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3 novembre 2015 2 03 /11 /novembre /2015 09:06

Longtemps je ne lus au fond que dans le seul but d'écrire. A présent j'écris pour continuer à lire. Ma vie y a gagné en puissance, et en sérénité.

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Published by Gérard Larnac - dans Traduire le vent
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2 novembre 2015 1 02 /11 /novembre /2015 14:44

Comme les choses sont bien faites qu'une vie d'homme ne suffise à entrevoir, mais à la toute fin, ce qu'il nous aurait fallu savoir dès le départ pour exercer mieux le métier de vivre; rendant ainsi la connaissance, d'homme en homme, de génération en génération, toujours plus illusoire - et dans cet éclat tardif et vain, découvrir une sagesse immémoriale.

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Published by Gérard Larnac - dans Traduire le vent Chemin faisant
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20 octobre 2015 2 20 /10 /octobre /2015 21:44

Dans ce débat poignant « Réacs contre Bien-pensants » où certains voudraient nous voir nous absorber actuellement, les « intellectuels » (médiatiques, s'entend) montrent au fond leur vrai visage. Ni intelligence des choses – en dépit de leur prétention au titre de champions – ni grande nouveauté conceptuelle. Seul compte l’effet immédiat. L’image publique. Etre pour tout ce qui est contre et contre tout ce qui est pour. Seul souci : éviter la masse. L’intellectuel est une sorte de dandy que le silence infini des espaces prolétaires effraie. Seul compte l’écart splendide où il se tient, et "d'où il parle". Mais attention : pas un écart véritable, qui vous conduirait à la marge, inconnu, loin de tous. Non, un écart style entrechat, un entrechat bien visible au contraire, bien central pour qu’il n’échappe à personne. Un entrechat pile poil taillé sur mesure pour les média de divertissement, la compréhension de leurs présentateurs et la somnolence de leurs spectateurs. Ainsi danse l’intellectuel de salon, d’événement en événement, au gré des micros qui se tendent. « Exister ! », beugle cet éperdu.

Ne nous y trompons pas. J’ai longtemps été estomaqué par le culot de nos "intellectuels médiatiques". Bien loin de l’autorité savante et universitaire qui avait façonné les vieux « maîtres à penser », il y avait ce côté incurablement hâbleur et dilettante. Flamboyant et buissonnier à la fois. Un style « Même pas peur » d’autant plus gonflé qu’on aurait eu bien du mal à situer leur spécialité et leur expertise, ainsi d’ailleurs que leur apport conceptuel à l’histoire des idées. Où une Hannah Arendt, où un Günther Anders ? Hélas cette engeance n'en produisit aucun. Il restera si peu de tant de livres, de tant de bruits, qu’on en reste abasourdi d'avance. Au final le bilan est bien maigre : leur surface médiatique s’avère inversement proportionnelle à la profondeur de leur pensée, mesurable au nombre ridiculement faible de leurs citations dans les publications de référence. C’est sans doute qu’il s’agissait d’autre chose que de philosophie. Mais de quoi ?

Nos « intellectuels » se sont longtemps montrés à la terrasse du Flore, avec cendrier plein et pose flatteuse. Pour draguer il y avait eu le rock ; et voilà que la philosophie se montrait brusquement tout aussi efficace ! Sartre avait servi de modèle, et du coup tout le monde pouvait se croire en capacité d’écrire son « Etre et le Néant ». Il suffisait de quelques lectures diagonales, d'un dictionnaire de citations à placer en toutes circonstances et de conversations de bistrot tard le soir passablement arrosées. Deleuze rêvait à une Pop Philosophie comme on avait la Pop music, et il ne manquerait pas de jeunes gens, tel Mehdi Belhaj Kacem, proche d’Alain Badiou, pour reprendre le flambeau.

Dans le sillage des intellectuels engagés, mais qui n’étaient engagés que de surcroît, et dont les écrits, avant tout, faisaient œuvre (les Sartre, les Foucault, les Bourdieu…), vinrent les « nouveaux philosophes ». Juvéniles aux joues roses, cheveux longs et sens de la formule, on aurait dit nos potes, en moins cradingues et plus démerdes. Bien sûr pour ce qui était du pop et du populo, on allait être servi : BHL, 20e fortune de France, n’avait rien d’un marginal besogneux ni d’un bouseux monté en graine ; et ceux qui citaient davantage sa chemise blanche que toute notion nouvelle qu’il aurait pu mettre en lumière ne devaient être que des jaloux qui n’y connaissaient rien en matière de confection. Tout ce (nouveau) petit monde, sérieux comme des papes, avait une mission claire : en finir avec le communisme, dans le contexte électoral de l'Union de la gauche et du programme commun, en en essentialisant les dérives staliniennes. « On n’est plus des gogos », semblaient proclamer ces bébés-penseurs qui venaient après, bien après Gide, et qui avaient la prétention d’en remontrer à Hegel en personne au prétexte qu’ils venaient de dénicher « L’Archipel du goulag » en solde chez Gibert.

Et c’est là où les intellectuels de divertissement, à défaut de nous convaincre, nous charmèrent tout à fait. Leur façon bien à eux de n'être jamais dupes. Nous, pauvres tares, on avait vaguement appris, durant nos fort brèves humanités, que le doute était un bon début pour se mettre à penser. Et voici que ces jeunes gens nous terrorisaient par leur assurance, leurs voix bien posées, leurs regards inflexibles. Eux ne doutaient jamais de rien. On avait l’impression que même lorsqu’ils avaient tort ils avaient encore raison. Insubmersibles, ils étaient. Et quand la conversation chauffait un peu trop pour leur chatouilleux matricule, les voilà qui décrétaient avec superbe : « Fin du débat ! ». Pour tout dire nous nous en voulions un peu de toutes nos réticences de rosière devant cette caste rayonnante, pérorante et violemment péremptoire : les intellectuels de gazette.

Ces intellectuels pour société du spectacle présentaient cependant une qualité presque innée qu'aucun philosophe n'avait jamais possédé avant eux : ils étaient télégéniques, totalement chez eux sur les plateaux de cette télévision avec laquelle ils avaient grandi et dont ils semblaient maîtriser tous les ressorts dramatiques : le décorum, la pompe, le rythme, la gestuelle. Ils rompaient avec la tradition du penseur solitaire dans sa soupente. Leur bibliothèque n'était qu'un décor de carton pâte, leur plume un bouquet de cameras et leur bougie les spot-lights des studios.

Il faut se souvenir que l'émission de mai 1977 qui servit de fonds baptismaux aux philosophes médiatiques, Apostrophe, posait déjà la question : "Les nouveaux philosophes sont-ils de droite ou de gauche ?". Leur apparition semait un trouble apparemment salutaire. Elle permit en fait à l'intelligentsia de rompre avec l'idée de Révolution au prétexte de totalitarisme. Comme si le second était immanquablement la destinée de la première. Comme si on s'attendait sérieusement à ce que la France verse dans une gauche totalitaire et bureaucratique, entre goulag et gardes rouges."Les nouveaux philosophes" furent bien utiles pour amorcer le tournant positiviste de la pensée politique française, vouant aux gémonies les philosophes pour de vrai, coupables d'avoir pensé, Fichte ici, Nietzsche là, Hegel bien sûr, et Marx avant tout autre. On n'adorait rien tant que les raccourcis saisissants, du style : La révolution n'est rien d'autre que l'assurance vie de l'Etat, l'Etat c'était Vichy et Vichy la Shoah. Donc la pensée révolutionnaire a à voir avec l'antisémitisme, nouvelle névrose obsessionnelle des intellectuels médiatiques. Dans un contexte général de restauration conservatrice (Thatcher, Reagan), l'élection de 1981 ainsi préparée ne pouvait être autre chose qu'une déclaration d'amour aux dures lois du marché. Le fatalisme et la résignation devaient tenir lieu de pensée politique pour contenir la plèbe et "moderniser" le pays.


Contre ce tournant positiviste, antirévolutionnaire, peu de voix s'élevèrent. Car comme chacun sait, la révolution, c'est fatigant ; surtout pour ceux qui se sont déjà emparés des bons postes. Et personne ne tient à se faire traiter d'antisémite. Rien de tel, donc, qu'une bonne vieille restauration pour mettre tout le monde d'accord. Cette hantise de la barbarie, que rien ne justifiait, a censuré la pensée, verrouillé les imaginaires et vitrifié l'art du débat contradictoire. On se mit à penser en rond, genre cercle de silence pour pénitents du moyen-âge. Quelque chose était cassé dans la dynamique émancipatrice héritée des Lumières. Oublié, le "Ose penser !".On s'enfonça ainsi dans un moralisme contrit et la dictature du consensus mou.

Sur le plan des idées, les "nouveaux philosophes" eurent surtout pour effet de différer la lecture d'Harendt qui, sur le totalitarisme, avait, elle, des choses à dire, et de minimiser la portée du "1984" d'Orwell qui en généralisait le concept, au-delà des situations historiques...

Dès l'émergence de l'intellectuel médiatique, un double mouvement s’opéra : les intellectuels devinrent éditorialistes et les éditorialistes intellectuels. Ce savant mélange des genres suffit au petit commerce des premiers et au capital symbolique des seconds, qui n’en espéraient pas tant, passant des colonnes de leur journal aux vitrines des libraires. La confrérie des intellectuels de gazette n’y gagna pas, mais, au point où elle en était, n’en fut nullement amoindrie. Et ce petit monde grossit et embellit à coup de renvois d’ascenseur et d’intérêts bien compris, sans que puissent se faire entendre ces fâcheux surannés qu’on nommait autrefois « des critiques ». Quant à l’université, dont on aurait pensé qu’elle serait l’arbitre des élégances, elle se contenta de contempler tout ce cirque de haut en se pinçant le nez.


Nos intellectuels devinrent donc propriétaires de chroniques comme d’autres de concessions à perpétuité. Indélogeables, inamovibles, d’autant plus insensibles au cumul d’emplois que le chômage de masse précarisait la nation toute entière, et les journalistes autant sinon plus que tout autre. C’est curieusement une époque connue sous le nom de code : « Le silence des intellectuels ». Celui de la mer avait eu en son temps plus de gueule. On a appelé "Silence des intellectuels" ce moment de tétanie qui a succédé en 1981 à l'arrivée au pouvoir d'une gauche socialo-communiste, et cette défiance qui s'est emparée soudain des anti-totalitaires de gauche, ceux-là même qui venaient de réviser l'histoire de la Révolution française à l'aune du goulag (François Furet et les "nouveaux philosophes"). Au final, l'anti-totalitarisme des intellectuels français ne fait que donner une suite parodique à la révolution parodique de mai 68, visant à tenir à distance la réalité dès qu'il s'agit de politique de gauche concrète. De plus, en se transformant en obsession anti-communiste, il s'est montré absolument incapable de s'élever lui-même au rang de concept universel. Il n'est, une fois de plus, que l'universalisation de préoccupations définitivement franco-françaises, marquées par le sceau de la pantomime et de la représentation parodique.

Nous avions eu les intellectuels-engagés-qui-s’étaient-trompés-tout-le-temps (les pauvres cocus du communisme), nous avions à présent les intellectuels dégagés, pragmatiques, "humanitaires", toujours prompts à servir avec un zèle empressé ce pouvoir qui, comme chacun sait, ne les enrichit qu’à proportion de ce qu'il les méprise. Ainsi va la vie de tout courtisan.

C’est ainsi que la troisième phase de l’intellectuel d’après-guerre fut celle de l’intellectuel en chien de garde, avec ses instances consacrées : les revues Le Débat, Esprit, Commentaire, La Règle du jeu, l'hebdomadaire "Le Nouvel Obs", sans oublier l'extravagante Fondation Saint-Simon qui préféra se saborder elle-même à force de reniements contournés... Ayant désespéré de Billancourt et du reste, mais sauvant les apparences coûte que coûte et droit dans ses bottes, avec une carrière à construire, l’ex-gaucho cracha sur 68 et ses utopies pour embrasser le bon vieux « principe de réalité » du bon vieux con de base. Ce petit monde n'allait décidément pas en rater une : ni "Vive la Crise"(ce slogan recyclé de l’ultra-droite américaine durant la crise de 29) en 1984, ni "La Fin de l'Histoire", cette mascarade fomentée par le département d'Etat américain en 1989... En revanche on ne les entendit pas trop sur 2005 et le référendum volé aux Français (on ne serait donc pas anti-totalitaires à plein temps ?), pas plus que sur la crise de 2008 qui marque pourtant la fin du néolibéralisme... C'est là une caractéristique pour le moins surprenante : l'intellectuel médiatique a des prises de conscience sélectives qui confinent à des absences.

Résumons :

  1. L’intellectuel engagé (70-80)
  2. Les intellectuels en panne (80-90)
  3. Les intellectuels en « chiens de garde » (90-2000)
  4. Les intellectuels en voie de lepénisation. (2000-2015)

Très en verve durant les années 2010, l’intellectuel de cours a réussi à déclencher, ô triomphe de la pensée, un conflit majeur par l’entremise d’un président malade des nerfs qui en profita au passage pour liquider un témoin gênant (Kadhafi). « Faire le jeu de Le Pen » fut pour la corporation le nouveau piège à la mode, dont il était de bon ton de triompher, mais « pâââs trop viii-teu » comme chantait Juliette, histoire de faire frémir Mâme Michu devant sa télé et filer le feuilleton de soirée en soirée, devant le bol de soupe aux poireaux et les biscottes périmées. « Fait-il ou non le jeu de Le Pen ? », telle est la question qui, cette année, vous assure immanquablement la mobilisation des gazettes et des Mâmes Michu.

Mêlant un Céline aux petits pieds, Houellebecq, archétype du petit blanc impuissant cultivant la haine de soi, le roman de gare et les vers de mirliton, un polémiste saumâtre et retors, Zemmour, un anar hédoniste totalement parti en vrille, Onfray, un raciste rance, Finkielkraut (raciste oui, mais pour la bonne cause, celle d’Israël), la vague décliniste, nourrie par une pauvreté et un désarroi grandissants, prend de l’ampleur. Résultat : les élections prochaines nous promettent un Front national en premier parti de France.

Pourtant quelque chose me dit que si le Front est parvenu tellement haut, c’est moins par ses mérites propres que par la marée basse des idées des autres. Après la lepénisation des esprits, voilà donc que la lepénisation des intellectuels médiatiques est en marche. Dans un contexte où les essais véritables se vendent désormais au compte-goutte, l’intellectuel sera médiatique ou ne sera pas. Il faut donc surfer sur l'air du temps, celui-ci fut-il fort peu ragoûtant. De sorte que pour la sainte confrérie, la mode automne-hiver, c’est clair, ce sera tendance « réac ». Où l'intellectuel retrouve la masse : au lieu de dissiper les idées toutes faites, ce qui est tâche de penseur, l'intellectuel de gazette s'en sert comme appui pour se hisser en zone de visibilité permanente. Ce faisant il leur donne toute légitimité. C'est ainsi qu'il devient le porte-voix du populisme, de la démagogie et de la non-pensée.

Pendant ce temps le gouvernement socialiste a sombré dans la haute trahison. C’est son affaire, et ce n’est une surprise que pour les écervelés et les tombés de la dernière pluie. On termine le sale boulot, on en sera remercié par des postes, des carrières. Quant aux citoyens, avec leurs rêves, leurs douleurs et leurs avenirs quand même, leur cas passe, comme toujours, par pertes et profits. On connaît la chanson : « Les promesses électorales n’engagent que ceux qui y croient ». Sur une telle dose de cynisme, les agents d’ambiance n’ont aucun mal à construire de la haine bien pure. Il suffit pour cela de désigner le bouc-émissaire du jour : le Rom, le réfugié, l’immigré, le « pas Français de souche »… En période de crise, « crise » entendue comme régime politique post-démocratique, le résultat est imparable.

Et voilà que d’autres, pas les pires sans doute, se mettent, contre tous ces intellos virés « réac », à défendre les « bien-pensants »… Un bien-pensant ? Mais c’est un faux-derche qui ne fait profession d’humanisme que pour mieux conserver ses privilèges, un bien-pensant ! Rien d’autre qu’un exploiteur passé à confesse ! En quoi sommes-nous bien-pensants lorsque nous réclamons contre la violence extrême des puissants la justice pour les faibles ? En quoi sommes-nous bien-pensants lorsque nous exigeons de la politique qu’elle remette au centre du jeu l’intérêt général, et non la somme des intérêts particuliers des lobbies qui la financent ? Etait-il bien-pensant, le jeune résistant tué lors de la libération de Paris ? Bien-pensant Victor Hugo, bien-pensant Emile Zola, bien-pensant Jean Jaurès ?

Et puis pour être bien-pensant, encore faudrait-il penser. Or c’est cela qui manque le plus : des idées, nouvelles, contradictoires, paradoxales, audacieuses, complexes ; des idées auxquelles se confronter ; des idées non formatées pour les JT, inaptes aux bandeaux défilants des chaîne d’info en continu ni aux interviews tac au tac… Des idées, quoi. De la pensée. Avec quelqu’un derrière. Des intellectuels, mais qui seraient d’abord des hommes, des artistes, des ouvriers, des chômeurs, des "vrais gens", des damnés de la terre, hommes et femmes venus de tous les horizons dont on saurait enfin accueillir les rêves et les désirs et les murmures.

Sans doute, pour parvenir à un nouveau degré d’intelligibilité, doit-on repenser de fond en comble cette figure devenue à la fois fétiche et repoussoir : l’intellectuel. Il faut à l’intelligence des choses de plus hauts appétits. De ceux qui s’aiguisent dans l’ombre, inconnus, décisifs. Et d’autant plus décisifs qu’ils seront longtemps demeurés dans les limbes.

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13 octobre 2015 2 13 /10 /octobre /2015 07:25

Au lieu du "Connais-toi toi-même" : "Surprend-toi sans cesse".
Et tout chang
e.

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Published by Gérard Larnac
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11 octobre 2015 7 11 /10 /octobre /2015 09:45

L'oeuvre au sens fort n'est opérante que de l'écart qu'elle institue avec l'ordre du marché; mais ce faisant elle devient impossible.

Faire oeuvre aujourd'hui c'est avant tout faire silence.

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1 octobre 2015 4 01 /10 /octobre /2015 12:51

"Est-ce que l'Art vous fait peur ?"
C'est sur ces mots-là que je quittai l'Université.
Je les retourne aujourd'hui :
aux lecteurs
aux éditeurs
"Est-ce que l'Art vous fait peur ?"




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30 septembre 2015 3 30 /09 /septembre /2015 07:17

On écrit toujours depuis ce petit quelque part que l'écrire constitue.

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18 septembre 2015 5 18 /09 /septembre /2015 11:21

Il murmure à l’oreille des présidents et parcourt la planète pour convaincre les Etats d’en finir avec l’austérité : Joseph Stiglitz a mis tout son poids dans la bataille pour lutter contre ces inégalités qui asphyxient nos démocraties. Rencontre avec le prix Nobel d’économie à l’occasion de son dernier passage à Paris.

Auteur de deux best-sellers, Le Triomphe de la cupidité et Le Prix de l’inégalité, Joseph Stiglitz présentait récemment à Paris son dernier ouvrage : La Grande fracture – les sociétés inégalitaires et ce que nous pouvons faire pour les changer (Editions Les Liens qui Libèrent).

L’occasion d’un bilan de l’économie mondiale sept ans après le début de la grande crise financière, et des quelques remèdes qu’il est encore possible de lui apporter. Un tour d’horizon en neuf idées-forces.


1.Le niveau actuel des inégalités économiques est en train de tuer la démocratie

«Abraham Lincoln définissait la démocratie comme étant le gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple. Or nous avons désormais le gouvernement du 1%, par le 1% et pour le 1% », jette d’emblée Joseph Stiglitz. Un propos qui a d’autant plus de poids que celui qui prononce ces paroles graves n’a rien d’un dangereux révolutionnaire : il n’est autre que l’ancien économiste en chef de la Banque mondiale et prix Nobel d’économie 2001.

L’économiste, démocrate et proche des Clinton, poursuit son travail sur les dommages collatéraux qu’occasionne l’augmentation constante des inégalités au sein de la société. Il s’intéresse plus particulièrement au cercle vicieux qui en renforce aujourd’hui la tendance : « L’aggravation de l’inégalité économique se traduit en inégalité politique, qui donne à l’argent un pouvoir sans limite ; et cette inégalité politique accroît l’inégalité économique ». Et d’insister : « La démocratie aujourd’hui ce n’est plus « un homme-une voix », c’est « un dollar-une voix ». Le niveau actuel des inégalités économiques torpille nos démocraties ».

2.Les marchés financiers ont appauvri le salarié et cassé la demande

En cause, les politiques de déréglementation irresponsables, de réductions d'impôts, et d’allégements fiscaux pour les plus aisés. « Si les marchés financiers ont pu passer de 2,5% à 8% du PIB, c’est parce qu’ils ont pris l’argent dans la poche des citoyens. La cassure entre le 1% et les 99% autres est pire aux Etats-Unis que partout ailleurs. Depuis 30 ans nous avons voulu changer les lois de l’économie et le monde entier nous a malheureusement imité. L’idée consistait à diminuer les impôts, à libéraliser, à déréguler. Nous pensions alors que cela provoquerait plus d’incitation, plus de liberté, plus d’énergie économique, et que la part de chacun s’en trouverait augmentée. Nous avions tort. Au cours des années, avec moins d’impôts et moins de répartition, la croissance a diminué. Depuis lors la majorité des revenus stagnent, et le taux de chômage réel est comparable à celui de la France. Un homme salarié est aujourd’hui moins bien payé qu’il y a 40 ans. L’économie américaine ne fonctionne plus depuis des années que pour le 1% qui ont vu leurs revenus croître de 22%, soit une multiplication par deux en 35 ans. C’est un changement extraordinaire. La société n’est plus divisée en classes sociales, elle est divisée entre le 1% et le reste. Si nous sommes tous dans le même bateau, le 1% est sur un autre bateau. Kennedy avait l’habitude de dire : « La marée soulève tous les bateaux » pour dire que la croissance économique était profitable à tous. Or nous avons désormais la preuve du contraire. Tout l’argent va au sommet, et pour les autres, la grande majorité, il ne reste rien. Le revenu médian aux Etats-Unis est plus faible qu’il ne l’était il y a un quart de siècle. Le salaire minimum est au niveau de ce qu’il était il y a 50 ans ! Et la récession a empiré les choses. La classe moyenne a perdu sa richesse, son travail, sa maison. Officiellement la reprise économique a débuté en 2009. Pourtant 91% des bénéfices ont été au 1%. La vaste majorité, elle, n’a pas vu de reprise. Alors que la productivité a plus que doublée en 40 ans, les revenus stagnent pour la première fois dans l’Histoire ».

« Mon dernier ouvrage, La Grande fracture, décrit les différentes manières dont les Etats-Unis sont devenus aussi inégalitaires. 80 milliardaires possèdent autant que le reste de l’humanité. Cette fortune, ils ne l’on pas gagné : ils en ont hérité. L’inégalité des chances est une autre dimension. Nous nous sommes rendus compte qu’il y a un transfert intergénérationnel de l’inégalité. Un enfant de riches, même nul en classe, s’en sortira toujours mieux qu’un enfant de pauvres qui travaille très bien. Penser que les Etats-Unis sont la terre du possible est un mythe. C’est là que l’on observe le plus haut niveau d’inégalité avec le moins d’égalité des chances, y compris dans ce qui touche à la santé ».

3.Réécrire les règles du jeu

« Ce que je veux dire ici, c’est que l’inégalité n’est pas seulement le résultat d’une économie : c’est un choix politique. C’est d’ailleurs ce qui me rend optimiste : car si l’inégalité était le résultat d’une loi, un peu comme la gravité, il n’y aurait rien à faire. Si l’inégalité est un choix, alors on peut changer politiquement les choses pour obtenir plus d’égalité ».

« Nous avons fait des choix. Nous en payons un prix exorbitant. Nous avons affaibli notre économie, divisé la société, torpillé notre démocratie. Et ce n’est pas là une vision idéologique. Le FMI ou l’OCDE ont fait des études qui démontrent que tel est bien le cas. Nous savons désormais combien l’inégalité est néfaste pour l’économie ».

« Alors que faire ? 40 ans d’inégalité ne se règlent pas comme ça. La bonne nouvelle en Amérique, c’est qu’il y a désormais consensus au sein du parti démocrate pour considérer que l’inégalité est notre problème N°1. Même les républicains l’acceptent. Il faut réécrire les règles du jeu. J’ai étudié ce qui se passe à l’île Maurice. Ils ont fait le choix de l’éducation et de la santé pour tous. C’est aujourd’hui une des économies qui croient le plus vite dans cette région du monde. L’austérité en revanche est en train de tuer l’Espagne et la Grèce ».

« Mais le poids de la finance dans les campagnes électorales a transformé la politique : il ne s’agit plus de défendre des convictions mais des intérêts privés. Lors des dernières élections présidentielles de 2012, chaque candidat a dépensé plus d’un milliard de dollars. Et cela sera pire encore en 2016. De telles levées de fond ne concernent que les très riches. La politique est devenue un investissement comme un autre qui réclame un retour sur investissement. Les riches utilisent l’argent pour rendre les votes de la majorité pauvre impossibles. Pourquoi voter si c’est Wall Street qui dirige ? Nous avons aujourd’hui 10 banques qui vont à l’encontre des intérêts de 350 millions d’Américains. En 2014 le taux de participation aux élections a été le plus faible de notre histoire ».

4.L’austérité est une mauvaise politique

Joseph Stiglitz se veut surtout pragmatique : « Limiter l’inégalité est la partie la plus facile. La difficulté, c’est la réforme politique. Comment rendre démocratique nos démocraties ? Notre défi consiste avant tout à relancer la demande. On ne fait pas croître une économie avec le chômage. Il faut de la demande, pas de l’austérité. Nos services publics ont perdu 2,5 millions d’emplois depuis la crise. La capacité des politiques monétaires pour stimuler l’économie est très limitée. L’austérité c’est de la mauvaise politique. La Réserve Fédérale a contribué à l’inégalité. Faire les riches plus riches ne bénéficie pas à la société. Le premier problème est un problème de demande, pas le niveau de revenu. Les pays scandinaves ont inventé la flexi-sécurité : l’Etat assure le plein emploi. En cas de chômage, on retrouve un nouvel emploi rapidement, sinon on a droit aux aides sociales. Voilà une bonne façon d’organiser les choses. Pourquoi ça marche ? Parce que les impôts sont élevés, ce qui permet de financer la recherche, les innovations technologiques, les infrastructures, l’éducation… Il faut garder à l’esprit que Google, et plus généralement l’Internet et la nouvelle économie, sont issus de recherches subventionnées par l’Etat. Il faut le soutien de fonds publics si l’on veut de la croissance.

5.L’impôt doit encourager ce qui est bon pour l’intérêt général, et décourager ce qui est mauvais

« Il faut également revoir la structure de l’impôt. Notre système d’impôt, régressif, fait qu’en pourcentage le 1% paye moins que les autres. Ce système n’est pas stable, il ne peut survivre à moins qu’il ne se réforme. Il faut accroître les impôts sur la pollution et les réduire sur le travail. Il faut les augmenter sur les entreprises qui n’investissent pas et les baisser sur celles qui investissent. L’impôt doit permettre de décourager ce que l’on ne veut pas et encourager ce que l’on veut ».

6.En finir avec la recherche de la rente qui tue l’esprit d’entreprise

« Le problème fondamental n’est pas le marché en soi ; c’est qu’on a déformé le marché. La concurrence s’est transformée en monopoles, car là où il y a de la concurrence on ne peut pas faire beaucoup d’argent. L’une des première sources de l’inégalité est la distorsion du système économique que représente la recherche de la rente ».

7.Retrouver la fierté

« On peut fonctionner avec un certain degré d’inégalité. Mais désormais cette inégalité est devenue extrême. Au point de corrompre nos sociétés. Aujourd’hui tous les matins les écoliers américains répètent le serment à la nation qui se termine par la phrase « Justice pour tous ». Nous commençons à comprendre que quelque chose ne fonctionne pas. Nous n’avons pas su créer la société que nous aurions aimé créer ».

8.La finance doit retrouver son rôle de moteur de l’économie

« Le secteur financier doit jouer pleinement son rôle. Comment faire en sorte qu’il fasse ce pour quoi il est fait, à savoir servir l’économie ? Les prêts des banques sont aujourd’hui en dessous de ce qu’ils étaient avant la crise. Les banquiers préfèrent la spéculation. Il faut imposer la séparation entre les banques de dépôts et les banques d’investissements. On a sauvé les grandes banques, mais pas les banques de proximité qui prêtaient aux PME. Nous avons concentré les efforts sur le big business de la spéculation… Pour résoudre la crise on a permis aux grandes banques de fusionner ; elles sont devenues plus grandes encore. De plus la plus grande part des profits des entreprises enrichit d’abord la banque. C’est là une distorsion de l’économie. Le « shadow banking » a massivement manipulé et truqué les marchés. La transparence est nécessaire. Il faut que les gens comprennent ce qu’ils perdent pour réagir ».

9.Changer la nature de la croissance

« Nos ressources sont rares et non tarifées. Il va falloir changer la nature de notre croissance. On ne peut continuer dans une croissance matérialiste, avec plus de voitures, plus de TV. Il faut restructurer l’économie autour d’une économie de service, d’éducation, de santé ».




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18 septembre 2015 5 18 /09 /septembre /2015 11:17

"Les efforts demandés à Athènes dépassent la sévérité, ils recèlent un esprit de vengeance, la destruction totale de la souveraineté nationale et effacent tout espoir de soulagement.
On assiste à une grotesque trahison de tout ce que prétend être le projet européen. L'argument économique est devenue presque secondaire. Durant les deux dernières semaines, nous avons tout simplement constaté qu'être membre de la zone euro signifie que votre économie peut être détruite si vous sortez des rangs.
Le projet européen vient de subir un coup terrible voire fatal. Et quoique vous pensiez de Syriza ou de la Grèce, ce ne sont pas les Grecs qui ont porté ce coup. "


Paul Krugman, Prix Nobel d'économie.

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17 septembre 2015 4 17 /09 /septembre /2015 16:43

Trop responsable, pas assez joueur : on sait désormais que Tsipras aurait pu négocier comme il l'entendait sans crainte d'une sortie de l'euro. Celle-ci ne pouvait légalement pas lui être imposée; la BCE est puissante mais ne peut pas tout. C'est en tout cas ce que vient de déclarer son vice-président. Le bluff était trop lourd, la rouerie technocratique trop finaude; et la Grèce, cerné de toutes parts, a finalement cédé. Emportant tous les rêves d'une alternative véritable; tous les rêves d'une vie meilleure, d'une vie possible. Mais cet invraisemblable été grec nous aura au moins montré une chose dans toute son aveuglante clarté ; et cette chose, c'est le visage sans fard de l'Union européenne. Un visage où la morgue en dispute à la tyrannie, et où la diplomatie a cédé devant le chantage et la manipulation. Un visage anti-démocratique qui a pris tout le monde de court. Si à trois jours du nouveau scrutin nous ne savons rien du devenir de la Grèce, de notre chère Grèce, plus rien ne nous reste inconnu quant à la nature du régime politique qui nous gouverne depuis Bruxelles. De cela au moins nous sommes sûrs.

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Published by Gérard Larnac - dans Chemin faisant
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