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12 février 2014 3 12 /02 /février /2014 08:54

 

 

Utopie : l'autre mot pour dire "futur".

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4 février 2014 2 04 /02 /février /2014 08:44

 

 

la pluie broute le silence

des livres en or tombent des mains endormies

plus pesants que des haches

comment ne pas écrire

arrêter ce tremblement horrible

avec ses cris de bête refroidis

si misérablement

je suis comme le musicien de bar

qui passe le chapeau

quand cesserai-je d'être un faussaire

terrassé par des énergies contraires

je n'ai rien écrit de ce que j'ai vu

je n'ai rien vu de ce que j'ai écrit

tout est brouillé distant opaque

comme si l'arc des voyelles

ne parvenait jamais à bander le vif

nous restera l'oubli

pour n'offenser personne

 

 

 

 

 

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2 février 2014 7 02 /02 /février /2014 20:46

 

 

 

« Si tu désapprouves les contraintes de la misère, dépouille-toi librement. »

Lanza del Vasto

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18 janvier 2014 6 18 /01 /janvier /2014 11:47

 

 

Le réel intérêt du dernier film des frères Coen, Inside Llewyn Davis, a été sans conteste de servir de bande-annonce à la parution en France du livre Manhattan Folk Story, de Dave Van Ronk, censé avoir inspiré le personnage principal.

Van Ronk, disparu en 2002, avant que ne soit achevée la rédaction de son livre, est pourtant très loin d’avoir été le beautiful looser du film. Surnommé « Le Maire de McDougal Street », il fut la figure emblématique de Greenwich Village et de la renaissance folk du début des années 60. Il reste aujourd’hui le personnage le plus représentatif de l’esprit Village, et de loin l’un de ses fantômes les plus attachants.

Quand démarra La Grande Panique Folk qui devait voir émerger, à la suite des Woody Guthrie, des Leadbelly et des Pete Seeger, des Freid Neil et des Ramblin’Jack Elliott, tout un cortège de jeunes gens (Karen Dalton, Joan Baez, Bob Dylan, Joni Mitchell, Tom Paxton, Phil Ochs, Leonard Cohen, Simon & Garkunkel…), cela fait déjà un moment que Dave Van Ronk traîne ses guêtres dans les parages. Colosse venu du jazz classique Nouvelle-Orléans (et non du be-bop comme les beatniks du Village), Van Ronk mêle à son répertoire du blues et des chansons traditionnelles du folklore américain. Farouchement contestataire, il sépare pourtant politique et musique. Il ne se veut rien d’autre qu’un musicien cherchant à gagner sa vie. Et se contente d’affûter son répertoire sur toutes les scènes de McDougal et Bleeker Street. Ratant de peu une solide carrière de marin dans la marine marchande, il se résigne à la terre ferme pour ancrer définitivement son existence à Manhattan, au sud de la 14e.

Le Village est à l’époque un quartier d’immigration, principalement juive et italienne, où l’humour des uns se mélange à la mafia des autres, et où le prix des loyers finit par attirer la bohème naissante. Jazz et poésie. Avec pour épicentre Washington Square et ses fameux dimanches après-midi où tout le monde vient jouer librement et où les spectateurs se montrent plutôt indulgents. Le pays est jeune, la période Eisenhower s’achève, l’ère du confort ménager et du divertissement gaga s’installe. Idéal pour aller taquiner les marges et agrandir son sens de l’humain. Le folk qu’on avait toujours connu devient la musique du moment : musique simple, traditionnelle, dont nombre de jeunes issus de l’immigration s’emparent aisément. Il n’y a que pour le Village Voice qu’il ne se passe rien. Les scènes ouvertes (les fameuses soirées hoots) accueillent les nouveaux talents. La gare de Grand Central et le terminus des Greyhounds sur la 42e déversent quotidiennement leur contingent de folkeux venus tenter leur chance, tandis qu’au Village le moindre recoin de pissotière finit en estrade pour les y accueillir. Phénomène identique à Boston, Chicago, L.A, San Francisco.

Lorsqu’à la fin des années 50 le festival de Newport se mit à accueillir des musiciens mythiques que chacun croyait morts depuis lurette, quelque chose d’extraordinaire se passa. Une torche passait de génération en génération : une histoire en train de se construire, par filiation, reconnaissance et continuité. Un moment de pure euphorie.

Ici Noir, Blanc, Homo, Hétéro, pas de problème. Et si tu n’as nulle part où aller, il y a toujours quelqu’un pour t’offrir l’hospitalité d’un vieux sofa défoncé ou d’un matelas à même le sol. Tom Paxton en arrivant à New York dormait sur le billard du café où il jouait le soir !  

Le climat racial et belliqueux attisait les braises de la contestation, d’autant que la vieille habitude de la chasse aux sorcières était encore bien vivace. Lutte pour les droits civiques des noirs, pacifisme contre la guerre du Vietnam… Le Village fut de toutes les contestations.

Vint Dylan : on aurait dit « un fugitif sorti d’un champ de maïs », note Van Ronk qui le prend immédiatement sous son aile.

Mais la vague folk s’essouffla et les loyers du vieux quartier bohème se mirent à flamber. Les cafés firent payer l’entrée pour assister au concert et l’esprit Village commença à disparaître. Les banques, marchands de fringues et autres chaînes de restauration envahirent le quartier. Mais quelque chose demeure, comme un sourire en coin.

Manhattan Folk Story est à ranger à côté du Chroniques de Bob Dylan (Fayard, 2005) et du Temps des Possibles de Suze Rotolo (Naïve, 2009), sur l’étagère des chef-d’œuvres de la littérature dont les auteurs sont d’abord des musiciens, inaugurée par Mezz Mezzrow en 1955 avec La Rage de vivre.

 

 

Gérard Larnac

 

 

Manhattan Folk City, de Dave Van Ronk (Robert Laffont, 2013).

 

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16 janvier 2014 4 16 /01 /janvier /2014 14:34

Les « Trente Glorieuses » : l’expression désormais consacrée est née en 1979 sous la plume de Jean Fourastié, ancien commissaire au Plan de Jean Monnet. Elle désigne la période qui va de l’après-guerre au premier choc pétrolier, de 1945 à 1973 : croissance forte, promotion sociale et plein emploi. Une période décrite par Fourastié à la fois comme brillante quant au climat d’idées et révolutionnaire quant aux dynamiques de changement mises en œuvre. Bref un âge d’or dont il faudrait être fatalement nostalgique.

Si dans l’immédiate après-guerre le démarrage de la France dans sa course à la modernité est plutôt lent, l’impulsion du Plan Marshall est donnée, et les besoins sont immenses. L’exode rural se termine. Le capitalisme a muté : depuis la disparition du franc-or en 46, les rentiers ont du plomb dans l’aile. Le capitalisme est avant tout industriel, il est fondé sur le travail localisé dans des bassins d’emplois et la création d’une multitude d’activités de base que la reconstruction rend nécessaires. Entre 1945 et 1973 la production industrielle a été multipliée par 4, la population urbaine par 2. Le pouvoir d’achat des Français connaît une hausse annuelle de plus de 4% : il va doubler en vingt ans. Profitant de la hausse continue des salaires et de l’inflation, du crédit pas cher et de la proportion modérée des dépenses contraintes (immobilier, etc.), la population accède à un niveau de confort inconnu jusque-là. Les constructions s’érigent un peu partout pour remplacer les habitats insalubres, les usines tournent, l’ascenseur social fonctionne à plein, l’électroménager « libère » la femme (comme on dit alors). De 2 millions d’automobiles en circulation on passe à 16. Les membres de la classe moyenne, souvent issus de couches défavorisées nouvellement installées en ville, découvrent le bonheur de voir s’élever, grâce à l’instruction publique, ses enfants au-dessus d’elle. Le revenu moyen, qui équivalait en 1950 à moins de la moitié du revenu d’un Américain, a quasiment rattrapé son retard en 1973. A partir des années 60, grâce aux gains de productivité, le temps de travail diminue. Avec une croissance à 5%, voire 7%, la France se place devant les Etats-Unis (3,5%) et la Grande-Bretagne (2,7%). Fort depuis les années 30 d’un Etat dirigiste et modernisateur, notre pays connaît un spectaculaire redressement. En 1960, avec ses premiers essais nucléaires dans le Sahara algérien et sa politique de dissuasion, la France s’impose comme l’une des toutes premières puissances mondiales.

Aujourd’hui tant de prospérité fait rêver. La consommation est en berne, les emplois sont délocalisés ou précarisés, l’économie-casino a changé la donne. Certains attendent le retour de la croissance, mais la croissance telle que nous l’avons connue ne reviendra pas. Les nouvelles technologies ont réinjecté une certaine dynamique d’équipement, mais les marchés ont été trop rapidement saturés pour favoriser une reprise durable. De fait, les nouvelles technologies peinent à se hisser au niveau d’activité que les autres grandes révolutions industrielles (électricité, machine à vapeur) ont généré. Quant au pouvoir d’achat, il n’a été maintenu artificiellement que par les gains de productivité, c’est-à-dire par l’automation, le dumping social et la délocalisation. Avec pour principal dommage collatéral un chômage de masse à perpétuité. Le consommateur a tué le salarié. Le processus de rattrapage entre catégorie sociale est quasiment à l’arrêt : jamais les disparités n’ont été aussi grandes, ni aussi irrévocables. C’est d’ailleurs ce qui explique les mauvais résultats de la France dans tous les classements internationaux. Pire que tout : le réseau a remplacé le mérite individuel. Les accès réservés sont partout, les chemins d’accès nulle part. Le petit monde des « happy few » se partage les places, tous domaines confondus, et maintient une forte cohésion de caste. Et pendant que les Peoples font bloc, le peuple, lui, se fragmente dans le communautarisme et la défiance de tous contre tous.

Comment s’étonner alors de l’immense vague de ressentiment qui convulse actuellement le corps social ? Pour le ménage lambda, le poids des dépenses contraintes à plus que doublé depuis la fin des années 70. Le temps de rattrapage entre ce qu’il faut bien continuer à appeler « classes sociales » a été multiplié par… 10 : une vie n’y suffit plus ! La promotion sociale qui a été donnée aux baby-boomers est désormais refusée à leur descendance. Tandis qu’on assiste à la gentrification quasi-totale des centres villes, banlieue et péri-urbain sont en état de choc et laissés à l’abandon. Ultime paradoxe : alors que l’écart se creuse, socialement et communautairement, entre les individus, l’image du bonheur et de la réussite devient chaque jour plus lisse et univoque grâce aux effets conjugués du consumérisme hystérisé et de l’omnipotence médiatique. Une société de plus en plus normative se met en place au moment même où les individus qui la composent revendiquent de plus en plus leur différence.

Force est de constater que rien, dans les discours dominants, ne fait sérieusement place à une quelconque diversité. Au point que l’existence même d’une classe moyenne, cette extraordinaire machine à intégration, est clairement remise en cause. Si l’on a pu penser un moment que cette classe moyenne était le pivot de la société (Henri Mendras parlait de la société comme d’une toupie tournant autour de son axe et se déterminant par rapport à elles, les classes moyennes), certains prédisent à présent son éclatement pur et simple. Autant dire la fin d’un très puissant stabilisateur social.



L’invention des « Trente Glorieuses » : une construction idéologique

 

Aussi le recours à l’âge d’or est-il un refuge commode pour mieux éluder les questions que nous pose notre présent. Pourtant, à bien y regarder, les résultats flatteurs des « Trente Glorieuses » cachent une réalité autrement plus complexe et contrastée.

Ce merveilleux moment de progrès et de prospérité partagée que l’on désigne par ces « Trente Glorieuses » doit en fait son origine, doit-on le rappeler, à un conflit mondial (65 millions de morts), ainsi qu’à l’acceptation d’une dépendance militaire, économique, politique et culturelle envers les Etats-Unis (le plan Marshall). Il s’inscrit en fausse rupture avec le gouvernement de Vichy dont il a pourtant continué à utiliser de nombreux fonctionnaires zélés, à l’exemple de Maurice Papon : il y a bien eu continuité technocratique avec l’Etat collaborationniste. Ce moment béni reste également indissociable de la politique coloniale, puis néocoloniale, d’une France qui n’hésite pas à s’approprier des ressources naturelles (notamment le pétrole et l’uranium), quitte à maintenir des états féodaux au gré de ses intérêts : ce que l’on a appelé la « Françafrique », du reste toujours bien vivace.

Selon certains spécialistes (Rémy Pawin et Christophe Bonneuil notamment), cette invention des « Trente Glorieuses » ne correspond aucunement à la vérité historique, ni sur le plan économique, ni sur le plan social. C’est au mieux une nostalgie fin de siècle, au pire une tentative de réécrire l’Histoire. Et le consensus qui l’entourait jusqu’à présent commence sérieusement à se lézarder.

Car tout n’est pas rose dans la France de l’après-guerre. Il faut en effet attendre le début des années 50 pour manger à sa faim (la fin des tickets de rationnement date de 1949), et le milieu des années 60 pour que les biens d’équipements fassent véritablement leur entrée dans la vie quotidienne des Français. Vers la fin des années 50, moins de 30% des Français estiment que leurs conditions de vie vont s’améliorer. L’optimisme ne constitue donc pas l’arrière-plan de la période, loin s’en faut. La guerre d’Algérie et la question coloniale pèsent très lourdement dans le climat d’alors. Il faut attendre 1967, un an avant la fièvre de mai, pour trouver 50% de Français prêts à déclarer leur optimisme. Cependant celui-ci déclinera dès 1975, à la faveur des chocs pétroliers. On ne peut donc pas parler de trente ans de bonheur et d’insouciance : à peine une petite parenthèse enchantée qui aura duré moins d’une dizaine d’années, entre 1967 et 1975.

Derrière la vision idyllique la réalité historique de cette époque nous apprend bien autre chose. Il est exact que cette période de mutation profonde mérite son appellation de « révolution » : une révolution pendant laquelle les technocrates, toutes tendances politiques confondues, vont s’affranchir progressivement du parlementarisme au nom du progrès. La rhétorique de la modernisation nécessaire est en effet le type même de la fausse évidence qui ne nécessite ni concertation ni débat contradictoire. On se passera donc de la démocratie ! De fait la critique sociale objective la mieux argumentée, tout comme les mises en garde scientifiques les plus sincères, ont été soigneusement étouffées les unes après les autres, y compris a posteriori, par les historiens eux-mêmes. L’esprit des luttes a été méprisé, folklorisé ou purement nié (Mai 68, Larzac, Lip…). Des expressions aussi vagues que « progrès », « modernité », « archaïsme », « retard français », « adaptation nécessaire de la France au monde moderne » sont là pour ne rien dire des groupes sociaux qui sont par elles engagés, pour ne rien dire des actes et des valeurs qui sont à travers elles effectivement impliqués, pour ne rien dire des décisions prises au nom de tous et dont elles servent de paravent secret.


Si elle fait le régal de la presse et des politiciens, cette novlangue empêche le commun des mortels d’avoir prise sur son propre présent, parce qu’elle confisque les éléments du débat et affirme ses arguments comme d’indiscutables évidences de bon sens. Or le débat aurait été pour le moins légitime. Cette période fut d’abord et avant tout l’expression d’un choix de société qui nous engage toujours, nous et les générations futures. A y regarder de plus près, le bilan énergétique, environnemental et sanitaire de ces fameuses « Trente Glorieuses » s’avère catastrophique : 75 000 morts par silicose, 100 000 par l’amiante, etc. Cancers, troubles respiratoires et maladies neurodégénératives explosent et continueront d’augmenter encore longtemps, avec des responsables pourtant bien identifiés : pesticides, herbicides, particules lourdes contenues dans les carburants, alimentations, pollution…

Sur un plan économique, la production a certes augmentée, mais le rendement énergétique se dégrade : à la fin de ces fameuses trente années glorieuses la France est deux fois moins efficace qu’au sortir de la guerre pour convertir la matière brute en revenu national. Sur un plan social, une rupture grave s’est instaurée entre salariés et détenteurs de capitaux ; et les inégalités ont recommencé à progresser fortement (or on sait que le bien-être repose principalement, non sur la richesse, mais sur le sentiment d’équité). Sur un plan écologique enfin, les ressources ont été sacrifiées et gaspillées de manière irréversible, l’espace dévasté sans discernement (d’où des phénomènes d’inondations amplifiées et de vents violents). Le dérèglement climatique nous a fait entrer collectivement dans ce que certains scientifiques appellent l’anthropocène : ce moment géologique où l’action de l’homme perturbe gravement la nature au point de la mettre en péril. Les « Trente Glorieuses » ont été ce moment très particulier où nos édiles ont décidé entre eux d’hypothéquer l’avenir au profit exclusif d’une vision du monde radicalement utilitariste, techniciste, productiviste.

 

Pour peu que l’on sache se débarrasser des révisionnismes idéologiques, les « Trente Glorieuses » seront certainement appelées un jour les « Trente Piteuses » ; car les choix technocratiques dont elles ont été le théâtre, et qui régissent encore profondément notre société sur le plan économique, social et environnemental, se révèlent chaque jour un peu plus désastreux. Et pas seulement en matière écologique. Technique, automation, production en série et surtout réduction productiviste de l’existence humaine ont instauré un régime où l’intériorité du sujet se trouve perpétuellement confronté à sa propre négation. La subjectivité est-elle soluble dans le machinisme ? Les machines pensent-elles à notre place ? Et si nous étions entrés dans l’ère de « l’individualisme sans sujet » ? C’est ainsi en tout cas que les philosophes « postmodernes » des années 70 (Deleuze en tête) ont pu parler de la « disparition du sujet ». Sujet dont on datait la naissance de l’époque des Lumières. De là à dire qu’il y a une part d’obscurantisme dans ces trente ans qui ont changé la France, il n’y a qu’un pas. Nous le franchirons allègrement. Car cette modernité, par son matérialisme fondamentaliste, a jeté au néant toute spiritualité, provoquant par là même le réveil des fondamentalismes religieux. C’est précisément par cette faille que s’inaugure, le 11 septembre 2001, le siècle dans lequel nous vivons aujourd’hui.

 

La critique, on le voit, est nécessaire. Elle ne doit pas porter seulement sur la répartition des fruits du progrès ; elle doit porter sur le sens du progrès lui-même. Ainsi, ni la disparition de la grande pauvreté, ni l’injustice de l’accès aux ressources, ni l’épanouissement personnel des individus, ni la préservation des écosystèmes n’ont jamais été à l’ordre du jour ; ils auraient été pourtant de beaux enjeux de progrès. Dès lors, de quel progrès parle-t-on ? L’expression « Trente Glorieuses » ne fait pas que désigner une période, elle en instaure de manière autoritaire le triomphe inquestionnable. Evacuant toutes ses externalités négatives : la crise de la civilisation occidentale ; le retour des fondamentalismes ; le désastre écologique en cours. Elle est un élément clef dans la stratégie de propagation du discours technocratique ambiant dont nous constatons chaque jour un peu plus les impasses. Mais à quelque chose malheur est bon. Car l’époque qui est la nôtre, aussi troublée soit-elle, est aussi celle de la prise de conscience, et donc celle du retour du sujet. Sera-t-elle aussi celle du sursaut ? La réponse à cette question donnera l’exacte mesure de notre avenir collectif.

Gérard Larnac

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7 janvier 2014 2 07 /01 /janvier /2014 16:10
Qu'est-ce que la littérature est-elle supposée savoir ? Doit-elle savoir quelque chose ? La littérature ne serait-elle pas plutôt le contraire d'un savoir : un accès ?
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7 janvier 2014 2 07 /01 /janvier /2014 12:43

 

Et si la grande révolution annoncée dans le monde du livre, ce n'était pas le e-book mais le livre à compte d'auteur ?

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16 décembre 2013 1 16 /12 /décembre /2013 16:16

 

C'est au coeur de la tempête que s'affirme le cap !

 

 

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16 décembre 2013 1 16 /12 /décembre /2013 14:56
Un anthropologue étudiant une tribu d’Afrique proposa un jeu aux enfants : il plaça une corbeille de fruits près d’un arbre et déclara que le premier arrivé remporterait tous les fruits. Puis il donna le signal de la course. Quelle ne fut pas sa surprise de constater que tous les enfants couraient en se donnant la main, et qu’une fois arrivés ceux-ci partagèrent équitablement les fruits entre eux ! Lorsque l’anthropologue leur demanda la raison de leur comportement, les enfants répondirent : « Ubuntu ! ». Ubuntu, dans la culture locale, signifie « Je suis parce que nous sommes ». A quoi bon un vainqueur unique, si tous les autres sont malheureux ? Dans son livre programmatique « Une nouvelle conscience pour un monde en crise – vers une civilisation de l’empathie » (Actes sud-Babel, 2012), Jeremy Rifkin commence par décrire le soir de Noël 1914, lorsque les soldats ennemis sortirent peu à peu de leurs tranchées pour venir chanter et trinquer ensemble – des dizaines de millier d’hommes pactisant paisiblement sous la lune froide au milieu du champ de carnage. L’humain triomphant, même pour un temps si bref, de la guerre, des ordres et du chaos. L’empathie comme fondement des relations humaines est certainement l’une des bonnes nouvelles les moins colportées. Parce qu’elle remet en question l’ensemble de nos idées concernant le « vivre ensemble », et contrevient à l’idéologie dominante de la compétition qui promeut depuis toujours, et tous domaines confondus, les plus violents, les plus roublards ou les plus assurés d’entre nous, au détriment de toute autre qualité. Un néo-darwinisme superficiel a ainsi pris l’habitude de régner sans partage sur notre façon de concevoir la marche de la société. Le darwinisme social, théorisé par Herbert Spencer et selon lequel « toute protection des faibles est un handicap pour le progrès social », fut dénoncé par Darwin lui-même. Si celui-ci a bien parlé de « sélection naturelle », il n’en a pas moins souligné que la sociabilité et l’empathie étaient aussi des moteurs de l’évolution. Le darwinisme social, lui, servit de caution pseudo-scientifique au racisme, au colonialisme, à l’eugénisme, au sexisme, au nazisme et même au paternalisme – pour ne rien dire de certains modèles économiques toujours en cours. Il faudrait un faible puisque il faut un fort, un perdant puisque il faut un vainqueur. Et l’un comme l’autre méritent leur sort, comme si les règles du jeu étaient dès le départ les mêmes pour chacun. Dans cette pensée viciée, fautive et mensongère s’enracinent une bonne part de nos archaïsmes contemporains. En 1996, un neurologue de l’université de Parme, Giacomo Rizzolatti, fit par hasard une découverte majeure qui, là encore, fut étrangement passée sous silence. Etudiant chez le singe l’activation de ses neurones tandis que celui-ci ramassait une cacahuète, il fut surpris de constater une activation identique lorsque le singe observait le scientifique en train de ramasser lui-même une cacahuète. Cela tendait à prouver qu’il existe un transfert des aires visuelles aux aires motrices. La compréhension d’une action apparaît comme une intériorisation où celui qui observe fait l’expérience de l’action à laquelle il assiste, comme s’il l’accomplissait lui-même, afin d’en percevoir l’intention. Les neurones ainsi concernés furent baptisés des « neurones miroirs ». Ils furent également découverts chez l’homme en 2010. Aussi appelés « neurones empathiques », leur stimulation permet à chacun de comprendre l’action à laquelle il assiste (à la fois ce qui est fait et pourquoi cela est fait) en ressentant lui-même ce que ressent l’autre. Les « neurones miroirs » permettent d’articuler l’action et la représentation. Ils entrent également dans la genèse du langage en tant qu’ils permettent le partage d’une signification. En cela ils seraient à la racine de l’intersubjectivité, c’est-à-dire de notre rapport (compréhensif) aux autres. Pour confirmer ces découvertes, on a également découvert qu’un défaut de neurones miroirs était largement impliqué dans des pathologies telles que l’autisme ou la schizophrénie. Ces « neurones miroirs » ne vont pas sans poser des problèmes sociaux. Si l’imitation du désir de l’autre renforce mon désir, elle peut également être source d’orgueil, de rivalité et de violence. Mais cette dimension mimétique est aussi un puissant stabilisateur social, favorisant le conformisme et la soumission. Cependant ils sont aussi ce par quoi cet autre placé devant moi m’importe et m’enseigne quelque chose. Voilà pourquoi nous vivons en société. De récentes études démontrent que les personnes à statut social élevé font preuve de moins d’empathie que la moyenne, allant jusqu’à des comportements franchement antisocial, ou encore une forte tendance à s’attribuer des mérites qu’ils n’ont pas (« je me suis fait tout seul »). Cependant des expériences (Paul Piff, Berkeley) démontrent que lorsqu’une personne à statut social élevé joue un rôle de pauvre dans des jeux, elle retrouve naturellement une attitude plus empathique. L’ancien monde voulait produire et transformer. Le nouveau entend préserver et partager. Les deux logiques ne sont plus compatibles : il faudra donc que quelque chose se passe. Pour Jeremy Rifkin, pas de doute : « la civilisation empathique est en train de naître ». Serions-nous en train de redécouvrir la sagesse de l’Ubuntu ?
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14 décembre 2013 6 14 /12 /décembre /2013 15:00

 

Retirez l'envie de meurtre de la société, retirez l'argent sale de l'économie, retirez la médiocrité mesquine des esprits - et c'est tout l'ancien monde qui s'effondre. C'est pourquoi tout tend au statu quo. Et pour longtemps encore.

 

En août 1963, le président John Fitzgerald Kennedy eut l'idée de commander un rapport sur loa question suivante : que se passerait-il si le système mondial était effectivement fondé sur une paix durable ? Il n'eut pas le temps de connaître la conclusion des chercheurs pluridisciplinaires qui étudièrent son hypothèse. Celle-ci, remise en 1966 à son successeur, sonnait étrangement. En l'état actuel des choses, disait-elle en substance, nos structures mentales, techniques et sociétales sont trop définies par le pouvoir de faire la guerre pour pouvoir envisager une autre voie.

 

Aujourd'hui ce système de la guerre, s'il existe encore sous les formes euphémisées de la compétitivité et de la concurrence, n'en est pas moins mis à mal. Si les génocides sont encore récents (Cambodge, Rwanda), nous nous éloignons progressivement de la tentation guerrière. Le conflit armé n'est plus l'horizon de la jeunesse : et ceci, au regard de l'Histoire, est tout à fait inédit.

 

La forme moderne du conflit, c'est le maintien de l'ordre. Etats-Unis "gendarmes du monde", guerres "préventives", frappes "chirurgicales"...

 

L'homme se sait mortel. Infliger la mort à autrui diffère symboliquement sa propre mort. L'argent du riche ne vaut que par la souffrance du pauvre. Qui n'a pas fondé son individualité sur les profondeurs philosophiques de notre condition ne vit exclusivement que par compensation ; or la compensation des uns signe le malheur des autres. On ne sort de l'appel au meurtre et du goût de la guerre qu'en se libérant de cette dualité-là.

 

 

 

 

A lire : "La Paix indésirable ?" de JK Galbraith (Calmann-Levy).

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