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21 juin 2007 4 21 /06 /juin /2007 09:04

Vol Paris-Pointe à Pitre - "Dis papy, Dieu, il se trouve où exactement par rapport à l'avion ?", demande un petit garçon, inquiet sans doute de cette proximité inattendue avec les cieux et tous ceux qui y sont. Dieu c'est ce qui de notre coeur a été arraché, objectivé pour ne plus qu'on s'en serve, offert au transcendant - c'est-à-dire au "pas là". Faisant de la bonté de l'Homme cette plongée dans l'inactuel, grandeur terrestre sans cesse différée, hors de propos. Aussi est-il naturel que parlant sans cesse de Dieu nous restions incapables d'incarner notre simple humanité dans une pratique quotidienne de la sollicitude et de la bienveillance. Voilà hélas ce qu'est Dieu, mon p'tit gars : la délégation de notre responsabilité d'Homme au néant. L'autre nom pour trahison. 

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20 juin 2007 3 20 /06 /juin /2007 17:47

P1010001.JPGBalade au Clos Lucé (Amboise). Elle n'a jamais volé, l'hélice de Léonard de Vinci. Pourtant son dessin est parfait. Lui qui savait que toute vie réside dans le mouvement n'a jamais pu faire décoler son invention, faute d'une force motrice suffisante. Telles sont certaines oeuvres littéraires, certaines philosophies : on les dirait définitivement livrées à la pesanteur, quand il leur manque seulement cette énergie que l'on découvrira peut-être d'ici quelques siècles.  Apprendre à respecter les formes qui a priori ne servent à rien. Savoir attendre.

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19 juin 2007 2 19 /06 /juin /2007 17:12
anselmKIEFER.jpg

Devant la toile, immense, d’Anselm Kiefer, l’œil touche le brut, dans toute sa netteté ; vision tactile. Terre. Feuillage. Sable. Ferraille. La perspective classique est mise en tension avec la frontalité de la matière, jetée, démesurée, prise en flagrant délit de devenir signe. Vibrante comme après un impact. Paysages labourés, bouleversés, puis laissés au silence, comme retirés au plus profond d’eux-mêmes ; hantés de mots perdus.

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18 juin 2007 1 18 /06 /juin /2007 23:02

Je crois avec Alain Jouffroy que « l’intrigue, le suspense ne sont que des alibis pour éviter le réel » (Le Livre qui n’existe nulle part, Ed. de la Différence, 2007). Que le récit du « je » n’aime pas l’abrupt du monde, parce que celui-ci n'admet ni mensonge ni trahison ni compromis ; qu’il est vrai comme le feu, comme la glace.

 

Je crois que la langue de soi est de toute la plus immédiate, la plus simple, la moins littéraire. Il suffit d’emboîter des petits mots sans cœur à un rythme sec comme coup de trique. Mitraille à la volée pour se faire place nette. Une telle logorrhée nécessite en général plus de ruse que de talent. Pas besoin d’écriture. Un magnétophone suffit. La concierge, elle me voit, je la prends, je la surprends, je la bascule, je la culbute, l’escalier glisse, vais-je la buter, etc. (Moralité : si les marquises ne sortent plus à cinq heures les concierges, elles, sont encore dans l’escalier !). L’autofiction se vend massivement pour les mêmes raisons qui font aujourd’hui le succès de la real-tv. Privé de repères structurants, le public se cherche des modèles de vie. C’est, en plus général, la fonction « Nous Deux » pour les amants débutants et peu imaginatifs. Il n’y a aucun mal à ça ; mais ça ne fait pas art pour autant. Y prétendre : voilà l'imposture.

 

Les grands « je » de la littérature française, les Montaigne, les Stendhal, les Proust, ne faisaient usage de la première personne que pour avoir un accès plus authentique et plus direct au monde, à l’espace, au temps. Leur « je » fait univers. On ne peut décidément leur comparer les nano « je » des industriels du livre et des écrivains de cour dont les discours se déversent en tombereaux dans les supermarchés.

 

L’impression, surtout, que tout ces romans qui ne servent si manifestement à rien parlent à la place de quelque chose, quelque chose qu’on n’entend plus.

 

Quel est cet effacement, enjeu de la prolifération à l’infini du roman de gare, de la fonction "Nous Deux" ? Quelle est cette parole recouverte ?

 

J’aime les littératures hauturières, de grands larges et de plein vent. Pourquoi ? Parce qu’elles nous aident à quitter les eaux troubles de l’anthropocentrisme (que Copernic, Darwin et Freud ont déjà définitivement révoqué, mais qui résiste), du solipsisme (cette intoxication de soi par soi, cet autisme halluciné) et de l’ethnocentrisme (ce racisme qui se survit sous des formes policées, malgré Lévi-Strauss, histoire d’imposer « quand même », en faux-culs, notre vue surplombante à tout autre culture que la nôtre).

 

Voilà. Il est là, l’enjeu. Et de taille. C’est pour ça que non, pas de gentil petit roman. Que non, pas de récit complaisant où mes frasques et mes douleurs. Anthropocentrisme, solipsisme et ethnocentrisme sont des enjeux de pouvoir. On le voit, il ne s’agit plus là simplement d’affaire de style, de débat  de « genre » ; mais de vision du monde.

 

Cette vision du monde, en prise avec une nature que l’on traite enfin à l’égal de soi (Le Contrat Naturel de Michel Serres, quel livre, quel cap post-rousseauiste !), ouverte à l’autre dont on respecte les questions (Les Derniers Rois de Thulé de Jean Malaurie, chef d’œuvre absolument de la littérature contemporaine), tournée vers un dehors dont on ressent le cours jusque dans la moelle des os (lisez Montagnes et Rivières sans fin, de Gary Snyder, et jetez tout le reste !), elle ne produit pas un « genre » à part. Elle est l’avenir de la littérature. La seule qu’on retiendra. A ce festin-là même Sollers ne restera que comme des knaki d’apéro, de petites mignardises connes et sucrées.

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18 juin 2007 1 18 /06 /juin /2007 16:41
Bob-Dylan-HIGH-RES.jpg La ballade de l'homme absence

Dans la cave fanfare tambourine

tes clowns tes monstres

antigone épie à la fenêtre

prête à te tordre le cou

elle t’a piqué tes bottes et depuis tu vas nu

violons manouches

fureur apache

rythme  new york de mouches sous la lampe

de trains guitares au bois gratté

voix de chaman sous le grand ciel

souffle rouge des harmonicas

Gerde’s Folk City Cafe Wha

refaire l’entier du chemin parcouru par les hommes

« om my soul shalom » 
et les chariots courant plein Ouest
et les okies de la Grande Dépression
et les usines sans joie fermées

pour que le mouvement de tes rêves

peu à peu l’anéantisse

jusqu’à t’anéantir toi-même

cheschire cat dans les rues noires du Village

quelque chose se défait

homme absence

seul à connaître

ce peu qu’il y a à connaître
- à qui passeras-tu cette torche
tes mains brûlent
 

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16 juin 2007 6 16 /06 /juin /2007 09:14
C'est ainsi : je déteste les bulletins météo. Au vrai, je ne les écoute jamais. Et lorsque par hasard  il m'en vient un aux oreilles, je n'ai rien de plus pressé que de l'oublier. J'aime parcourir le monde à cru. Plaisir, quotidien plaisir d'être surpris par le temps qu'il fait. Sortir dehors sans imper ni parapluie (objets ridicules que je n'ai du reste jamais possédés de toute mon existence), être accueilli par une bonne averse inattendue. Creuver de chaud sous un vieux pull sous le premier soleil brûlant de la saison. Mon indication barométrique préférée : variable. 

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15 juin 2007 5 15 /06 /juin /2007 17:57
Biblioth--que-de-Bobigny.jpgDécidément le net n'en finit pas de m'étonner. Je découvre au hasard des pages cette expo photo réalisée pour les 20 ans de la bibliothèque Elsa Triolet de Bobigny (93). On y voit, entre autre, ce jeune homme avec dans les mains mon tout premier livre, Après la Shoah. Voir son livre, à l'improviste, entre les mains d'un autre, c'est d'un coup comme si tout prenait cohérence, comme si tout était en place. Ecrire, c'est passer le mot. Après, les livres appartiennent tout entier à cet inconnu qui en est destinataire : le lecteur. Merci donc pour cette magnifique idée à la photographe Suzanne Arlabosse.  

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15 juin 2007 5 15 /06 /juin /2007 14:32
Depuis Auschwitz, la question centrale devrait être : que faut-il ajouter à la culture pour qu'elle devienne conscience ?

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14 juin 2007 4 14 /06 /juin /2007 20:32
DSC01411.JPG Dix heures ce matin à la cloche fêlée de l’église. Douceur sous ciel gris. Sur la place le bruit des couverts sur les tables que l’on dresse à la terrasse des restaurants, la rumeur de quelque groupe de touristes du troisième âge qui grimpe par la rue de la Cadène, le cri moqueur des hirondelles – puis, plus loin, à peine, un marteau, une scie électrique. L’air est chargé d’odeurs de vin. Quelques mots à l’adresse du visiteur étranger : we ship the world.  Saisir le passage du temps au rythme de la vigne. Entrer dans cette lenteur pour y trouver ses propres rythmes. Rien de grandiose. Mais tout est là.

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12 juin 2007 2 12 /06 /juin /2007 19:33

Juste attirer l'attention sur quelques uns des paradoxes entourant les attaques ineptes dont Alain Badiou a fait l'objet récemment (je précise que je ne le connais qu'à travers ses livres). Processus équivoque qui consiste à dire d'un homme qu'il n'est pas antisémite, mais que ses propos "jettent le trouble" (voir Le Monde des Livres de cette semaine).

D'abord il y a eu le syllogisme de la honte, proféré par A.Finkielkraut : si vous êtes de gauche, vous êtes antiracistes; et puisque vous êtes antiracistes, donc pro-palestiniens, vous êtes antisémites. Le combat de gauche contre l'antisémitisme ne peut pas être payé au prix ignoble du racisme. Les attaques contre Badiou sont à peu près du même niveau et s'inscrivent sur fond de la même hystérie.

On ne peut pas dire  d'un côté que Juif est l'autre mot pour l'absolue souffrance de l'Homme et dénier ensuite à tout homme l'absolu de sa souffrance au prétexte qu'il n'est pas Juif. On ne peut faire de la Shoah un universel du mal si c'est pour la réduire constamment à sa singularité historique, au service d'une pure idéologie régionaliste. Toute pensée, même avec les meilleures intentions du monde, qui se nourrit de ce "Shoah business", est indigne au regard de la mémoire de nos grands disparus. "Nos" : c'est de mémoire universelle dont nous parlons ici.

 

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