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26 mai 2007 6 26 /05 /mai /2007 10:51

Internet. Il te roule dans le dédale hypertexte et toi pauvre Tarzan vacillant sautant de liane en liane, à t’accrocher comme tu peux dans cette traversée gigogne d’écrits, d’images, de sons, tous pareillement lacérés, fragmentés, perdus dans leur singularité, incapables de faire unité, incapables de faire sens autrement qu’en eux-mêmes. Ne pas chercher à s’accrocher. Se perdre dans le mouv.  Tiens c’est quoi cette photo qui passe sous tes yeux. Cette comédienne dans son costume de scène. Il te semble (peut-être les mots disent trop) la connaître. La connaître depuis toujours. Tu regardes plus attentivement. Son nom brusquement remonte vers toi. Intact. Du plus profond de ta mémoire. Décidément le temps n’est rien d’autre qu’un concept à la mode. Tu regardes c’est elle. Elle ce souvenir. Elle comme une note tue au cœur secret des choses. Inscrite depuis si longtemps dans la moelle de tes os. Cette femme-là mesdames messieurs est la première à qui tu as dit les mots qui brûlent, les mots des amants, paroles murmurées, raturées, maladroites, qui peuvent décider de toute une vie (ces choses ont-elles une importance, après tout soyez-en juge). Petite femme trop tôt venue. Trente années ont passé sur ce corps d’autrefois sans rien pouvoir défaire.  Antigone aux nattes brunes, aux yeux brillants. Le temps. Il nous redonne du champ. Il nous aide à ne pas nous retourner. A serrer les dents. A ne pas ressasser. A gagner pas à pas le rythme de ce qui malgré nous nous libère. Cependant tu es heureux de savoir que voici trente années tu n’as pas menti. Pas plus à elle qu’à toi-même. L’assurance, trente ans après, de tes sentiments d’alors. C’est maintenant que tu sais. Et cette découverte, étrangement, possède pour toi un prix.

Fais un rêve d'elle ces jours-ci. Vous vous embrassiez. Votre baiser avait le goût atroce de la cendre. Une façon de vous quitter une seconde fois. Souviens-toi. Souviens-toi bien. Tu étais enfermé dans un rêve. Plusieurs fois elle tenta de glisser des messages par l'étroit soupirail d'où tu observais les hommes. Mais trop enfermé dans ton rêve, tu ne vis rien. 

Antigone, déjà. Et déjà ce loin. Cet irrattrapable. L’amour ne se mégotte pas à l’aune de ce qui se passe entre deux êtres. Elle s’est juste contentée d’être la première, c’est tout. Elle n’a pas répondu, on ne va pas en faire un plat. S’est résignée à sourire, pensive. Quinze ans et tu es veuf de cet amour sans retour. Mais ce qu’elle semblait exiger de celui-là seul qui gagnerait son cœur tu as fini pareillement par l’exiger de toi-même. Votre temps est passé mais nulle nostalgie. Cet élan. Son absence t’a ouvert le chemin vers ta propre liberté. Tu t’es inventé de fond en comble à partir de la figure silencieuse de son absence. Toutes tes Indes. Tes nuits sans lune sur le Mékong. Toutes tes routes, tes dissidences. Tes Sahara. Tes sentiers birmans. Tous tes trains lancés à pleine vapeur contre des aubes indécises. C’est à elle que tu dois cette vie d’errance et de joie stupéfaite. Tes billets sans retour, c’est de son manque d’elle. Ta légèreté silencieuse : tu la lui dois.

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Published by Gérard Larnac - dans Chemin faisant
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commentaires

alaligne 27/05/2007 17:33

Bonjour Gérard et un grand merci pour ta demande d'inscription à ma communauté :"L'écriture dans tous ses états". J'espère que tu y trouveras un lieu de partage, de libre expression et de large diffusion de tes écrits.

Encore une fois merci et à très bientôt,

Alaligne

alaligne 27/05/2007 17:33

Bonjour Gérard et un grand merci pour ta demande d'inscription à ma communauté :"L'écriture dans tous ses états". J'espère que tu y trouveras un lieu de partage, de libre expression et de large diffusion de tes écrits.

Encore une fois merci et à très bientôt,

Alaligne