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18 mai 2011 3 18 /05 /mai /2011 06:43

 

 

Au cinéma comme ailleurs, j'aime les fous, les atypiques, ceux qui mettent l'industrie en péril et la tête de leur public à l'envers. Je suis tombé sur Terrence Malick il n'y a pas si longtemps : bouche bée à l'écoute des voix off, le ton des voix off, soutenues par des lumières - des lumières plus que des images.

 

The Tree of Life à Cannes : critiques gênées aux entournures. Peur d'assister au syndrome Wenders, quand Wim, passant de l'ombre du chercheur d'or à la lumière du succès commercial, enfonça son oeuvre dans un magma amphigourique filmé comme un clip vidéo.

 

Rien de tel ici. Une thématique ambitieuse mais maîtrisée : le duel entre la nature, violente et impériale, et la grâce, désintéressée, transcendantale. Un peu manichéen, avec recours à Dieu. A l'américaine, en somme. Mais l'ordinaire d'une famille banale dans son petit lotissement texan, filmé au rythme de la conscience et du destin en train de déployer ses pièges. Mais ces visages que la douleur, que le doute viennent approfondir. Il y a de l'Antonioni dans la dernière séquence ; ce pourrait aussi être une pub pour un parfum. Pourquoi arbitrer. Malick propose au spectateur d'entrer dans une expérience. La vie est une expérience. Le cinéma, le vrai, ne sert pas à autre chose. Il n'est pas une machine à rêves : il propose un dehors à éprouver.

 

 

 

Bande-annonce : http://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=132244.html

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10 mai 2011 2 10 /05 /mai /2011 07:21

 

 

Il faut avoir eu 20 ans et avoir vécu ça. La cavalcade dans les escaliers pour échapper aux parents attérés devant leur poste de télé, persuadés (qui les a persuadé ?) que les chars russes vont arriver. Rejoindre les vieux résistants pleurant de joie dans la nuit en parlant de libération et vous tombant dans les bras. Trinquer avec des inconnus dans cette ville de Caen, pourtant si réservée d'habitude et se sentir peuple, devenir peuple, pour la première fois.

 

Il faut avoir eu 20 ans et avoir sans fin débatu, dans la brasserie qui vendait nos conversations aux RG, de la francisque de Mitterrand, du plein pouvoir qu'en ministre de la Justice il donna aux militaires pour les laisser torturer en Algérie. Bousquet, ça, nous l'apprendrions plus tard.

 

"Tu n'as pas de consience politique", m'avait dit un ami socialiste d'alors tandis que je faisais campagne au premier tour pour Coluche. L'espérance, en ces jours-là, voyait sa cote s'envoler. L'hallucination aussi. Ma correspondance sur le sujet avec Raymond Aron : "Gardez vos espoirs, je garderais mes doutes", concluait-il sagement.

 

La France vira à gauche au moment pile de la révolution conservatrice mondiale initiée par Hayek (Prix Nobel d'économie 1974) et mis en musique par l'hydre à deux têtes Thatcher-Reagan. Aussi mit-on 30 ans à réaliser ce que nous avions vécu et à quoi nous avions pris part. Et encore : beaucoup ne l'ont toujours pas compris.

 

Qu'importe : la ferveur d'un peuple lorsqu'on la libère, l'absurdité et la médiocrité des professionnels de la politique bien incapables de rejoindre les hauteurs de cette ferveur : la double leçon du 10 mai. 

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9 mai 2011 1 09 /05 /mai /2011 20:13

 

 

Plagiaire, pauvre homme
qui jamais ne saura
que la phrase ne valait

pas en soi

mais seulement dans cette soif

qu'elle avait d'elle-même

 

le chemin, mon ami, le chemin

la destination n'est rien

seul compte le pas accompli

 

 

 

 

 

 

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9 mai 2011 1 09 /05 /mai /2011 08:22

 

 

Alors, hein, la Poésie ?

  

Une façon de se tenir sur le quai et observer le train filant de ses pensées.

  

Une formule sans mot que seul l'esprit entend.

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9 mai 2011 1 09 /05 /mai /2011 08:11

 

 

En tant qu'écrivant, il n'y a pas 36 solutions ; soit vous répétez le connu, soit vous tentez l'inconnu. La première impatiente et enrichit parfois, la seconde passionne et isole toujours. Bon, un mixte des deux, alors ? Un dosage savant ? Mais ce n'est pas de la cuisine ! Comment doser la démesure ? Doit-on rendre lisible ce qui n'est pas essentiellement fait pour être lu ? Autant remettre en ordre un cut-up à la Burroughs ! Imposer la logique à un cadavre exquis ! Réécrire l' Ulysse de Joyce ! C'est peut-être pourquoi disparaissent les poètes : on a voulu les lire.

 

 

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8 mai 2011 7 08 /05 /mai /2011 20:09

 

 

Pourquoi j'aime le livre de Keith Richards, Life

Parce qu'il parle des hommes, tout simplement.

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4 mai 2011 3 04 /05 /mai /2011 09:02

 

 

De retour du Village, une fois de plus ; lisant Burroughs, lisant l'autobiographie de Keith Richards, écoutant les Stones et reprennant ce vieux boulot démarré il y a quelques années comme une bonne blague, histoire de prendre l'exact contrepied de mon roman japonais. Un récit déjanté dans le NewYork d'aujourd'hui et d'autrefois (avant la "tolérance zéro", quand Times Square n'était pas Disneyland, Saint-Mark Place encore une Cour des Miracles et la 52e un vrai rail de coke). Si "Le Voyageur français" était un roman (d'amour et de philosophie) en forme de haïku, ma romance de Manhattan est un larsen, une tronçonneuse folle lancée à travers la ville. Dans le genre plus trop métaphorique, si vous voyez... Histoire de purger tous les circuits. On dira : c'est pas le même qui a écrit ça, et pourtant ça parle très exactement de la même chose. Les formes sont toujours transitoires. 

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28 avril 2011 4 28 /04 /avril /2011 11:06

(nouvelle version revue et corrigée)

 

La Machine à désordre

 

Gérard Larnac 

 

   

 

 

« Une avant-garde, c’est toujours l’arrière-garde de quelque chose », disait Godard. Warning, donc : « avant-garde », mot agaçant. Un acide trop doux au palais, une douceur trop acide. Plaisant à l’esprit il n’est qu’une charge désamorcée, une insuffisance ; rebutant il devient le symptôme consternant de nos immobilismes et de nos sénescences. Agaçant, je vous dis.

 

On ne s’étonnera donc pas de ce que la notion même d’avant-garde n’ait pas bonne presse en ce moment ; mais en fut-il jamais autrement ? Révolution ou réaction, l’époque hésite à lui dire son fait. Que pèse son pouvoir de subversion dans une société occidentale en proie au divertissement commercial et à l’inattention généralisée ? C’est ce que Ben Laden n’avait absolument pas prévu, sa limite, son échec, sa radicale incompétence à comprendre la puissance de la frivolité ambiante : l’attentat est certes devenu global, mais il est oublié aussitôt que mis à vu, dans ce « direct » permanent où le temps de la conscience a été égaré, où il est constamment remplacé par autre chose, puis autre chose, puis autre chose encore. L’esprit contemporain, allant ainsi de stupeur en stupeur, n’a plus de temps à accorder à l’objet même de sa stupéfaction.

 

Dès lors, que peut donc l’acte qui entend se poser en rupture ? Submergé tout aussitôt par ce flux incessant qui diffère perpétuellement son examen objectif, disperse notre attention. Ainsi se cimentent les nouveaux conformismes. Jamais autant d’artistes pompiers n’ont encombré nos rubriques « culture » : riches et célébrés, mais soumis aux diktats du retour sur investissement, à la fébrilité de la cotation, au frisson bêta de la petite gloriole médiatique acquise sans audace, à la standardisation sagement formatée aux dimensions rémunératrices d’un marché. Hors du normatif et du consensuel, point de salut. Nous qui parlions encore, il y a peu, « d’avant-garde », désignions par là un art d’émeutiers ; voici des rentiers ! Plus de place pour l’inouï, l’inédit, l’expérientiel. Le futur, on ne l’aime que répétitif, déjà vieux, déjà vu, sans risque, en charentaises. Mais cette complaisance à l’égard du banal, du balisé, attise par contrecoup un singulier désir de retrouver nos légèretés insurrectionnelles.

 

C’est le temps des avant-gardes à succès qui s’est achevé, mais non celui des avant-gardes. Qui investirait aujourd’hui le moindre kopek sur un cinéaste de la Nouvelle Vague ? Quel mécène produirait un Luis Bunuel ? Et Joyce ? On voit d’ici la gueule du directeur-de-collection-stagiaire rédigeant fielleusement sa lettre de refus avant de renvoyer Ulysse… C’est ce que nous avions tendance à oublier : les avant-gardes pour ne pas se trahir elles-mêmes se nourrissent d’invisibilité : elles ne poussent que dans les souterrains. Se refilent de la main à la main. Ce sont des mots de passe.

 

L’avant-garde, c’est ce désordre qui guette. Elle rend le temps à sa mobilité, à son imprévisibilité, à sa rumeur, à son bruit de fond, à son dehors ; ce en quoi elle dérange les places, les hiérarchies et les positions de domination, les certitudes, les conventions, les ronrons. La notion d’avant-garde est venue à nous pour corriger la modernité, et non pour être sa musique d’ascenseur. Une empêcheuse de tourner en rond. Un doute de principe.

 

Qu’est-ce, au fond, qu’être moderne (ou hypermoderne, comme on dit aujourd’hui) ? Etre moderne, c’est être capable d’avaler l’avenir, comme un trou noir, à l’intérieur de notre infernale machine à présent dont les media et l’industrie du divertissement sont devenus les rouages essentiels. Etre moderne, c’est se poser comme irréductible au temps, depuis un lieu faussement surplombant. C’est entrer dans un temps angélique, sans corps ni perte ni substance. Sans mort, bien sûr, et sans Histoire. Moderne est celui qui clôt, qui ferme la porte – qui veut avoir le dernier mot. Après moi le Déluge ! C’est la dilution du temps dans le pur immédiat. Culte de l’actuel. De l’actualité comme vérité ultime. Moderne est celui qui exerce symboliquement un empire totalisant sur la totalité du temps pour exalter l’emprise de sa présence. L’horizon d’attente de la modernité est en moi et non dans le futur d’un temps humain désormais impartageable. Le solipsisme, empire hystérisé du moi, infecte tout. Le monde, sous le nom de libéralisme, entend se présenter à nous comme une sorte de « jouir sans fin » passablement hallucinatoire et exclusivement orienté « marchandise ».

 

De son côté la fin programmée des ressources a fait un pacte avec l’immobilité pour asseoir plus encore la domination de la modernité sur le temps. Nous faisons refuge du présent pour échapper au compte à rebours sur lequel nous avons collectivement réglé nos montres. Voudrions-nous sortir de la pure instantanéité que nous ne le pourrions vraisemblablement pas.

 

L’avant-garde émet là son rire fondateur. Un rire vaste, radical. Et ouvre le confiné, précise des écarts, défait les isolements, remet en mouvement. Irrassasiée, toujours prête à en découdre au nom de l’ailleurs, de l’encore et de l’autrement.

 

Allons donc : affaires classées, les avant-gardes ? Et si leur éclipse actuelle était le signe, au contraire, d’une plus ample présence ? Et si, au fond, la posture avant-gardiste avait fini par contaminer l’ensemble du champ artistique, jusqu’à le constituer tout entier ? La disparition des avant-gardes serait alors l’indice de leur assimilation – de leur essentialisation. Les avant-gardes se poseraient alors comme la définition même du geste artistique contemporain. Et l’œuvre d’art véritable comme perpétuelle « machine à désordre ».

  

Retrouver un chaos disloquant.

 

L’avant-garde est un lieu de l’esprit. Une pure capacité de précipitation, au sens chimique : ce par quoi un monde advient, un monde qui n’aurait jamais été là sans elle. Garder l'art perpétuellement à venir et le désir de lui près de sa source vive : c’est ça, pour moi, la notion d’avant-garde.

 

 

 

 

 

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14 avril 2011 4 14 /04 /avril /2011 08:47

 

 

 

 

"Certains méditent en allant à la pêche dès l'aube, d'autres en grattant une guitare ; moi je médite en écrivant. Editer est bien sympathique, mais ça te fait perdre le fil. Te porte trop loin de ta pierre de méditation. C'est méditer qui est important. Méditer : s'éveiller à une conscience qui est à la fois ce que tu portes de plus intime et ce qui est ton plus grand dehors", dit-il.

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11 avril 2011 1 11 /04 /avril /2011 09:43

 

 

 

Dusseldorf. Terrain. Tarmac. Un de plus. Regard à travers le hublot. Comme si en cet instant précis le monde m'était redevable d'un signe décisif. Les roues ont déjà quitté le sol. Il est là, je le vois : remontant la piste, l'air de rien, insensible au bruit du décolage. Pelage fauve luisant dans la lumière, suivant sa truffe, un renard, aussi tranquille que s'il s'était trouvé au plus obscur de sa forêt. Nous nous saluons. Nous allons au même endroit lui et moi. Nous y allons tous.

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