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27 août 2015 4 27 /08 /août /2015 09:27

Ma présence
établit une base éphémère
à cette succession de monts
et de rivières sans fin
Comment me faire pardonner
de m’interposer ainsi
dans le flux du monde ?


Tourner le regard

vers la lune
tout en pensant
au soleil
qui l’éclaire


Mon rêve de

révolution
est ici
réalisé
en sa totalité


Le monde des roueries

des palais des ustensiles
s’est décomposé
dans la constance
du paysage


Le marcheur solitaire
s’enfonce parmi
les montagnes et les eaux
le chemin monte
dans le nuage
c’est là qu’il disparaît


Le grain des choses

d’est en ouest
comme une promesse latente
qui vient
des brumes lentes


l’image
nul regard de ne peut la retenir
tout change à chaque instant
et tout se continue
au-delà des formes et de l’informe


Laisse l’esprit
à ses opérations
efface en toi
les forces ataviques
- et vois !


Etre si bien détaché du monde

que rien ne nous interdit plus
d’y demeurer encore
un instant


Remonter la montagne

et t’asseoir à nouveau
près de la source
que rien
ne peut tarir


Voir la montagne
Aller vers la montagne
penser la montagne
devenir la montagne


Brusquement la tempête s’est levée

la vague s’est élevée vers le ciel
quelque chose pourtant retient son geste
montagne devenue


Vibrant courant bondissant

parmi falaises et ténèbres
le torrent s’arrête parfois
dans la brume douce
de ses pénombres chinoises


Le torrent arrive sur la falaise

depuis le cœur sombre de la forêt
se divise en cascades
irrigue mes veines et mon esprit

Immergé en tout ce qui se déploie
Rapproché de tout ce qui s’éloigne
Investi par tout ce qui lâche prise


Rester là
longuement longuement
avec ce
commencement


Quelle vérité

contemples-tu
dans l’estompe du paysage
qui n’est pas la vérité
mais quelque chose
de plus précieux encore


perdu soudain dans la montagne froide
grondement de l’orage
l’averse est proche
joie sans pareille


L’ordre des choses ?

Mais il n’y en a pas !
Seulement un instant suspendu
dans ce chaos qui va


Plus bas les cultures et les champs
nourrir et habiter
à l’ombre des sources
et des rochers
faire ermitage
dans l’agitation des hommes


Quittés les nuages blancs

mais les nuages blancs
poursuivent leur lent parcours
à l’intérieur de moi


Saurons-nous ici

nous libérer de l’entrave des regards
et des jugements ?
Saurons-nous ici
revêtir l’habit du casanier
tout en gardant nos pieds d’errant ?


Courage et obstination

deviennent ici
lâcheté grégaire et divertissement
combien de fois remonter en esprit la montagne
- ou n’a-t-on fait que rêver ?


Les marchands jouent

avec ta naïveté
les femmes raillent
ton air égaré
les illustres se moquent
de ta sincérité


Il faut plus de courage

pour demeurer ici au chaud
que pour courir les montagnes froides
parfois l’effort semble
tout bonnement
impossible


Boire du vin

écrire et faire l’amour
faire rire un enfant


Le froid ne contredit pas le chaud :

il le rend possible


Compagnons des nuées et des brumes

où êtes vous ce soir ?
Comment vivre
Comment retrouver le tressaillement
de notre joie commune ?


Ici chacun s’efforce d’imiter
au mieux la vie
que de bonne volonté
sous la grimace
Quand donc tout cela cessera-t-il ?


Sous l’élan du pinceau

gît le monde perdu
je contemple de loin
les sentiers disparus
comme on évoque
en silence
des triomphes anciens.


Pourtant certains soirs

quand le tourne la tête
en certaines directions
j’entends encore
courir les eaux
et vibrer les montagnes
sur mon visage
un vent nouveau


Ce n’est pas moi qui reconnaît

Montagne Froide
c’est Montagne Froide
qui me reconnaît
On a le même rire




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Published by Gérard Larnac - dans In extenso
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