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16 février 2016 2 16 /02 /février /2016 18:11

L’imposture est ce qui caractérise le tournant de millénaire. Imposture que la fin de l’Histoire et de la Cité post-politique. Imposture que la guerre de civilisation. Imposture que le Nouvel ordre mondial. Imposture que la nationalisation des dettes privées pour sauver les intérêts de la finance mondiale et la crédibilité de l’idéologie ultralibérale. Imposture que l’été grec 2015 où la Communauté européenne a défait la démocratie. Imposture d’un traité transatlantique que les députés européens doivent voter les yeux fermés sans le lire. Imposture que le régime d’exception devenu permanent au nom d’une bien improbable sécurité …

Un nouvel agencement de pensée s’organise, autrement que nous aurions cru. Ce nouvel agencement se caractérise non par l’accroissement des libertés et des possibles, mais par la mise à vue du clivage : du pur rapport de forces entre les désirs des individus et les projets de leurs édiles. C’est toute la philosophie du contrat social qui s’achève ; si tant est qu’elle ait jamais existée. Mais qu’est-ce que signale et signifie une société post-contractuelle ? Qu’est-ce que veut dire n’avoir plus rien de commun avec l’Etat, sinon la guerre civile ou la révolution

L’Etat était naguère l’objet d’une attente, et d’un respect instinctif. Le sujet était supposé avoir négocié son allégeance à l’Etat contre des droits. Ce qui nous saisit aujourd’hui, c’est l’intuition que cet horizon de droit, bousculé par la concaténation de ces impostures, a pris brutalement fin. Mais alors, si le droit n’est plus l’horizon, que devient la promesse de l’Etat ? Y at-il encore quelque chose à promettre ? Comment qualifier un Etat qui réduit les droits (à la liberté, à la santé, à l’éducation, au bonheur) et ne promet plus rien ? Une technostructure coupée de la société poursuit des buts que le peuple ne partage plus – ne peut plus partager : c’est un coup d’Etat.

On sentait bien, confusément, que quelque chose n’allait pas. Qu’entre la promesse et la réalité la relation se relâchait de plus en plus. Qu’on ne marchait plus qu’à coup de symboles, à tisonner de vieux discours recuits, à coup de commémorations vide de sens.

Ce qui n’était jusque-là qu’un évitement organisé de la pensée – la société du spectacle et du déficit attentionnel y pourvoyant - est devenu désormais une interdiction formelle de s’opposer. Du moins y aurons-nous gagné en clarté. Car cette fois l’opposition est devenue visible. Il y a l’Etat, réduit à sa police et à sa surveillance. Il y a un peuple ; je ne dis pas tout le peuple, mais une partie du peuple, qui pose pour vitale l’exigence de l’autre, de l’alter, de l’alternative. Un peuple qui dit à l’Etat : OK, fais ce que bon te semble, désormais je m’écarte de toi, je vais essayer autre chose. C’est là où le principe de l’Etat rattrape le citoyen frondeur qui, de bonne foi, pensait qu’il était légitime de faire usage de ce droit de retrait, de retranchement, d’écart, de départ. C’est là où l’Etat dit : « Non, tu rentres dans le rang, avec les autres ». Cette immobilisation autoritaire est d’une insupportable violence, une violence qui apparaîtra de plus en plus violente. Où se dévoile la nature même du pouvoir, son essence, en tant qu’il est une instance de souveraineté qui ne se pense que dans l’absolu de ses prérogatives.

La forme de l’Etat ne se comprend vis-à-vis du citoyen que dans un rapport d’asservissement total. L’Etat-social se retire. Se défait la société. Le lien. L’expérience du commun. Et la démocratie ? Mais elle n’était que cela : l’Etat-social, l’Etat faisant commun et société. Perdre l’un, c’est toujours perdre l’autre. Le voilà donc passé de l’injonction « désire-moi » à l’injonction «obéis-moi ». Le contrôle par la pulsion fait place au contrôle par la violence. Là où cesse la propagande revient la schlague. Il n’a au fond jamais été question d’autre chose que de cela, même quand on nous parlait de Révolution française, même quand on évoquait devant nous les Lumières.

De sorte que nous voilà contemporains d’une double révélation : le pouvoir n’élabore sa puissance qu’au détriment du citoyen et de la démocratie au sens vrai du terme. Et ce n’est que par ruse qu’il a pu se réclamer un court moment du bonheur et de l’émancipation du peuple. Ce qui a été mis à vue est à la fois la nature même du pouvoir et la rouerie méthodique avec laquelle il manipule les foules.

Cette clarté qui nous revient nous révèle nos chaînes. Chaînes jamais brisées. Depuis cette base c’est toute la montagne qui est à nouveau à gravir. Un refus inconditionnel est seul susceptible de restaurer notre souveraineté. Mais alors c’est la guerre.

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11 février 2016 4 11 /02 /février /2016 17:29

Houellebecq à Molenbeek
lâche sur les Mollah
le plus affreux mollard
Onfray ce vieux cochon
Pousse des cris d'orfraie
Finkielkraut fait sa crotte
en bon académichien
Le bon peuple est ravi.
L'Hollandouille aussi
Sur la branche où il est assis
il scie il scie il scie
la démocratie.

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11 février 2016 4 11 /02 /février /2016 17:10

Or donc c’est ça l’Objet.
Qui dira cet invu. Cet abominable. Cet infréquentable. Cet irregardable.
Le voici. Il est tout là. Il n’est que cela et il est ainsi : indiscutable et là.
Connais-tu seulement quelque chose de plus indiscutable ? A part les pierres peut-être. Les pierres, oui les pierres, avec les arbres, les animaux.
Méconnaissable. Inconnaissable. Que dissimulent ses dons de scandaleuses métamorphoses ? Qui êtes-vous, Objet posé là comme un défi au bon sens, au bon goût, à la décence, à la civilisation ? Ou bien prétendez-vous parler au nom d’une décence autre, d’une décence nouvelle ? De quel arrière monde êtes vous l’émissaire ?
Cet Objet auquel il ne faudrait avoir accès que sur autorisation expresse, difficilement, douloureusement avec, chaque fois, le prix à payer pour cette lenteur, cette difficulté. On ne le veut qu’enfermé : dans des coffres, sous la terre, en habit d’apparat.
Où a-t-on vu plus de lois que dans les affaires le concernant ? Où plus de violence, plus de morgue, de dégoût, de suspicion, de malveillance, de rejet ?
S’il nous appartenait, je veux dire vraiment, nous nous appartiendrions. Je veux dire vraiment. La vie serait la nôtre. Nous saurions ce « qui » par ce cul, ce « quoi » par cette bouche, ce « pourquoi » par ce sexe, ce « comment » par cette force en nous. S’il nous appartenait, je veux dire vraiment, tous les pouvoirs fondraient comme neige au soleil. S’il nous appartenait, je veux dire vraiment, nous en confierions la garde et le bon soin aux autres, à tous les autres, à qui nous rendrions la pareille. Mais alors quoi ? Plus de bottes, de bruits de bottes, et plus de guerres, plus de fracas.
Cet Objet est donc dangereux. Pernicieux. On le voile fissa de pudeur on le cache on l’enferme on le ligote. Ce nous tellement nous qui n’est pas vraiment nous. Ce nous qui n’est pas à nous mais à quelqu’un d’autre. Quelqu’un qui décide pour nous de son usage et de sa destinée. Quelqu’un qui en a le contrôle pour de vrai. Tout ceci est réglé dans l’ombre de derrière, dans les bureaux en sous-sol des secrètes administrations, dans ces décrets, ces codes, ces arrêts hypocrites que quelqu’un prend nuitamment à seule fin de nous rendre impossible le jour.
On a installé un péage entre toi et cet Objet qui est le tien. On l’a investi afin de te le revendre par petits morceaux. Chacun y travaillant. Chacun s’en occupant et y trouvant son compte. Alors tu le regardes, l’Objet ; il n’est plus que transformation, chantier sans fin : « parce qu’il le vaut bien » dit la publicité. Tu te dis c’est comme ça, on ne peut rien y faire. Partout on s’active pour le rendre autre qu’il n’est. C’est un marché. Une place de marché.
Sain/Obscène. Licite/Non licite. Beau/Laid. Montrable/Immontrable. Grotesque/Miraculeux.
On le vend à prix d’or, quand c’est une princesse, un chanteur, une actrice. Mais qu’on ose montrer l’Objet, sans alibi, sans fard, sans autre cosmétique que la maigre légitimité de l’être là et du commun : tout s’effondre. Nos privautés, nos conventions, nos privilèges, et jusqu’à nos fragiles esthétiques qui oscillent péniblement entre inculture et barbarie. Moi je dis soit, que tout s’effondre. Est-on si fier de ces carcans qui enferment nos vies ? De ces « impossibles » ? De ces « c’est comme ça » ?
« C’est comme ça » : il n’y a qu’une seule chose qui puisse le dire, et cette chose c’est l’Objet. C’est comme ça, dit-il. Je suis venu au monde, et c’est comme ça. Voyez vous-mêmes. Constatez. Faites de même. Exhumez donc votre « comme ça ». N’en soyez plus terrifié, mortifié, anéanti. Il est au-delà des qualités, celui-là, au-delà des regards : parce qu’il est. C’est comme ça. On ne juge que ce qui dépend de nous. On ne juge pas l’état des choses.
Notre « voix au chapitre », elle commence ainsi. Ouvrez ouvrez, ouvrez donc toutes les portes. Jusqu’à la dernière. Celle que vous n’aviez pas remarquée. Et si c’était celle-là, celle-là justement, qu’il nous faut absolument ouvrir ? Ouvrez tout. N’oubliez rien.
Qu’il advienne sans barrière, de soi à soi comme on dit d’homme à homme. Fluide comme un fluide. Coulant entre les choses, se déversant comme une danse parmi les mille mondes. Démassifié. Déconditionné. Unique. Tourbillonnaire et gai.
Mais cet Objet si tout à coup, si brusquement, tu le regardes à la lumière crue de son intime vérité, tu sais, cette vérité que l’on dit toute nue, que vois-tu ? Tu vois la fin de la lutte. Tu vois la fin de ton regard, dans ce qu’il a d’obscurci, de buté et d’hostile. Tu vois la fin de la bassesse, de l’intérêt et de la bassesse. De cette médiocrité qui empoisse tout. Tu vois : l’élan, le don, la générosité. Tu vois l’allégresse du vivant.
Si cela gêne et qu’on vienne à se plaindre, ou si quelque chose manque, rhabillez-le, rhabillez-le donc si vous le souhaitez, cet Objet qui est vôtre : la cruauté s’annonce. Vous l’avez réveillée.
Mais que vous consentiez à lui, avec humilité, avec simplicité, vous consentez à vivre. Que de vous à lui la distance s’efface, le monde recommence. Il se met à battre dans votre sang comme il bat dans les tambours chamanes. Du rythme juste. Celui que vous aviez oublié.
Quand l’Objet s’est extrait de toute compromission avec quelque souveraineté que ce soit.
Quand l’Objet ne s’offre plus comme représentation, interprétation, mais qu’il manifeste au contraire l’inconditionnalité du plein, du vivant et du libre.
Et qu’il se tourne vers toi, oui toi, toi justement ; et qu’il se fait invite.
Alors trouve cet Objet en toi, agis de même. Déboucle-le. Déverrouille-le. Offre-le en retour à la multitude, comme le seul présent que l’on attend de toi. Dans une effusion. Dans toute l’affection de la réciprocité.
Nous y gagnerons peut-être, enfin, notre nom d’Homme sur la Terre. Cela vaudrait au moins la peine d’essayer.

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5 février 2016 5 05 /02 /février /2016 11:35

Vous êtes les ressortissants du vieil ordre failli

Vous aviez oublié cette joie sans mélange qu’apporte la fraternité des armes
Vous aviez oublié la furieuse attraction de la mort
Vous aviez négligé les immenses colères

Ce que vous nommez folie n’est que le monde nouveau
avant que vous n’en perceviez le sens

Vous êtes les ressortissants du vieil ordre failli

L’intégrisme du marché
les mollahs de la bourse
le djihad de la marchandise

La Terre est le lieu privilégié de l’absurde

Parce que l’Homme ne sait quoi faire de ce séjour, de cette attente
Toujours il lui faut un sens, une providence

Un destin face au vide

Nous n’avons jamais été modernes, allez,

Vous êtes les ressortissants du vieil ordre failli

« Rien d’humain ne m’est étranger » dit Térence
mais c’est pour en rire

La terreur rend absolue
La vertu dont elle se réclame
Il n’y a là rien d’humain

Si nous n’opposons pas plus de résistance
C’est que nous ne nous donnons même plus la peine
de croire en nos valeurs

Nous en savons trop le mensonge et la fausseté
en ces temps d’alarme nous ne pouvons rien en faire
Parce qu’elles ne valent rien

Crève vieil Occident
Crève charogne

Contre l’éducation à la lumière nous avions le marketing
nous avons désormais derechef la religion

Nous n’avons jamais été modernes, allez,

Vous êtes les ressortissants du vieil ordre failli

La modernité nous a exposé au vide et le vide se venge
par djihad interposé
ce djihad par nous créé

Crève vieil Occident
Crève charogne

Tu n’étais rien d’autre qu’un leurre tranquille et vain
baignant dans l’artifice, la morgue et l’arrogance
Il te faut à présent renaître
ou disparaître

Pas d’autre choix
Ne pas dire à quoi tu ressembles
Montrer ce que tu es

l’adversaire a retourné contre nous
notre propre machine à propagande
et voilà que soudain
elle nous terrifie


La bêtise de nos édiles a déjà fait la moitié du travail.
La Cité ?
Ce sera désormais un jeu d’enfant de pousser ses décors de théâtre
pour la voir s’effondrer

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2 février 2016 2 02 /02 /février /2016 11:30

Des jeunes gens mitraillent des terrasses au nom d'Allah. D'autres jeunes gens, depuis plus longtemps encore, et tout aussi régulièrement, mitraillent leurs congénères dans les lycées de l'Amérique ou d'ailleurs. Ce qui signifie ceci : une fois armée, la jeunesse du monde entier, d'où qu'elle soit, de quelque culture ou obédience qu'elle soit, en arrive à trouver des vertus à cet acte barbare par excellence qui consiste à tuer des innocents. De quoi seraient coupables les victimes ? D'être là. La jeunesse du monde entier en a juste marre d'être là. Qui entend son cri lucide et désespéré ?

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1 février 2016 1 01 /02 /février /2016 10:19

Le poids des machines ne sera vaincu que par l'éclat de la chair. En une - osons le mot - "résurrection". La chair est l'ultime épiphanie dont nous attendons la venue. La seule chose dans ce monde d'écrans que nous pouvons encore voir et toucher, sentir, goûter. Nous sommes substances sanguines, non des images. L'empire rétinien est une fâcheuse illusion. Le progrès de l'homme par les machines une aimable plaisanterie. Un exo-progrès n'a jamais fait progresser personne. Le seul progrès est intérieur. Au-dedans de la chair. Mais regardez : désormais les cadavres ne savent même plus se décomposer. Il faut tout réapprendre. Quand un président iranien vient en visite officielle à Paris on voile les statues. "La Naissance du Monde" de Courbet est régulièrement censurée par Facebook - chacun également invité à "signaler" les images suspectes. Quel est le terme ? "Inappropriées". Mais inappropriées à qui, ou à quoi ? De quel propre s'agit-il là ? Et s'il n'était pas temps de se réapproprier l'inapproprié, justement ? Mollahs et réseaux sociaux. Fondamentalisme et nouvelle économie. Tellement compatibles. Tellement à s'entendre comme larrons en foire. Daesh conquérant le monde par les réseaux virtuels. Dire qu'une seule femme nue suffirait à les faire reculer... Vade retro satanas ! Envoyez-leur des bombes sexuelles, pas des bombes ! Qu'ont-ils à faire des bombes ?

Et nous, alors ? Le puritanisme capitaliste fonctionne tout entier autour d'un totem caché; et ce totem caché, c'est la bite dressée. C'est ainsi : on n'aime le corps que bandé : telle est la règle numéro un du marketing planétaire. La turgescence comme moteur de l'espace mondialisé de la marchandise. Le désir de désir. Le désir sans objet. L'inapproprié de la bandaison. Image interdite, saint-graal de la théologie économique de notre temps. De sorte que nous n'avons jamais vu un corps nu. Réduit à la chair candide, désintéressée et libre. En disponibilité. Voilà que nous aussi, nous n'avons jamais rien vu ! Phallocratie irregardable du nouvel ordre mondial. Danse de saint-guy autour de l'image cachée. Marchandise, marchandise, marchandise. Cette chose pourtant, cette chose qui se suffit à elle-même et que nous trimbalons partout avec nous, il est temps d'en libérer les puissances d'accueil et de bienveillance. Pour retrouver le présent de la présence, à l'image des vieux saddhus de l'Inde, lâchons tout, partons nus sur les routes.

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30 janvier 2016 6 30 /01 /janvier /2016 08:10

Il se fit poète pour ne correspondre à rien ni à personne. Puis fit des livres qui ne correspondaient à rien ni à personne. Ne trouvant pas de lecteur, nulle offense. S'il en avait trouvé, pourquoi donc aurait-il écrit ?

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29 janvier 2016 5 29 /01 /janvier /2016 17:09

Etouffant de cette sorte de joie/ stratosphérique / solitaire/ hors de soi/ parmi les vestiges/ comme à l’approche d’un dénouement/ longues nuits tragiques aux doux yeux d'incendie/ dans l’horreur des formules apprises/ ressassées/ glossolalies glossolalies / là où ça ne parle plus voilà que ça s’élève/ sombrement recueillis dans les torchères nocturnes/ la vie est une erreur qui au fond coûte si peu/ absurde/ merveille/ éveil/ vivre ce que dure cette danse/ ou comme le passant des nuits de neige/ qui regarde du dehors/ les calmes foyers inconnus/ aller là où la parole s’exténue/ à la coupe glaciale des vents d’hiver/tenir le rythme de cet après/ de ce dehors/ comme un appel jeté/ perdu dans l’espace/ un appel pour personne/ dans la tristesse hantée de nos entassements/ toutes ces vies en apnée/ attendant attendant que quelque chose vienne/ un souffle un messie/ nous sommes comme des aveugles nus/dans un même vestiaire/ tous repartant avec les vêtements de quelqu’un d’autre/nous demandant qui suis-je/au beau milieu des anges exilés tombant des échafaudages/ avec les fleurs et les poisons et les avions et les machines à café et les téléscripteurs/ nous avançons dans le clair-obscur/ prétendant être les derniers/ ou les premiers d’un temps que nous ne savons dire/ « mercredi 28 janvier – Dans New York, à souffrir »/ signé Jack K./être là vivant par millions dans tous ces corps/ tous ces nus sagement remisés/remis à plus tard/dans la solitude ultime de la bête/comme ça la vie/ comme ça la vie/tantôt-ci tantôt ça/ le vivable invivable des jours et des nuits et des jours encore/j’ai tant aimé être un poète/car je n’en suis pas un/n’aurait jamais dû l’être/j’ai tant aimé être gérard larnac/car je ne suis pas lui/n’aurait jamais dû l’être/toutes nos constructions lunatiques/nos pauvres efforts pour tendre vers la figure/la représentation/de quelque chose plutôt que rien/ écrire est une humiliation physique/un acte de contrition publique/mais à chaque ligne ça va, ça s’en va/tout ce qu’on croyait être/jusqu’à cela/ n’être plus rien/ n’être plus rien/ égal à l’entier/longues marches manhattan/ de l’Arche de Washington au Javit Center sur l’Hudson/ puis sans arrêt Times Square Central Park/redescente sur Brooklyn par la promenade plantée de l’ancienne ligne aérienne/ passer le pont les oreilles pleines de vent du large/où le vent hurle tu chanteras/chandelle Liberty sur l’horizon vague/des usines et des rades/ depuis Brooklyn retour vers le Village/ tant et tant de fois/ sans jamais s’arrêter un instant/ jusqu’à se dissoudre/dans le rythme des pas/ le secret des formules ne s’acquiert qu’en marchant/la vie devenant ce long exercice d’éclaircissement de soi/pour s’offrir aux autres avec la simplicité/d’une neige de printemps/manhattan manhattan/ quel homme attend/ dans le silence fourvoyé/ l’assassiné de frais au centre de sa silhouette/tracée à la craie sur le trottoir/crime scene do not cross/ le voilà qui se relève/considérant tout ça/d’un air sombre et amusé/tout ce que nous aurons été/nos contours à la craie effacés par l’averse/avec nos rires/et nos enlacements.

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29 janvier 2016 5 29 /01 /janvier /2016 08:51

La croyance la plus tenace en nous est cette certitude selon laquelle ce qui ne s'est encore jamais produit ne se produira jamais. C'est le dogme de la course à l'abîme sans abîme. Pouvons-nous survivre à ça ?

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28 janvier 2016 4 28 /01 /janvier /2016 17:30

Didier Fassin, anthropologue, sociologue et médecin, professeur de sciences sociales, a mené une enquête de terrain de15 mois auprès des patrouilles de la BAC, portant sur les rapports police/public, entre 2005 et 2007. Il s’est agi de s’intéresser au quotidien de la police. « Le débat public suppose de l’information : or les informations du ministère public sont reprises telles quelles par les média ». Il fallait donc aller au-delà de la vision officielle, par une présence prolongée sur le terrain en « se fondant dans le paysage » afin d’instaurer une relation de confiance. En cela l’étude de Didier Fassin est une première : il n’existait pas d’étude ethnographique sur le sujet (seulement des enquêtes à base de questionnaires). Sa seconde demande d’étude a d’ailleurs été rejetée par le Ministère de l’Intérieur (quinquennat Sarkozy).

L’Etat d’urgence comme division de la population

« L’Etat d’urgence bénéficie dans l’opinion publique d’un soutien qui ne tient pas seulement à l’émotion suscitée par les attentats ; mais bien parce qu’il ne s’applique qu’à une partie de la population et du territoire. S’il devait peser sur tous, ce soutien ne tiendrait pas dans la durée. Cet Etat d’urgence est donc sélectif. Déjà des lieux de cultes (mosquées) ont été vandalisés par la police ».

Une situation prétexte

« Mais cette situation est antérieure aux attentats. L’expérience de certaines populations était déjà celle-là au quotidien. Ce n’est qu’une aggravation d’une situation existante. L’état de droit n’est pas respecté partout de la même façon. Les contrôles d’identité effectués habituellement ne respectent pas le code de procédure pénale. La fouille des véhicules n’est pas légale. Il faut donc entendre « zone de non droit » dans un sens différent que celui que colportent les média. L’Etat d’urgence légitime ces processus et va permettre leur pérennisation.

L’idée est donc de profiter de l’état d’urgence pour faire passer des mesures qui sinon ne passeraient pas. La quasi totalité des perquisitions ne concernent pas le terrorisme. Les attentats ont été le prétexte pour élaborer une législation qui élargit les pouvoirs de la police ».

Inefficacité, politique du chiffre et intéressement : l’organisation des dérives (pénalisation excessive des consommateurs de cannabis et des étrangers sans papier)

« Il faut distinguer ce qui relève de la sécurité publique (lutte contre la criminalité et la délinquance) de ce qui relève de l’ordre public (manifestions, rassemblements…). Si les modes d’interventions sont différents le quotidien est assez proche.

L’ennui est un élément important dans la vie quotidienne de la brigade, très loin de l’image héroïque que les policiers ont d’eux-mêmes. Les criminologues insistent peu sur cet élément important. On entre dans la police pour « arrêter les voleurs et les voyous », mais on le fait pratiquement jamais. Ce qui constitue un élément d’explication quant aux sur-réactions observées. Le policier peut être réactif, dans l’attente d’intervention (mais il faut occuper le temps entre deux missions) ou proactif (contrôle d’identité). Mais c’est l’absence d’action qui domine. En réalité il y a peu d’actes efficaces. On se rabat alors sur la lutte contre les usagers des drogues (pour les trafiquants c’est la brigade des stup) et sur le contrôle des étrangers en situation irrégulière.

Or depuis 2000 la politique du chiffre a imposé sa culture de la performance. Les objectifs sont fixés en nombre d’interpellations. Un fait nié par la hiérarchie, mais confirmé sur le terrain. Pour compenser l’impossibilité d’atteindre ces chiffres, il existe des « variables d’ajustement » : l’usager de drogue et le sans papier. On n’arrête pas le trafiquant mais le simple usager de cannabis. 9% des 18-25 ans consomment régulièrement, avec très peu de différenciation sociale ou ethno-raciale. Il n’y a donc aucune raison pour un ciblage particulier de population. Or les opérations visent les cités, jamais la sortie des facs ».

Des populations systématiquement maltraitées par la police : un racisme institutionnel

« Les policiers malmènent les populations. Les missions dans les cités sont vues par les policiers comme des raids punitifs visant à « mater les populations rebelles », comme ils disent. Les habitants sont demandeurs d’une police républicaine, mais il y a un décalage entre leurs attentes et l’intervention. Les modes d’interventions visent à endosser le rôle de justiciers dans la rue. Le policier est convaincu que les populations leur sont à la fois hostiles et complices des délinquants, avec une vision indiscriminée (« La Cité »). Il y a aussi l’idée que la justice est laxiste, que c’est donc à eux d’infliger la punition sur le terrain. Cela légitime la non proportionnalité de l’action policière. Les punitions ainsi infligées sont soit collectives, soit individuelles pour l’exemple ; on s’en prend à celui qui court le moins vite, pas nécessairement au coupable. Jusqu’en 2007 la police s’est présentée comme invincible. Mais depuis les émeutes de Villiers-le-Bel une logique de victimisation est apparue (toujours le registre de l’héroïsation). On parle de violence faite à la police quand un policier se fait malencontreusement une entorse. La manière nouvelle de communiquer est de présenter la police comme victime de « ces » populations. La notion fallacieuse de Guet-apens s’est répandue ».

Pour Didier Fassin le problème est l’instauration d’un racisme institutionnel. C’est le problème de l’institution, non de cas de dérapages isolés.

Du maintien de l’ordre à l’organisation du désordre

80% des policiers sont originaires de zones rurales ou de petites villes de province. Ils n’ont aucune familiarité avec les cités. 50% des policiers ont voté FN aux dernières élections. Dans la brigade qu’a suivie D.Fassin, un grand nombre porte des t-shirt « 732 » (Charles Martel arrête les Arabes à Poitiers en 732) et arborent la francisque (environ la moitié des effectifs).

Le constat partagé autant avec des syndicalistes policiers que des hauts fonctionnaires de l’intérieur, c’est que « la BAC apporte plus de désordre que d’ordre ». Valls lui-même confiait à Didier Fassin qu’il était conscient de cette réalité. L’éducation civique que les parents sont obligés de donner à leurs jeunes en cité consiste à leur apprendre à ne pas répondre aux provocations de la police. Les injures et humiliations sont leur lot quotidien.

Depuis dix ans il y a deux fois plus de comparutions immédiates, avec des peines beaucoup plus lourdes (Sarkozy).

- Condamnations pour consommation de cannabis : + 255%

- Condamnations pour conduite sans point sur le permis : + 400%

- Condamnations pour délits économiques et financiers : - 39%

Violences policières et impunité

Les comparutions immédiates valent des primes et indemnités pouvant aller jusqu’à 1000 euros : d’où la provocation policière. Cela est devenu un mode de rémunération, et est vécu comme tel. D’où la réécriture à charge des faits pour avoir davantage de comparution immédiate. La justice sait, elle se tait. Connivence.

Lorsque l’institution récompense un policier qui a mis en comparution immédiate un individu pour « outrage et rébellion », elle sait que cette appellation n’est là que pour masquer des provocations et des violences policières. Si elle les récompense c’est qu’elle y trouve son compte…

Les insultes et humiliations permanentes dont font l’objet les jeunes des cités montrent une impossibilité, en certains lieux de la république, d’occuper librement l’espace public.

Au-delà de violences physiques il faut parler de cette humiliation, et de cette violence psychologique. D’autant que la culture de l’impunité est considérable : 1200 innocents tués par les policiers américains tous les ans. Aux Etats-Unis dans 99% des cas d’homicide l’auteur des faits est poursuivi ; sauf dans le cas de la police, où 98% des cas d’homicide ne donnent pas lieu à poursuite. Ainsi va-t-on vers la normalisation des pratiques violentes.

Les policiers français sont peu confrontés à la peur véritable. En 15 mois Didier Fassin a vécu des situations d’excitation (héroïsation surjouée face à la mission), mais pas de peur. Il y a peu de policiers tués dans l’exercice de leur fonction : 6 par an. Les 2/3 sont causés par les accidents de la route. Les 2 tués/an le sont par des braqueurs ou des forcenés : jamais par des jeunes.

Il existe bien une instrumentalisation du sécuritaire par l’Etat comme réponse au désengagement social

« Il y a bien une instrumentalisation du sécuritaire par les plus hautes autorités de l’Etat. Cette lame de fond sécuritaire déborde les clivages politiques. Le virage a été pris par les lois Peyrefitte à la fin des années 80, mais à gauche Jospin y souscrira pleinement.

Le virage sécuritaire apparaît toujours dans un contexte d’accroissement des inégalités (Piketty). Les inégalités augmentent, l’Etat social se retire, l’Etat pénal se renforce.

La justice de la démocratie est en jeu quand on a une police qui assure le maintien de l’ordre social. Chacun doit être à sa place sans se rebeller. Au nom de l’ordre public c’est en fait l’ordre social que l’on défend, un ordre social fait d’insécurité sociale et de dégradations constantes des droits sociaux, qu’on masque par autre chose.

L’état d’esprit des citoyens est davantage à l’accoutumance qu’à la révolte, avec des effets de cliquet qui empêche tout retour en arrière. Foucault parle ainsi de « guerre civile larvée » lorsque l’on monte ainsi les catégories les unes contre les autres. Il faut considérer la situation présente, et ce vers quoi nous allons avec la réforme de la constitution, comme étant d’une extrême gravité ».



Propos recueillis le 16 janvier 2016. LDH Comité Régional Ile-de-France (Paris).


Eléments bibliographiques :


Bonelli Laurent :

L’Etat démentelé. Enquête sur une révolution silencieuse (La Découverte, 2010).

Au nom du 11 septembre : les démocraties à l’épreuve de l’antiterrorisme (La Découverte, 2008).

La France a peur. Une histoire sociale de l’insécurité (La Découverte, réédition Poche 2010).

La Machine à punir. Pratiques et discours sécuritaires (L’Esprit frappeur, 2001).

Fassin Didier :

La force de l’ordre. Une anthropologie de la police des quartiers (Seuil, 2012).

Juger, réprimer, accompagner : essai sur la morale de l’Etat (Seuil, 2013).

L’Ombre du monde. Une anthropologie de la condition carcérale (Seuil, 2015).

Mouhanna Christian :

La police contre les citoyens ? (Champs social, 2011).

Muchielli Laurent :

Violences et insécurité : fantasmes et réalités dans le débat français (La Découverte, 2001).

La frénésie sécuritaire : retour à l’ordre et nouveau contrôle social (La Découverte, 2008).

L’invention de la violence. Des peurs, des chiffres, des faits (Fayard, 2011).

Portelli Serge :

Juger (Ed.de l’Atelier, 2011).

Thorel Jérôme :

Attentifs ensemble. L’injonction au bonheur sécuritaire (La Découverte, 2013).

Wacquant Loïc :

Les Prisons de la misère (Raisons d’agir, 1999).

Parias urbains, Ghetto, banlieues (La Découverte, 2007).

Articles disponibles sur le Net :

Bonelli Laurent :

De l’usage de la violence en politique : www.cairn.info/revue-cultures-et-conflits-2011-1-page7.htm

Mouhanna Christian :

Le miracle de la sécurité vu de l’Intérieur : www.cairn.info/revue-mouements-2007-4-page-35.htm

LDH :

Le Rapport Sivens : www.ldh-France.org/rapport-commission-denquete-ldh-les-conditions-conduit-mort-remi-fraisse-sivens-octobre-2014

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Published by Gérard Larnac - dans Carnet d'esquisses In extenso
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