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2 juillet 2008 3 02 /07 /juillet /2008 16:55

Vu le film de Patrick Bouchitey Imposture (2005). Un prof de lettres, Serge Pommier, par ailleurs fort brillant critique, enlève l’une de ses étudiantes afin de s’approprier la paternité du roman remarquable que celle-ci vient tout juste de lui soumettre pour avis. La publication du livre est un succès. Mais déjà on presse le romancier d’en publier un second qui, juré craché, ne devrait pas manquer d’obtenir un Prix littéraire très convoité. C’est que la reconnaissance sociale répond à une arithmétique connue, quelques règles suffisent. Mais il faut un nouveau livre. Pommier impose donc à la séquestrée la rédaction de ce nouvel opus. Une étrange relation, par la force des choses, s’instaure alors dans la durée.

 

Bouchitey nous livre là un double portrait de l’écrivain. Pas plus la connaissance que le commentaire ne parviennent à « faire Art ». En dépit de son bagage, devant sa page blanche Pommier est sec, irrémédiablement. De cette banalité il ne sort que par l’imposture. C’est la première figure de l’écrivain, sa part visible : on parade dans les talk show, on dédicace, on fait l’auteur à succès. Mais cette médaille a son revers ; celle de ne pas être écrivain pour de bon.

 

Pour obtenir son Prix, Pommier doit en produire un second, sous très brève échéance. Tel est le malheur de l’écrivain dans la société du spectacle : il doit fournir à l’heure, il vit au rythme de sa promotion et non au rythme de sa création. Il est dépossédé du temps de sa propre écriture.

 

Laetitia Chardonnet incarne au contraire la part secrète : figure de l’écrivain en séquestré. Dans sa cave, enchaînée, elle avance dans sa privation de liberté vers une libération plus haute : libération d’une écriture qui va jusqu’au bout d’elle-même, portant un récit plein de talent. Rythme du corps. Rythme des saisons. Rythme du clavier. Nous sommes dans le temps long d’une écriture de haut fond.

 

Le film de Patrick Bouchitey montre en quoi ces deux figures de l’écrivain n’en forment au fond qu’une seule : à la fois Une et incompatibles. L’étudiante est du côté des forts : elle descend dans l’arène, elle s’affronte à son malheur, et traversant l’épreuve fait advenir l’œuvre d’art ; car elle connaît le temps de l’œuvre. Le professeur, lui, est du côté des faibles. Il se contente de l’écume des choses ; et celle-ci finit par le balayer.

Une magnifique métaphore de l’écriture, cet enlèvement de soi pour parvenir au livre, au vrai.
   

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Published by Gérard - dans Signes de piste
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commentaires

Steph 03/07/2008 14:05

L'écriture comme enlèvement de soi ; pas mal !

Chris-Tian Vidal 02/07/2008 18:08

Dans notre société de consommation où le livre est marchandise, ce film devrait faire sens.