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30 septembre 2015 3 30 /09 /septembre /2015 07:17

On écrit toujours depuis ce petit quelque part que l'écrire constitue.

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Published by Gérard Larnac - dans Traduire le vent
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18 septembre 2015 5 18 /09 /septembre /2015 11:21

Il murmure à l’oreille des présidents et parcourt la planète pour convaincre les Etats d’en finir avec l’austérité : Joseph Stiglitz a mis tout son poids dans la bataille pour lutter contre ces inégalités qui asphyxient nos démocraties. Rencontre avec le prix Nobel d’économie à l’occasion de son dernier passage à Paris.

Auteur de deux best-sellers, Le Triomphe de la cupidité et Le Prix de l’inégalité, Joseph Stiglitz présentait récemment à Paris son dernier ouvrage : La Grande fracture – les sociétés inégalitaires et ce que nous pouvons faire pour les changer (Editions Les Liens qui Libèrent).

L’occasion d’un bilan de l’économie mondiale sept ans après le début de la grande crise financière, et des quelques remèdes qu’il est encore possible de lui apporter. Un tour d’horizon en neuf idées-forces.


1.Le niveau actuel des inégalités économiques est en train de tuer la démocratie

«Abraham Lincoln définissait la démocratie comme étant le gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple. Or nous avons désormais le gouvernement du 1%, par le 1% et pour le 1% », jette d’emblée Joseph Stiglitz. Un propos qui a d’autant plus de poids que celui qui prononce ces paroles graves n’a rien d’un dangereux révolutionnaire : il n’est autre que l’ancien économiste en chef de la Banque mondiale et prix Nobel d’économie 2001.

L’économiste, démocrate et proche des Clinton, poursuit son travail sur les dommages collatéraux qu’occasionne l’augmentation constante des inégalités au sein de la société. Il s’intéresse plus particulièrement au cercle vicieux qui en renforce aujourd’hui la tendance : « L’aggravation de l’inégalité économique se traduit en inégalité politique, qui donne à l’argent un pouvoir sans limite ; et cette inégalité politique accroît l’inégalité économique ». Et d’insister : « La démocratie aujourd’hui ce n’est plus « un homme-une voix », c’est « un dollar-une voix ». Le niveau actuel des inégalités économiques torpille nos démocraties ».

2.Les marchés financiers ont appauvri le salarié et cassé la demande

En cause, les politiques de déréglementation irresponsables, de réductions d'impôts, et d’allégements fiscaux pour les plus aisés. « Si les marchés financiers ont pu passer de 2,5% à 8% du PIB, c’est parce qu’ils ont pris l’argent dans la poche des citoyens. La cassure entre le 1% et les 99% autres est pire aux Etats-Unis que partout ailleurs. Depuis 30 ans nous avons voulu changer les lois de l’économie et le monde entier nous a malheureusement imité. L’idée consistait à diminuer les impôts, à libéraliser, à déréguler. Nous pensions alors que cela provoquerait plus d’incitation, plus de liberté, plus d’énergie économique, et que la part de chacun s’en trouverait augmentée. Nous avions tort. Au cours des années, avec moins d’impôts et moins de répartition, la croissance a diminué. Depuis lors la majorité des revenus stagnent, et le taux de chômage réel est comparable à celui de la France. Un homme salarié est aujourd’hui moins bien payé qu’il y a 40 ans. L’économie américaine ne fonctionne plus depuis des années que pour le 1% qui ont vu leurs revenus croître de 22%, soit une multiplication par deux en 35 ans. C’est un changement extraordinaire. La société n’est plus divisée en classes sociales, elle est divisée entre le 1% et le reste. Si nous sommes tous dans le même bateau, le 1% est sur un autre bateau. Kennedy avait l’habitude de dire : « La marée soulève tous les bateaux » pour dire que la croissance économique était profitable à tous. Or nous avons désormais la preuve du contraire. Tout l’argent va au sommet, et pour les autres, la grande majorité, il ne reste rien. Le revenu médian aux Etats-Unis est plus faible qu’il ne l’était il y a un quart de siècle. Le salaire minimum est au niveau de ce qu’il était il y a 50 ans ! Et la récession a empiré les choses. La classe moyenne a perdu sa richesse, son travail, sa maison. Officiellement la reprise économique a débuté en 2009. Pourtant 91% des bénéfices ont été au 1%. La vaste majorité, elle, n’a pas vu de reprise. Alors que la productivité a plus que doublée en 40 ans, les revenus stagnent pour la première fois dans l’Histoire ».

« Mon dernier ouvrage, La Grande fracture, décrit les différentes manières dont les Etats-Unis sont devenus aussi inégalitaires. 80 milliardaires possèdent autant que le reste de l’humanité. Cette fortune, ils ne l’on pas gagné : ils en ont hérité. L’inégalité des chances est une autre dimension. Nous nous sommes rendus compte qu’il y a un transfert intergénérationnel de l’inégalité. Un enfant de riches, même nul en classe, s’en sortira toujours mieux qu’un enfant de pauvres qui travaille très bien. Penser que les Etats-Unis sont la terre du possible est un mythe. C’est là que l’on observe le plus haut niveau d’inégalité avec le moins d’égalité des chances, y compris dans ce qui touche à la santé ».

3.Réécrire les règles du jeu

« Ce que je veux dire ici, c’est que l’inégalité n’est pas seulement le résultat d’une économie : c’est un choix politique. C’est d’ailleurs ce qui me rend optimiste : car si l’inégalité était le résultat d’une loi, un peu comme la gravité, il n’y aurait rien à faire. Si l’inégalité est un choix, alors on peut changer politiquement les choses pour obtenir plus d’égalité ».

« Nous avons fait des choix. Nous en payons un prix exorbitant. Nous avons affaibli notre économie, divisé la société, torpillé notre démocratie. Et ce n’est pas là une vision idéologique. Le FMI ou l’OCDE ont fait des études qui démontrent que tel est bien le cas. Nous savons désormais combien l’inégalité est néfaste pour l’économie ».

« Alors que faire ? 40 ans d’inégalité ne se règlent pas comme ça. La bonne nouvelle en Amérique, c’est qu’il y a désormais consensus au sein du parti démocrate pour considérer que l’inégalité est notre problème N°1. Même les républicains l’acceptent. Il faut réécrire les règles du jeu. J’ai étudié ce qui se passe à l’île Maurice. Ils ont fait le choix de l’éducation et de la santé pour tous. C’est aujourd’hui une des économies qui croient le plus vite dans cette région du monde. L’austérité en revanche est en train de tuer l’Espagne et la Grèce ».

« Mais le poids de la finance dans les campagnes électorales a transformé la politique : il ne s’agit plus de défendre des convictions mais des intérêts privés. Lors des dernières élections présidentielles de 2012, chaque candidat a dépensé plus d’un milliard de dollars. Et cela sera pire encore en 2016. De telles levées de fond ne concernent que les très riches. La politique est devenue un investissement comme un autre qui réclame un retour sur investissement. Les riches utilisent l’argent pour rendre les votes de la majorité pauvre impossibles. Pourquoi voter si c’est Wall Street qui dirige ? Nous avons aujourd’hui 10 banques qui vont à l’encontre des intérêts de 350 millions d’Américains. En 2014 le taux de participation aux élections a été le plus faible de notre histoire ».

4.L’austérité est une mauvaise politique

Joseph Stiglitz se veut surtout pragmatique : « Limiter l’inégalité est la partie la plus facile. La difficulté, c’est la réforme politique. Comment rendre démocratique nos démocraties ? Notre défi consiste avant tout à relancer la demande. On ne fait pas croître une économie avec le chômage. Il faut de la demande, pas de l’austérité. Nos services publics ont perdu 2,5 millions d’emplois depuis la crise. La capacité des politiques monétaires pour stimuler l’économie est très limitée. L’austérité c’est de la mauvaise politique. La Réserve Fédérale a contribué à l’inégalité. Faire les riches plus riches ne bénéficie pas à la société. Le premier problème est un problème de demande, pas le niveau de revenu. Les pays scandinaves ont inventé la flexi-sécurité : l’Etat assure le plein emploi. En cas de chômage, on retrouve un nouvel emploi rapidement, sinon on a droit aux aides sociales. Voilà une bonne façon d’organiser les choses. Pourquoi ça marche ? Parce que les impôts sont élevés, ce qui permet de financer la recherche, les innovations technologiques, les infrastructures, l’éducation… Il faut garder à l’esprit que Google, et plus généralement l’Internet et la nouvelle économie, sont issus de recherches subventionnées par l’Etat. Il faut le soutien de fonds publics si l’on veut de la croissance.

5.L’impôt doit encourager ce qui est bon pour l’intérêt général, et décourager ce qui est mauvais

« Il faut également revoir la structure de l’impôt. Notre système d’impôt, régressif, fait qu’en pourcentage le 1% paye moins que les autres. Ce système n’est pas stable, il ne peut survivre à moins qu’il ne se réforme. Il faut accroître les impôts sur la pollution et les réduire sur le travail. Il faut les augmenter sur les entreprises qui n’investissent pas et les baisser sur celles qui investissent. L’impôt doit permettre de décourager ce que l’on ne veut pas et encourager ce que l’on veut ».

6.En finir avec la recherche de la rente qui tue l’esprit d’entreprise

« Le problème fondamental n’est pas le marché en soi ; c’est qu’on a déformé le marché. La concurrence s’est transformée en monopoles, car là où il y a de la concurrence on ne peut pas faire beaucoup d’argent. L’une des première sources de l’inégalité est la distorsion du système économique que représente la recherche de la rente ».

7.Retrouver la fierté

« On peut fonctionner avec un certain degré d’inégalité. Mais désormais cette inégalité est devenue extrême. Au point de corrompre nos sociétés. Aujourd’hui tous les matins les écoliers américains répètent le serment à la nation qui se termine par la phrase « Justice pour tous ». Nous commençons à comprendre que quelque chose ne fonctionne pas. Nous n’avons pas su créer la société que nous aurions aimé créer ».

8.La finance doit retrouver son rôle de moteur de l’économie

« Le secteur financier doit jouer pleinement son rôle. Comment faire en sorte qu’il fasse ce pour quoi il est fait, à savoir servir l’économie ? Les prêts des banques sont aujourd’hui en dessous de ce qu’ils étaient avant la crise. Les banquiers préfèrent la spéculation. Il faut imposer la séparation entre les banques de dépôts et les banques d’investissements. On a sauvé les grandes banques, mais pas les banques de proximité qui prêtaient aux PME. Nous avons concentré les efforts sur le big business de la spéculation… Pour résoudre la crise on a permis aux grandes banques de fusionner ; elles sont devenues plus grandes encore. De plus la plus grande part des profits des entreprises enrichit d’abord la banque. C’est là une distorsion de l’économie. Le « shadow banking » a massivement manipulé et truqué les marchés. La transparence est nécessaire. Il faut que les gens comprennent ce qu’ils perdent pour réagir ».

9.Changer la nature de la croissance

« Nos ressources sont rares et non tarifées. Il va falloir changer la nature de notre croissance. On ne peut continuer dans une croissance matérialiste, avec plus de voitures, plus de TV. Il faut restructurer l’économie autour d’une économie de service, d’éducation, de santé ».




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Published by Gérard Larnac
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18 septembre 2015 5 18 /09 /septembre /2015 11:17

"Les efforts demandés à Athènes dépassent la sévérité, ils recèlent un esprit de vengeance, la destruction totale de la souveraineté nationale et effacent tout espoir de soulagement.
On assiste à une grotesque trahison de tout ce que prétend être le projet européen. L'argument économique est devenue presque secondaire. Durant les deux dernières semaines, nous avons tout simplement constaté qu'être membre de la zone euro signifie que votre économie peut être détruite si vous sortez des rangs.
Le projet européen vient de subir un coup terrible voire fatal. Et quoique vous pensiez de Syriza ou de la Grèce, ce ne sont pas les Grecs qui ont porté ce coup. "


Paul Krugman, Prix Nobel d'économie.

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Published by Gérard Larnac
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17 septembre 2015 4 17 /09 /septembre /2015 16:43

Trop responsable, pas assez joueur : on sait désormais que Tsipras aurait pu négocier comme il l'entendait sans crainte d'une sortie de l'euro. Celle-ci ne pouvait légalement pas lui être imposée; la BCE est puissante mais ne peut pas tout. C'est en tout cas ce que vient de déclarer son vice-président. Le bluff était trop lourd, la rouerie technocratique trop finaude; et la Grèce, cerné de toutes parts, a finalement cédé. Emportant tous les rêves d'une alternative véritable; tous les rêves d'une vie meilleure, d'une vie possible. Mais cet invraisemblable été grec nous aura au moins montré une chose dans toute son aveuglante clarté ; et cette chose, c'est le visage sans fard de l'Union européenne. Un visage où la morgue en dispute à la tyrannie, et où la diplomatie a cédé devant le chantage et la manipulation. Un visage anti-démocratique qui a pris tout le monde de court. Si à trois jours du nouveau scrutin nous ne savons rien du devenir de la Grèce, de notre chère Grèce, plus rien ne nous reste inconnu quant à la nature du régime politique qui nous gouverne depuis Bruxelles. De cela au moins nous sommes sûrs.

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17 septembre 2015 4 17 /09 /septembre /2015 10:44

La supériorité de la critique, c'est qu'elle peut toujours ajouter une contradiction de plus à une vérité; car la vérité est une, ne s'énonce qu'une seule fois. De cela il advient que la contre-vérité a toujours une multitude de coups d'avance sur la vérité proprement dite. L'imposteur occupe vis-à-vis d'elle une place toujours surplombante, toujours nouvelle. Au point que c'est la contre-vérité qui charme et stimule.

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7 septembre 2015 1 07 /09 /septembre /2015 08:06

Une démocratie ne peut se réduire à l'empire de la majorité. La loi de majorité peut même s'avérer contraire à la démocratie. Lorsque 56% des Français refusent d'accueillir les migrants de Syrie, la démocratie trouve refuge en elle-même, dans ses principes internes, et non dans la majorité.

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Published by Gérard Larnac
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28 août 2015 5 28 /08 /août /2015 14:33

Si tout cela possède un quelconque sens... je veux dire tout ça, écrire.... sans devenir une carpette médiatique ni un représentant de commerce... en revenir au début, à ce désir premier : savoir ne rien attendre.

Faire. Tenir. Aller au bout. Sans se demander si ceci ou cela. Si c'est trop bleu, si tu mets trop de rouge. Ecrire au-delà des couleurs. Dans l'édition de mes livres dans des maisons sérieuses je cherchais naguère le droit à continuer, l'invitation à poursuivre.

Je suis un âne. Quiconque respire est en charge de poursuivre ; qu'on l'encourage ou pas. Suis ton désir brûlant. Ne trahis pas la main qui continue.

Je me souviens de ce petit bar-blues de New-Orleans où Bob Dylan est entré, un soir qu'il voulait tout envoyer promener. Il a observé le groupe, juste des types à la coule qui s'éclataient à jouer ensemble sans se demander s'ils étaient au niveau... Du reste, au niveau de quoi... Juste ce plaisir spontané du "faire". Bob ce soir-là a saisi la leçon.

Ce "juste ça" te libère. S'il faut si longtemps pour digérer un échec, c'est qu'il ne fallait sans doute pas reconnaître les règles de la compétition ni se soumettre à jugement. Ecrire sera cet encore, ce plus loin et ce vif. Sans prix, sans lecteur, sans éditeur. Remonter à la source. A la flamme première au coeur de l'incendie.

Va te faire foutre, "monde littéraire", avec tes talents et tes misères, tes rentrées littéraires, tes éternelles Angot, tes Nothomb, tes Houellebecq. Publier, être lu, c'est bien. Mais ça ne vaudra jamais le simple fait d'écrire, solitaire et nocturne, pleinement connecté à une totalité de soi seul connue.

Ecrire. Pousser un peu plus loin la ligne. Ni ceci ni cela. Juste ce verbe vagabond qui ouvre la pensée et invente ta vie. Faire un livre ? Plutôt suivre l'écriture là où elle va.

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Published by Gérard Larnac
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27 août 2015 4 27 /08 /août /2015 09:27

Ma présence
établit une base éphémère
à cette succession de monts
et de rivières sans fin
Comment me faire pardonner
de m’interposer ainsi
dans le flux du monde ?


Tourner le regard

vers la lune
tout en pensant
au soleil
qui l’éclaire


Mon rêve de

révolution
est ici
réalisé
en sa totalité


Le monde des roueries

des palais des ustensiles
s’est décomposé
dans la constance
du paysage


Le marcheur solitaire
s’enfonce parmi
les montagnes et les eaux
le chemin monte
dans le nuage
c’est là qu’il disparaît


Le grain des choses

d’est en ouest
comme une promesse latente
qui vient
des brumes lentes


l’image
nul regard de ne peut la retenir
tout change à chaque instant
et tout se continue
au-delà des formes et de l’informe


Laisse l’esprit
à ses opérations
efface en toi
les forces ataviques
- et vois !


Etre si bien détaché du monde

que rien ne nous interdit plus
d’y demeurer encore
un instant


Remonter la montagne

et t’asseoir à nouveau
près de la source
que rien
ne peut tarir


Voir la montagne
Aller vers la montagne
penser la montagne
devenir la montagne


Brusquement la tempête s’est levée

la vague s’est élevée vers le ciel
quelque chose pourtant retient son geste
montagne devenue


Vibrant courant bondissant

parmi falaises et ténèbres
le torrent s’arrête parfois
dans la brume douce
de ses pénombres chinoises


Le torrent arrive sur la falaise

depuis le cœur sombre de la forêt
se divise en cascades
irrigue mes veines et mon esprit

Immergé en tout ce qui se déploie
Rapproché de tout ce qui s’éloigne
Investi par tout ce qui lâche prise


Rester là
longuement longuement
avec ce
commencement


Quelle vérité

contemples-tu
dans l’estompe du paysage
qui n’est pas la vérité
mais quelque chose
de plus précieux encore


perdu soudain dans la montagne froide
grondement de l’orage
l’averse est proche
joie sans pareille


L’ordre des choses ?

Mais il n’y en a pas !
Seulement un instant suspendu
dans ce chaos qui va


Plus bas les cultures et les champs
nourrir et habiter
à l’ombre des sources
et des rochers
faire ermitage
dans l’agitation des hommes


Quittés les nuages blancs

mais les nuages blancs
poursuivent leur lent parcours
à l’intérieur de moi


Saurons-nous ici

nous libérer de l’entrave des regards
et des jugements ?
Saurons-nous ici
revêtir l’habit du casanier
tout en gardant nos pieds d’errant ?


Courage et obstination

deviennent ici
lâcheté grégaire et divertissement
combien de fois remonter en esprit la montagne
- ou n’a-t-on fait que rêver ?


Les marchands jouent

avec ta naïveté
les femmes raillent
ton air égaré
les illustres se moquent
de ta sincérité


Il faut plus de courage

pour demeurer ici au chaud
que pour courir les montagnes froides
parfois l’effort semble
tout bonnement
impossible


Boire du vin

écrire et faire l’amour
faire rire un enfant


Le froid ne contredit pas le chaud :

il le rend possible


Compagnons des nuées et des brumes

où êtes vous ce soir ?
Comment vivre
Comment retrouver le tressaillement
de notre joie commune ?


Ici chacun s’efforce d’imiter
au mieux la vie
que de bonne volonté
sous la grimace
Quand donc tout cela cessera-t-il ?


Sous l’élan du pinceau

gît le monde perdu
je contemple de loin
les sentiers disparus
comme on évoque
en silence
des triomphes anciens.


Pourtant certains soirs

quand le tourne la tête
en certaines directions
j’entends encore
courir les eaux
et vibrer les montagnes
sur mon visage
un vent nouveau


Ce n’est pas moi qui reconnaît

Montagne Froide
c’est Montagne Froide
qui me reconnaît
On a le même rire




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Published by Gérard Larnac - dans In extenso
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25 août 2015 2 25 /08 /août /2015 14:15
 « Le vieux monde se meurt, le nouveau monde tarde à apparaître et dans ce clair -obscur surgissent les monstres »
 - Antonio Gramsci -


« Démocratie » est de ces mots qui tonnent plus qu’ils ne parlent, qui déclament plus qu’ils n’imposent aux faits leur réalité effective. Il n’est rien de pire que ces littérateurs niaiseux, que nous appelons en France « intellectuels », comme si les autres ne l’étaient pas, et qui n’ont que ce vocable en bouche : « Démocratie ». C’est le point Godwin inversé, mais dont l’objectif est rigoureusement identique. Qui parle au nom de la « démocratie » s’assure d’une attention respectueuse et de la bienveillance de tous.

Qu’on ne me demande pas de m’en prendre aux Le Pen père ou fille (le folklore familial, allez savoir pourquoi, a le don de m’impatienter) ni à leurs partisans du moment. Je m’intéresse à la fièvre, pas à ses symptômes. Or la fièvre a gagné l’Europe toute entière. Façon Pearl Harbour, l’attaque en piquet des technocrates contre les démocrates au cœur de ce terrible été grec que nous venons de vivre a mis à la vue de tous quelque chose de radicalement neuf. Quelque chose qu’il va falloir apprendre à nommer, puis qualifier avec toute la précision requise.

Longtemps la passivité et l’ignorance ont suffi à écarter le citoyen ordinaire de tout questionnement sérieux sur la marche de l’économie. Sa participation pleine et entière à la société (emploi, famille, consommation, votes,…) valait adhésion. On croyait à la doxa, parce que la doxa nourrissait encore son homme.

Tout changea lorsque cessa définitivement chez les oligarques mondialisés la peur d’une révolution (effondrement de l’URSS en 1991). Le processus mis en place dans les années 70 de lutte des classes inversée (reprendre aux peuples des conquêtes sociales chèrement acquises) passa en mode intensif. Un régime d’exception fut étendu grâce à la notion fallacieuse de « crise » et à son corollaire, la « nécessaire adaptation au changement ». Les pires turpitudes économiques furent avalisées au prétexte de ce principe de fatalité : impossible de faire autrement. « Il n’y a pas d’alternative », nous chantait déjà Thatcher. Curieusement, la thérapie de choc ne remit jamais le malade sur pied mais l’entretint au contraire dans sa maladie. C’est ainsi que des générations entières passèrent en se disant que bon, que voulez-vous qu’on y fasse, c’est la crise… La capacité des hommes à transformer la société et à améliorer leur condition de vie (connue sous le nom d’ « historicité ») se heurta brutalement à une situation de blocage. Si ce ne fut pas la « fin de l’Histoire », comme le prétendit l’ineffable Fukuyama, ce fut bien, en revanche, la fin programmée de l’historicité. La fin du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes.

En 1989 un mur est tombé à Berlin, mettant un terme à la Guerre Froide. Un autre vient de s’écrouler, ici, en Grèce, entre le printemps et l’été 2015 : celui de l’illusion démocratique. Le coup d’Etat réussi par les technocrates de Bruxelles au détriment des démocrates d’Athènes a montré le vrai visage de ce temps. Nous savons désormais le camp des imposteurs ; et contre ceux-ci nous n’avons pour nous que notre discernement. Le conditionnement qui durait depuis si longtemps, solidement arrimé hier encore à l’idéologie de progrès à laquelle désormais personne ne croit plus, vient de trouver, sinon son point final, du moins sa limite.

Car depuis la crise européenne où la technostructure s’obstine à vouloir administrer la Grèce au détriment de son avenir, de sa volonté et de son droit de subsidiarité, on ne peut plus s’épargner cette cruelle question : sommes-nous oui ou non dans un régime compatible avec la démocratie, ou avons-nous déjà glissé vers un « autre état » qui s’en éloigne de plus en plus ? Examinons les faits. La thérapie de choc censée redresser la Grèce est un échec complet, en même temps qu’une victoire politique de premier ordre. Et plus manifeste est son échec économique, plus grand est son triomphe politique. Mais quand la victoire politique se nourrit de l’échec du peuple, c’est que la tyrannie n’est pas loin.

Aujourd’hui la dérégulation des marchés s’accélère (TAFTA), effaçant jusqu’à la possibilité juridique d’en limiter les dévorants appétits. Les traités, règlements et directives s’imposent non seulement à nos lois, mais plus encore à nos droits. La mafia, disait déjà Guy Debord, est la forme achevée du capitalisme. Les droits de l’Homme et du Citoyen, au nom desquels subsiste encore une exigence éthique, posée du reste comme horizon de la modernité, suffisent-ils à maintenir vivace le sentiment de « faire société » ? La réponse est non, puisque c’est la société elle-même qui est en passe de disparaître. Le marché dérégulé prétend en effet briser l’alliance entre un Sujet et un Collectif dont il nierait le plan de constitution mutuelle, c’est-à-dire la citoyenneté elle-même.

Le social existait naguère dans le partage des ressources et des valeurs. Que cesse ce partage à cause de la captation des ressources par une infime minorité avide (le fameux « 1% ») et voilà que s’effondre les valeurs qu’il sous-tendait. Dès lors, nous dit Alain Touraine dans « La Fin des sociétés », « Le vocabulaire social que nous employons n’a désormais plus de sens réel ; il n’est que le mélange d’éléments opposés entre eux : démocratie, égalité, éducation, ville, institution judiciaire, famille, aucun de ces mots de désigne aujourd’hui un ensemble de pratiques et d’orientations identifiables… La vie sociale n’est plus un ensemble de liens entre des institutions, mais un espace de rupture et de conflit entre le monde de l’intérêt et du profit et le monde des principes éthiques, qui ne sont pas sociaux mais moraux et que nous essayons d’imposer à nos pratiques ».

Dans cette situation de social décomposé, le pouvoir (politique, financier, économique…) s’est arrimé à ses principaux constituants que sont la spoliation, la corruption, la forfaiture et la prévarication. Pour le renverser, l’honnête homme dispose de trois outils : le droit, la vérité et le courage.

Merkel achève ce que Thatcher avait commencé. La Panzer Division de la pensée unique trace sa route en accélérant la manœuvre, comptant sur l’effet de surprise. Médiatiquement nous sommes tous dans la grande lessiveuse, et l’on vient de passer en mode essorage.

Pourtant, ceux qui spéculaient sur le sommeil lourd du troupeau en sont désormais pour leurs frais. Quelque chose se passe. Quelque chose plutôt que rien. Un éveil. Au terme de la séquence grecque, il ne reste à l’honnête homme plus d’autre choix que celui de l’action. S’il ne le faisait pas maintenant et sur l’heure, c’est tout ce que à quoi nous tenions, liberté, démocratie, justice, progrès humain, sens de la Terre, respect de l’autre, conscience individuelle, qui nous deviendraient alors plus étrangers que les secrets de l’Atlantide.

Gérard Larnac
Athènes
22 août 2015.

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25 août 2015 2 25 /08 /août /2015 11:35

Je chante pour cet autre moi-même

Libre d’entraves et de limites

Riant fort et chérissant

Toute présence sur le Terre

Puis m'ajoutant silenceux à

La somme transcendantale des vies inaperçues.

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