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13 février 2012 1 13 /02 /février /2012 12:22

 

 

La réponse à un problème dépend toujours de la façon dont est posée la question. Et la solution passe toujours par les mots qu’on se décide à utiliser. Prenez la « relocalisation » par exemple. Voilà un mot qui n’avait rien d’évident, et dont la manifestation récente, mais de plus en plus visible, est en train de transformer notre société.

 

La « délocalisation » a longtemps été envisagée sous l’angle triomphal de la souplesse et la fluidité des échanges, de l’adaptation nécessaire aux réalités économiques et financières du 3ème millénaire. Bref, délocaliser était la preuve du pragmatisme et du volontarisme nécessaires pour s’inscrire résolument dans la course à la performance, dans le monde ouvert et global de la « mondialisation ». Et l’annonce d’une délocalisation a toujours été saluée comme il se doit par les places financières : avec cette euphorie douteuse qui a peu à peu découplé la logique industrielle de la logique financière. Délocaliser était aux yeux du « marché » un gage de vertu.

 

On n’avait simplement pas vu qu’enlever au local, donc dé-localiser, créait un vide irréparable que rien n’était plus susceptible de combler. Et les mots pour le dire ne vinrent pas aisément dans l’esprit embrumé, mais pas seulement, de nos édiles. Combien d’années furent-elles nécessaires pour aboutir à un premier constat : celui de « désindustrialisation » ? Une perte progressive, non compensable par d’autres activités de substitution, laissant des régions entières en jachère. Bien sûr, au nom de la nécessaire « adaptation ». Mais l’adaptation à quoi ?

 

Le « libre marché », jamais très regardant de ce côté-là et pour cause, ne se contenta pas de tirer profit de la pauvreté mondiale et de donner quitus aux dictatures à faibles coûts de main d’œuvre. Il passa au broyeur l’ensemble des activités (pas seulement industrielles, intellectuelles aussi) et provoqua un chômage endémique ; il opéra d’irréversibles transferts de technologie ; il produisit d’irrémédiables pertes de savoir-faire.

 

Avec trois impacts globaux : la concentration des acteurs (avec parfois des situations de quasi monopoles, contredisant les lois de la concurrence) ; la standardisation mondiale de l’offre ; la désaffection pour le marché national, au niveau consommateur comme au niveau collaborateur, au profit des « marchés émergents ».

 

Au final le tableau pourrait bien finir par ressembler à une de ces villes du Far-West au moment de la Ruée vers l’Or, quand elles étaient purement et simplement abandonnées au profit de régions plus juteuses. Et où seules les boules de buisson poussées par le vent traversent encore les rues.

 

L’individu est désormais pris en tenaille entre d’un côté la pression financière sur les entreprises qui le condamne au chômage et de l’autre la pression financière sur les pays qui interdit progressivement à l’Etat de lui venir en aide. En un même temps se conjuguent la noyade et l’interdiction de jeter la bouée. Cette convergence est explosive.

 

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Published by Gérard - dans Chemin faisant
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