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28 septembre 2016 3 28 /09 /septembre /2016 09:59

et tandis que c’est

une présence venue de loin

qui

te

regarde

et

pour finir

qui te

soulage

comme te soulagerait

la discrète proximité

d’un compagnon de bagne

que tu te serais inventé

mais rien rien

rien de bien

mystérieux

là-dedans

le noir est simple

comme le bon vin

c’est comme un souffle qui s’avance

à travers le blizzard au moment où l’on s’apprête

à reconnaître un visage familier

ou encore

la lumière sauvage en son point d’eau

(le noir vois-tu ne manque pas de métaphores)

noir ce noir de paupières closes

noir ce noir élégiaque

appliqué à même la toile

au rouleau au pinceau

jeté comme ça peut

dévoilant au hasard quelques

formes sommaires

qu’il recouvre pourtant

maldoror est noir

comme est noir l’ostrogoth

quand sade est si pauvrement vert

de même que le sacrement

discipline est jaune de bile

quant à rigueur

il est rouge d’apoplexie

désordre est noir tout noir

de même que chaos

dehors est d’un beau noir très ample

tirant un peu sur le bleu

noir le pas tranquille de mon cheval

dans ma montagne afghane

noir le khôl

de la beauté

sous l’envol des fusées

aucune noirceur dans ce noir-là

rien d’excessif non plus

c’est un champ où

rien ne manque

parfait équilibre du noir

paix de la complétude

pas de ce noir qui accable la lune

et fait naître l’obscur

pas de ce noir du noir des consciences noires

non non

rien de tel

vraiment

noir ce noir de portes qui claquent

la vie passe par

avec ses courants d’air

lugubre cérémonial de qui veut se débarrasser

du noir

le noir ça se mérite

le noir ça se médite

à contempler comme il advient

advient sans cesse

ne cesse d’advenir

il faut sans doute

approfondir le noir

comme le vieux paysan

ritournelle son

sillon

sans jamais lever les yeux

jusqu’à ne faire qu’un

avec le poids de la terre

retournée

à pas d’indien

toujours

arrive le noir

comme une visitation muette

il se glisse dans la pièce

et tout à coup c’est

ultime de présence

tu fais comme si tu ne t’apercevais de rien

bien sûr

car on dit que le noir

en de certains soirs

est susceptible de rendre

fou

pour ma part je n’en crois rien

mais sait-on jamais

(sur le noir tant de bêtises proférées)

ou parfois le contraire

il te semble que le noir

a toujours été là

sous un aspect ou un autre

qui ne nous le laissait pas connaître

autrement que par de certaines

vibrations atmosphériques

il n’a tenu qu’à toi

de le révéler tel

l’éveil au noir

comme un envol de signes sauvages

aux premières neiges du moine calligraphe

le noir n’existe pas

il est le nom que tu donnes

à la résistance du monde

sa stance
son tonos

peut-être n’as-tu peins le tableau

que pour la présence de ce noir

et ce regard par dessus ton épaule

qui contiendrait les multitudes

que sais-tu des multitudes

le noir lui

sait

le noir funambule et

précaire

comme une œuvre que l’esprit

s’acharnerait à tort à vouloir

compléter

comme utilement il complète lui-même

toute écriture

et la conduit paisiblement vers l’indéchiffrable

qui seul est sa juste

demeure

le

noir

dans sa débusque de lumière

rien de plus humain que le noir

de plus joueur

un humain qui serait ouvert

à tout ce qui l’excède

comme suspendu un court instant
au fil irrattrapé de la vie

reste là face au noir

longuement

longuement

à te demander

de lui ou de toi

qui sera le premier

à rompre ce tête-à-tête

-- et j’entends dans le noir

cette rumeur d’aube fraîche et de

caravanserai

Gérard Larnac septembre 2016.

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Published by Gérard Larnac - dans In extenso
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