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22 juin 2011 3 22 /06 /juin /2011 17:21

 

 

 

Le roman est mort de n'être plus matriciel dans la formation des langues et des consciences ; de ne plus servir de fonction cathartique ni de modélisation fine à la psychologie.

 

La force de l'oralité chez les écrivains Beats, les jeux linguistiques visant à autonomiser le texte dans le Nouveau Roman, ont un temps ralenti l'effondrement.

 

Mais désormais c'est fait : le cinéma, la télé et les mondes viruels ont enseveli le roman sous le sabir tiédasse et les frivolités de l'industrie du divertissement.

 

Quelques restes épars : les écrits du dehors, pages-paysages, voyages, quand ils ne versent pas dans le roman de pirate. Quelques chants indiens au profond des jungles. Quelques bribes caraïbes, venues de loin, des périphéries créoles.

 

De quoi remailler un après.  

 

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22 juin 2011 3 22 /06 /juin /2011 15:26

 

 

Je fais sans doute partie de ceux, nombreux depuis, disons, Joyce et Breton, qui estiment possible, souhaitable, marrant, de s'atteler, mine de rien ou de beaucoup, au réenchantement de la Littérature. A son niveau, bien sûr modeste. Tu penses !

 

Réenchantement de la chose littéraire qui, assez curieusement, passerait par la fin (une certaine fin) du roman. Une mise à distance du fictionnel, du récit, du personnage, du dialogue intérieur, du point de vue, du dialogue, de la description. Un légitime soupçon. Tout ce qui ne présente qu'une seule face, qu'une pauvre semblance de logique, m'émeut par sa candeur inutile. Les trois quart des "romans-romans" : je ne vois pas pourquoi on les lit, encore moins pourquoi on les écrit. Quel est le but : faire des piles, de beaux alignements ? S'ajouter à Montaigne ? Boire des coups au Deux Magots et avoir son rond de serviette chez Lipp ? Passer à la télé ? Se gratter un prurit mental ?

 

C'est qu'on en a tant vu. Tant lu. On écrit toujours trop, toujours trop tôt. On ne vit pas assez. Cette illusion de vivre, en tout cas, où l'on patauge, où l'on marine d'un coeur plus ou moins léger. On ne prétend pas à plus. On voudrait comprendre une fois pour toute : mais enfin c'est quoi toute cette histoire de littérature ? Le dernier roman que j'ai fini de lire, j'en suis sorti en me demandant ce que je foutais là. Ou devrais-je revenir à mes lectures d'antan, jamais de roman, jamais ? 

 

Tant de phrases tracées, jetées là, qui n'ont de sens que pour leur auteur, et encore, ce n'est pas bien certain. La poésie, ah oui j'oubliai, la poésie. "Poème : n.m. Texte emmerdant".

 

Il y a des jours on voudrait plus. Plus des autres et plus de soi-même. Je lis le blog charmant et blablateur de Pierre Assouline. Je me dis "peut-on être plus manipulateur ?" Je lis le blog de François Bon. Il a quelque chose, mais quelle raideur, quel bricolage à la Tryphon Tournesol, quelle mollesse derrière la sécheresse. Et ses potes du Tiers-Livre. Quel ripolinage sur graphomanie agravée. Tout ça après les versions originales, Perec, Butor, que sais-je. On ne peux pas trop se décreter soi-même "hypermoderne". Ce serait comme vouloir sauter par-dessus soi. Faisons la chose : on ne dira ce que c'est qu'après. On jugera le prophète à la prophétie.  

 

Répéter, alors ? Singer, alors ? A-t-on bien appris la leçon ? L'a-t-on bien déconstruite ? La littérature, au bord, donc, d'un réenchantement toujours possible ; mais combien d'efforts, combien d'efforts encore ? Dois-je coller le mode d'emploi Ikea dans mon texte pour faire vraiment moderne ? Dois-je mettre toutes mes bonnes feuilles sur le web comme on renverse ses poubelles du haut des immeubles, dans la cité ? Ne devrais-je pas au préalable les passer à la flamme, pour voir dans ces premières nuits de l'été monter leurs serpentins brûlants ?

 

 

    

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16 juin 2011 4 16 /06 /juin /2011 19:52

 

 

 

Nous qui vivons sans l'illusion connaissons plus fortes étreintes.

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16 juin 2011 4 16 /06 /juin /2011 16:19

 

 

Et si l'Ecrire marquait avant tout la volonté d'un individu de se donner au monde à travers l'ouverture d'un processus lent, non dans l'impact aveuglant de l'immédiateté imageante, mais dans une patience encontrante, un jeu d'avatars inconstant et libre, une honnêteté d'homme ?

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2 juin 2011 4 02 /06 /juin /2011 09:52

 

 

« J’ai de la force, de l’énergie, de la conviction, de l’intelligence et des avocats », écrivait dans un de ses nombreux articles minuscules et hilarants (malgré lui) Yann Moix, l’auteur de Podium. Ecrivaillon découvert par BHL, il conchie la Suisse avec des propos forts limites pour ses ressortissants, tout ça pour défendre Polanski, auteur avéré d’un viol sur mineure mais copain de BHL... Un homme du sérail, donc, le Moix. Du sérieux. Qui s’y connaît en justice et en renvoi d’ascenseur.

M. Moix, l’auteur de Podium, écrit paraît-il de petites chroniques assassines dans Le Figaro. Des critiques vachardes « destinées à faire mal », selon lui. « L’auteur doit souffrir pendant deux heures », précise-t-il. Les cibles : « Pas les journaux intimes, plutôt les livres à portée universelle ». Sûr que ça agace, l’universel. Sûr que c’est sur l’auteur de Podium qu’il faut compter pour nous dire où est la littérature, où elle n’est pas.

Un monde littéraire où le shérif s’appelle Moix  se passera de moi.

 

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1 juin 2011 3 01 /06 /juin /2011 10:34

 

 

C'est pour rire, ou par effet de style, qu'on parle d'une fin de la littérature. Car même dans son manque, son absence, la littérature reste littérature. 

Que nous parlions art ou politique, ne pas se contenter de dire lâchement que nous traversons une époque de transition ; toute époque est une époque de transition. Composer avec le crépuscule. En tirer la note bleue. Elle est là, notre présence à l'ici maintenant. Dans cette tentative. Nous ne passerons la main qu'une fois ce travail achevé. Pour l'instant, c'est à nous de nous y coller.

 

Blanchot : « L’essence de la littérature, c’est d’échapper à toute détermination essentielle, à toute affirmation qui la stabilise ou même la réalise : elle n’est jamais là, elle est toujours à retrouver ou à réinventer».

 

 

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31 mai 2011 2 31 /05 /mai /2011 11:35

 

 

 

Littérature, maintenant : entre déclins des théories (comme instances de légitimation) et le "tout fait littérature" (comme instance de libération). Une position ouverte, où tout texte est avant tout une "proposition" faite à la littérature. Pourtant, lorsque tout écrit "fait" littérature, il y a fort à parier que l'instance de légitimation ne soit rien d'autre que le pedigree de son auteur. Appartenir à la clique (notabilité, réseaux divers) deviendrait alors la ligne de démarcation entre ce que l'on publie et ce que l'on se garde de publier. Cette crise du discours de la légitimation ouvre un espace à la liberté en même temps qu'elle enferme dans un système de passe-droit, de reproduction d'un imaginaire de classe par elle-même, d'autisme et de consanguinité littéraires. 

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30 mai 2011 1 30 /05 /mai /2011 12:09

 

 

Le Monde Arabe en révolution. Mais l'Europe elle aussi laisse entendre son indignation. Quelque chose ne passe plus. Quoi : la panne d'avenir. Le déni démocratique. Le mépris des oligarques. La pénurie organisée. La terre brûlée de la financiarisation globalisée qui ne s'achèvera que lorsque le dernier espace commun aura été mis à sac. La guerre des riches contre les pauvres, cette lutte des classes inversée.

 

La feinte démocratie qui nous est imposée : les édiles élus ne doivent leur pouvoir (sans partage ni contrôle, le plus souvent à vie) qu'à leur pedeegre, leurs réseaux et leurs héritages ; qu'à leur popularité ; qu'à la puissance de leur faire-image. D'où leur fragilité : ils ne sont que des marionnettes médiatiques. Fragiles, facile à destabiliser, contrôlables à merci. Ici le rôle des média : la scène glissante où se joue la répartition des tâches et des postes. L'espace des conjurations modernes. Informer ? Vous rigolez !

 

Insurgés de Madrid, de Barcelone, d'Athènes, de Londres, de la  Bastille... Insurgés de partout. Que grossissent vos rangs. Que vive le flambeau de vos amères espérances. Nous ne pouvons plus accepter la désillusion moderne. Il faut désormais une percée : une percée pour le futur, pour l'équité, pour l'Homme qui vient.   

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20 mai 2011 5 20 /05 /mai /2011 16:42

 

 

Chateaubriand, Apollinaire, Lautréamont : les pères foudroyants. Valéry, Gide, Breton : les patrons. Jack Kerouac, Allen Ginsberg, Bob Dylan, Kenneth White : les amis.

 

 

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Published by Gérard - dans Signes de piste
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18 mai 2011 3 18 /05 /mai /2011 06:43

 

 

Au cinéma comme ailleurs, j'aime les fous, les atypiques, ceux qui mettent l'industrie en péril et la tête de leur public à l'envers. Je suis tombé sur Terrence Malick il n'y a pas si longtemps : bouche bée à l'écoute des voix off, le ton des voix off, soutenues par des lumières - des lumières plus que des images.

 

The Tree of Life à Cannes : critiques gênées aux entournures. Peur d'assister au syndrome Wenders, quand Wim, passant de l'ombre du chercheur d'or à la lumière du succès commercial, enfonça son oeuvre dans un magma amphigourique filmé comme un clip vidéo.

 

Rien de tel ici. Une thématique ambitieuse mais maîtrisée : le duel entre la nature, violente et impériale, et la grâce, désintéressée, transcendantale. Un peu manichéen, avec recours à Dieu. A l'américaine, en somme. Mais l'ordinaire d'une famille banale dans son petit lotissement texan, filmé au rythme de la conscience et du destin en train de déployer ses pièges. Mais ces visages que la douleur, que le doute viennent approfondir. Il y a de l'Antonioni dans la dernière séquence ; ce pourrait aussi être une pub pour un parfum. Pourquoi arbitrer. Malick propose au spectateur d'entrer dans une expérience. La vie est une expérience. Le cinéma, le vrai, ne sert pas à autre chose. Il n'est pas une machine à rêves : il propose un dehors à éprouver.

 

 

 

Bande-annonce : http://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=132244.html

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