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29 janvier 2016 5 29 /01 /janvier /2016 17:09

Etouffant de cette sorte de joie/ stratosphérique / solitaire/ hors de soi/ parmi les vestiges/ comme à l’approche d’un dénouement/ longues nuits tragiques aux doux yeux d'incendie/ dans l’horreur des formules apprises/ ressassées/ glossolalies glossolalies / là où ça ne parle plus voilà que ça s’élève/ sombrement recueillis dans les torchères nocturnes/ la vie est une erreur qui au fond coûte si peu/ absurde/ merveille/ éveil/ vivre ce que dure cette danse/ ou comme le passant des nuits de neige/ qui regarde du dehors/ les calmes foyers inconnus/ aller là où la parole s’exténue/ à la coupe glaciale des vents d’hiver/tenir le rythme de cet après/ de ce dehors/ comme un appel jeté/ perdu dans l’espace/ un appel pour personne/ dans la tristesse hantée de nos entassements/ toutes ces vies en apnée/ attendant attendant que quelque chose vienne/ un souffle un messie/ nous sommes comme des aveugles nus/dans un même vestiaire/ tous repartant avec les vêtements de quelqu’un d’autre/nous demandant qui suis-je/au beau milieu des anges exilés tombant des échafaudages/ avec les fleurs et les poisons et les avions et les machines à café et les téléscripteurs/ nous avançons dans le clair-obscur/ prétendant être les derniers/ ou les premiers d’un temps que nous ne savons dire/ « mercredi 28 janvier – Dans New York, à souffrir »/ signé Jack K./être là vivant par millions dans tous ces corps/ tous ces nus sagement remisés/remis à plus tard/dans la solitude ultime de la bête/comme ça la vie/ comme ça la vie/tantôt-ci tantôt ça/ le vivable invivable des jours et des nuits et des jours encore/j’ai tant aimé être un poète/car je n’en suis pas un/n’aurait jamais dû l’être/j’ai tant aimé être gérard larnac/car je ne suis pas lui/n’aurait jamais dû l’être/toutes nos constructions lunatiques/nos pauvres efforts pour tendre vers la figure/la représentation/de quelque chose plutôt que rien/ écrire est une humiliation physique/un acte de contrition publique/mais à chaque ligne ça va, ça s’en va/tout ce qu’on croyait être/jusqu’à cela/ n’être plus rien/ n’être plus rien/ égal à l’entier/longues marches manhattan/ de l’Arche de Washington au Javit Center sur l’Hudson/ puis sans arrêt Times Square Central Park/redescente sur Brooklyn par la promenade plantée de l’ancienne ligne aérienne/ passer le pont les oreilles pleines de vent du large/où le vent hurle tu chanteras/chandelle Liberty sur l’horizon vague/des usines et des rades/ depuis Brooklyn retour vers le Village/ tant et tant de fois/ sans jamais s’arrêter un instant/ jusqu’à se dissoudre/dans le rythme des pas/ le secret des formules ne s’acquiert qu’en marchant/la vie devenant ce long exercice d’éclaircissement de soi/pour s’offrir aux autres avec la simplicité/d’une neige de printemps/manhattan manhattan/ quel homme attend/ dans le silence fourvoyé/ l’assassiné de frais au centre de sa silhouette/tracée à la craie sur le trottoir/crime scene do not cross/ le voilà qui se relève/considérant tout ça/d’un air sombre et amusé/tout ce que nous aurons été/nos contours à la craie effacés par l’averse/avec nos rires/et nos enlacements.

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Published by Gérard Larnac - dans In extenso
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