la blancheur. Rimbaud ne dit pas : « Je suis un Autre ». Nulle schizophrénie. Nulle appropriation ni arraisonnement. Le voyage dans l’étrangeté du « Je » ouvre au cœur de l’être une fissure jusqu’au blanc : le centre possibiliste des différences, des écarts. De toute altérité. La crise de l’identité transforme le  « Je » en « jeu » ; elle le dissout en l’amplifiant, elle le construit à partir de son éclipse, elle le renforce de toute la puissance de son évanescence. La singularité a retrouvé l’universel véritable, seul point à partir duquel la rencontre avec les humanités devient possible. L’un s’est enfin rejoint lui-même à travers les diversités sans cesse proliférantes.


A ne pas manquer ce week-end : Paris en toutes Lettres
http://www.paris.fr/portail/viewmultimediadocument?multimediadocument-id=68922

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3 juin 2009 3 03 /06 /juin /2009 09:26

Kerouac, au cours de son périple de 1948 sur la bonne vieille route transcontinentale, parvient au Mexique. “Quand tu es au sommet, continue à monter” dit le zen. C’est ce qu’il fait. Déjà, dans un club de jazz, il a ferré le “it”, le “ça” du monde qui s’est ouvert à lui au-delà des commencements et des fins. Il ne sait pas ce que c’est, juste que c’est là, à porté. Le seuil du grand inconditionné. Il est là, le voyage. Quand le Mexique n’est plus pour lui une destination, ni même un lieu, mais ce moi-monde où Jack devient chaque brindille, chaque souffle d’air ; de l’entier de son être vers le grand tout du monde. Grâce à Kerouac, deux figures oubliées, Whitman et Thoreau, retrouvent pleinement leur sens.

 

La même année, le conseiller culturel de l’ambassade de France aux Etats-Unis démissionne pour se consacrer entièrement à ses recherches. Il s’agit pour lui de mettre au clair le texte final de ses observations faites au cours de la décennie précédente à travers le Mato Grosso et l’Amazonie. En 1955, la collection Terre Humaine, dirigée par Jean Malaurie, publie Tristes Tropiques de Claude Lévi-Strauss. “La nouveauté du livre s'oppose à un ressassement, elle répond au besoin de valeurs plus larges, plus poétiques, telles que l'horreur et la tendresse à l'échelle de l'histoire et de l'univers”, écrit Georges Bataille.

 

Echappant au Goncourt au prétexte que ce n’est pas un roman, le livre propose un titre qui va contraindre l’ethnologie à une méditation post-exotique. Tout naturellement découlera de cette méditation le concept d’ethnocentrisme (dans Race et Histoire) qui est toujours, comme le rappelle Michel Wieworka, le pêché mortel de l’ethnologie – de même que l’anachronisme est le pêché mortel de l’histoire. La source de notre aveuglement vis-à-vis de l’Autre est ainsi identifiée. L’ethnocentrisme, voilà l’obstacle.

 

Aujourd’hui on dégoise à n’en plus finir sur “l’écriture du réel”, la “géopoétique”, la “littérature-monde”, le “tout-monde”, la “littérature de voyage”, que sais-je encore. Toutes ces appellations ont pourtant bien du mal à circonscrire ce qui ne peut l’être : le grand inconditionné dont Kerouac a rappelé le souffle. Et le ressassement, on y est en plein ! Chacun son petit bout de vérité, son petit rempart, sa piteuse gamelle. Laissons-nous le temps d’aller au bout de la route, de ne pas en revenir. Laissons-nous le temps d’accomplir le vrai voyage, celui qui commence une fois à destination (il n’est pas de destination, jamais !). OK très bien, chacun sait prendre un avion, un train, un bateau. Au-delà des pittoresques micro-fictions, auto-frictions, grands vides impressionnistes sur carnet de route, que reste-t-il ? Aujourd’hui c’est une fois arrivé que le voyage commence. On ne va plus quelque part : on cherche l’accès, poétiquement, méditativement, à de plus vastes échelles d’espace et de temps. On s’altérise. On risque sa peau. On créolise sa langue et sa pensée. On se mélange à l’ailleurs comme avec une inconnue. A mille égards on défait les liens appris, on en cherche de nouveaux. Des conformes aux époques qui s’annoncent. Horreur et tendresse mêlées. Désormais nous n’héritons plus du passé, nous fabriquons le pas suivant. Nous nous établissons au centre d’un chiasme saisissant où les valeurs s’échangent : où je deviens ce monde qui regarde venir à lui cet étranger que je ne cesse d’être.  

 

C’est là, me semble-t-il, le sujet du “Voyageur français”. Dire ce monde post-exotique baignant dans son grand vide saisissant. Avec, de ci de là, des possibilités.

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29 mai 2009 5 29 /05 /mai /2009 22:43

Le récit de voyage, la littérature de voyage : mais ça n'existe plus ! La globalisation hypermoderne a fait éclater les identités ; et cet éparpillement sans fin des singularités évanescentes-proliférantes est autrement  plus urgent pour tout auteur ayant à coeur de "dire le monde". Comme dans le film "La Terre des Hommes rouges", les Indiens ne font les Indiens que pour les touristes ; après leur passage, ils vont ranger leurs plumes et enfiler leurs jean's. Dire "l'Humanité" est devenu notoirement insuffisant. Dires "les humanités", comme Edouard Glissant, est devenu notoirement insuffisant. Il faut aller plus loin encore. 

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29 mai 2009 5 29 /05 /mai /2009 22:35
Le voyageur véritable, c'est celui qui n'en revient pas.
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27 mai 2009 3 27 /05 /mai /2009 09:25
Le monde est une porte ouverte dont nous croyons avoir perdu la clef.
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Published by Gérard - dans Lignes de faille
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