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15 mai 2007 2 15 /05 /mai /2007 21:30

Assisté en octobre 2005 à la projection de presse, en avant-première de la sortie du film DVD de Martin Scorsese : No Direction Home – Bob Dylan.

 

L’humour zen/juif de Bob, son art du mentir vrai devant la caméra, en plan très serré. Qui joue, qui invente, une fois encore, et au bout de combien de millier d’autres fois, des réponses à des questions impossibles. Histoire que le monde dorme mieux. Qu’il ait un début d’explication. Qu’il se sente en paix avec lui-même. Avec ses tricheries. Ses amères victoires. Tout ça me fait penser à « Pat Garrett et Billy le Kid », le film de Sam Peckinpah de 1973 que je viens tout juste de revoir : « Qui es-tu ? », demande le Kid à l’étrange personnage qu’y incarne Bob Dylan. « C’est une bonne question », répond celui-ci, du tac au tac, le regard en biais.  « Quel est ton nom ? ». « Alias ». « Alias qui ? ». « Juste Alias ». Ne cherchez pas. On n’a jamais fait mieux depuis.

 

« Nous voulons le vrai Bob Dylan », hurlent ses fans anglais lorsque celui-ci se produit pour la première fois avec l’excellent blues band de Mike Bloomfield. Le vrai Dylan… Avec son physique de brave gosse pas assez sauvage ; ni Brando, ni James Dean. Bob, c’est juste un musicien, ni pire ni meilleur, un type comme il y en a tant au Village ; mais un type qui un beau jour a eu l’idée bizarre d’inventer le besoin planétaire de Dylan. Comme ça : histoire de voir ce qui pourrait bien en sortir.

 

Pas d’identité. Ou alors une identité nomade. Opportuniste : partout chez elle. Nulle part chez elle. Mais quel homme coïncide-t-il vraiment avec lui-même ? Celui qui s’entraîne toujours plus loin sur la route, peut-être. Celui qui jamais ne stationne mais brûle le dur et s’envoie sans cesse au diable et continue, continue, continue.

 

Bob seul à retourner les questions vers le vide d’où elles surgissent : no direction, pas de réponse. Ou alors, si tu écoutes attentivement, le vent peut-être. Mais il y a beau temps qu’aucun journaliste parisien n’écoute plus le vent. Des faits. Des poncifs rutilants. Des petites rafales de consensus. La petite pantomime de la rationalité satisfaite.

 

Ca s’ennuie quand même vite, un journaliste parisien. Pensez : plus de trois heures de projection ! Derrière moi une vieille taupe à grand tirage soupire à fendre l’âme quand Joan, dans sa cuisine, prend la guitare pour nous pousser « Love is just a four letters word »...

 

L’inattention. La dispersion : voilà le mal qui nous égare. Bob, lui, est concentré sur son souffle, comme le chamane, précise Allen Ginsberg. Il sait. Il envoie. On ne peut vivre réellement qu’à ce niveau là. Quand ça déborde. Dans cette effusion là.

 

No direction. No direction. Juste ce déluge. Et la peur d’être sauvé.


Outtake  1 (rajout du 30 mai) : 

Pas vu Bob cette année car pas envie d'entendre ses chansonnettes pour club du 3e âge, mais à Lille l'an passé. 5 ans sans le voir. Je me suis dit qu'il était foutu de disparaître sans prévenir, urgence alors de l'entendre encore, me suis tapé la route, déçu encore par son côté raide, mais l'acceptant, Bob c'est comme ça, à prendre ou à laisser, oubliée ma place en tribune je suis devant la scène avec les mômes, mais les plus excités se calment vite, réfrigérés par l'ambiance à couper au couteau, Bob avec son espèce de Bontempi à moitié débranché (on lui laisse juste pour lui faire plaisir ou quoi), sans guitare (mais du coup moins de fausses notes aussi), les musiciens au look mafieux tendus jusqu'à la brisure, coups d'oeil affolés, lui froid, pas un regard, rien, All along the watchtower comme il ne l'a jamais chanté, solo guitares anémiques pour ne pas lui piquer la vedette (alors que ses guitareux sont des monstres), "ladies and gentlemen" pour présenter son groupe, cette impression de suicide lent qu'est devenu le Never Ending Tour, succession effrénée de dates de concert, pratiquement un par soir, aller au bout de cet épuisement, 12 ou 13 chansons, jamais plus, toujours les mêmes à deux variantes près, cette voix au maximum de ce qu'elle a à donner, jamais elle n'a atteint cette gravité lasse, cette maturité désabusée, voilà, c'est pour ça que j'aimerai toujours Dylan, cette lucidité de forcené, cette radicalité sans espérance, cette façon de ne pas être là (écouter "I'm not there, I'm gone" sur les boots des Basement Tapes), un seul aussi loin c'est Miles, la même note tue au creux des oreilles, l'éloignement sans recours.

Liens sacrés :

Ressources, MP3, Bootlegs : http://www.expectingrain.com/
Traduction française des textes de Dylan http://www.bobdylan-fr.com/


 

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Published by Gérard Larnac - dans Bob Dylan's Outtakes
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15 mai 2007 2 15 /05 /mai /2007 21:23
Le froid ne contredit pas le chaud : il le rend possible. De même la fureur nous apprend l'attente de la paix. Il n'est pas de lucidité plus souveraine que celle que la tempête a touchée.
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15 mai 2007 2 15 /05 /mai /2007 21:19
Vieillir ce n'est peut-être rien d'autre que transformer ses espoirs en doute sans être capable d'en mourir sur le champ.
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Published by Gérard Larnac - dans Lignes de faille
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15 mai 2007 2 15 /05 /mai /2007 20:00
La réalité n'est jamais que l'histoire de nos obsessions convergeant entre elles à partir d'associations fortuites et organisant le chaos pour lui donner l'apparence de l'ordre.
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Published by Gérard Larnac - dans Lignes de faille
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15 mai 2007 2 15 /05 /mai /2007 19:01
Les mots ne périssent que de trouver un sens. Je n'aime les signes qu'à l'exacte mesure de leur hésitation.
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15 mai 2007 2 15 /05 /mai /2007 18:59
Il s'est approché du clavier. En a tiré quelques notes discordantes. Puis il a détruit le piano, déclarant à qui voulait l'entendre que la musique n'existait pas.
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15 mai 2007 2 15 /05 /mai /2007 15:27

Enlève le verbe être à la langue. Ne dit pas la substance. Indique la relation. Le mouvement. L'aventure de l'approche. Annonce la rencontre. Vire-moi ce verbe être. Il réclame son socle, son dieu, sa part de certitude. La sécurité d'une identité strictement définie, une fois pour toute, et à tous opposable. Ta conscience, multiplie la à cette répudiation.  

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15 mai 2007 2 15 /05 /mai /2007 10:13

Et si tout bonnement la mission du poète, aujourd'hui, consistait à se taire ?
Et si la main qui écrit ne valait pas l'intense de cet oeil ?
Attendre, simplement attendre que le silence inquiétant de l'oeuvre absente interloque.
 

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15 mai 2007 2 15 /05 /mai /2007 08:54

Personne n'est obligé d'écrire. Ecrire, activité chiante. Ecrire, simplement, pour se donner le droit de lire davantage et autrement. Où est-on mieux que devant une page blanche ? Partout ailleurs !

Publier ? C'est compiler les malentendus. Plus quelques belles rencontres.

Publier, ça évite d’égarer un manuscrit.

Patience, infinie patience des éditeurs, orpailleurs solitaires, noyés sous le tombereau. Pourquoi donc ajouter à l’avalanche ?

Publier, pour se donner le droit d'écrire encore.

Ecrire, activité chiante.

C'est lorsqu'elle ne t'est plus nécessaire. C'est lorsque tu en es enfin détaché. C'est lorsque tu vis vraiment cette écriture qui te traverse et qui n'est pas toi : ni souvenir, ni épanchements, ni auto-analyse. Mais ouverture. Sortie.

A ce moment là. Dans l’allonge du vent vif.

Plus besoin d'écrire.

Ca y est.

Tu es écrivain.

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Published by Gérard Larnac - dans Traduire le vent
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14 mai 2007 1 14 /05 /mai /2007 17:56

Mondialisation, fragmentation. Dérégulation. Finance et marchandise passent d’une main à l’autre en une fraction de seconde.  Planète une, sans frontière ? Non. Replis sur les particularismes. Régionalisme de l’esprit. La préférence communautaire est pourtant, toujours et en tout lieu, le signe avant-coureur du totalitarisme.

Celui dont on ne partage ni les croyances, ni les coutumes, ni les manières. L’étranger. L’autre. Rêve d’une langue oublieuse de ces mots-là. C’est pourtant par ces mêmes mots que la plupart commencent.

Apartheid. Ségrégation. Conflit de civilisation. Identité nationale. Montrer à l’autre le seuil à ne pas franchir. Suspendre le pas de l’homme. Je préfère mon frère à mon cousin, mon cousin à mon voisin… On connaît la chanson.

Insertion ? Infiltration. Quoi qu’il fasse, l’autre a toujours tort. Sa présence est menace. Il est le surnuméraire. Celui qui surgit. L’inattendu. Ce qu’on lui reproche ? D’être là. D’être né. Inexcusable. Comment peut-on être Persan ?

La Communauté des affections. C’est ainsi que Saint-Just décrivait la nation. Ni sang ni sol. L’affection.

« Il n’y a pas de culture ni de lien social sans un principe d’hospitalité », dit Jacques Derrida.  « Un accueil sans réserve et sans calcul » ; « Une exposition sans limite à l’arrivant », dit-il encore.

L’étranger ne trahit pas la frontière ; la désignant, il la repousse. Ouvre ce champ du possible que sa seule présence réensemence. Il ne tient qu’à toi d’y moissonner.

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Published by Gérard Larnac - dans Chemin faisant
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