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Depuis 2007, près de 1000 textes de l'écrivain et essayiste Gérard Larnac en accès libre. Une invitation à pénétrer dans son atelier littéraire, avec ratures et coups de gueule. Textes en devenir, expérimentations, projets de livres et de publications sur le thème de la littérature et de l'édition, de la philosophie, de la sociologie engagée et de la poésie.

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Le monde, la littérature

« Je suis du monde », dit Montaigne. Faire le tour, mais vraiment, d’une telle pensée, prend du temps. Une vie, sans doute. Vous jette sur la route. Pour remailler, pas à pas, cette appartenance-là. Certains font de ce voyage-là la matière de leurs livres, d’autres pas.

 

Depuis une vingtaine d’années, autour du Festival Etonnants Voyageurs (Saint-Malo) et forte de plusieurs manifestes, la littérature-monde a fait une entrée remarquée dans l’univers feutré des Belles Lettres. Sous l’impulsion de Michel Le Bris, ce mouvement qui regroupe des écrivains aux profils pourtant bien dissemblables entend renouveler une littérature française souvent présentée par lui comme exsangue, en bout de course. Le formalisme des années Nouveau Roman, lié aux névroses à tendance graphomaniaque de l’autofiction, serait cause de cette déchéance. La littérature-monde, faisant un curieux détour par la francophonie (pourquoi la francophonie, si elle est "monde" ?), serait le champ du renouveau, signant le retour en force du roman d’aventure comme genre fondamental et du principe de réalité comme motif central.

 

Devant le succès des Etonnants Voyageurs, des contre-feux ont été allumés, notamment par Le Monde Littéraire, haut lieu (contesté) de l’autorité éditoriale, qui fondait l’an passé les Assises Internationales du Roman avec pour thème central, précisément, « Dire le réel » : histoire de démontrer, preuves à l’appui, que le roman (entendez : hors littérature-monde) avait aussi pour vertu, à sa façon à lui, de révéler un état de la réalité. Tout récemment paraissait aux P.U.F, de Camille de Toledo : « Visiter le Flurkistan, ou les illusions de la littérature-monde », dont l'auteur verrait bien cette fameuse littérature-là finir en musique d’ascenseur, style « musiques du monde ». Il n’a pas tort. La littérature-monde n'est pas sans tâche. Les relents coloniaux des débuts ne plaident pas en sa faveur. On se souvient de l’ignoble exotisme à la Pierre Loti dans sa demeure de Rochefort, ou du racisme de cette crapule de Segalen pour qui la mule valait toujours plus que le sherpa. Quant aux tartarinades convenues du chasseur d’horizon, chacun peut désormais en vivre d’identiques sans trop se fatiguer. La distinction sociale et le ricanement vacancier ont fait du voyage un thème aux charmes démystifiés, accessibles - donc de plus en plus difficile à saisir.  

 

J’ai pour ma part souvent croisé les pistes de la « Littérature-Monde », dont j’apprécie la générosité de caravanséraï, la jovialité de plein vent. Au prétexte que je savais monter dans un avion sans me tromper de porte, on ne manqua pas de présenter mes premières publications comme étant d’un « grand voyageur ». Lecteur assidu de Jacques Lacarrière et de Nicolas Bouvier, disciple fort indiscipliné de Kenneth White, publié à la NRF par Jacques Réda, je me sentais naturellement proche de cette tradition anglo-saxonne que l’on appelle « travel-writing ». Mais Kerouac surtout, puis plus loin encore, Thoreau et Whitman. J’ai longtemps fait sonner le talon de mes bottes sur les pistes d’écart – et je pratique encore dès que l’occasion m’en est donnée. Même si certains des noms que je viens de citer figurent dans les manifestes des Etonnants Voyageurs, s’ils font partie de cet archipel, ce sont avant tout des solitaires universels. Les rattacher à une école ? Oui mais alors pour faire vite, pour simplifier !

 

Il est bon qu’une littérature puisse contenir en même temps la déprime houellebecquienne et l’échappée géopoétique. L’une ne contredit pas l’autre. L’intensité de l’une renforce sans doute l’intensité de l’autre. Même quand on l’imagine, on dit encore le réel. Mais approchons, cheminons sans nommer trop tôt les choses.

 

Le post-exotisme d’un Antoine Volodine, le Tout-Monde d’un Edouard Glissant, mais aussi le Contrat Naturel d’un Michel Serres et la deep ecology d’un Gary Snyder me paraissent ouvrir des aventures autrement plus palpitantes que les histoires un peu régressives des pirates d’antan. Les gentils compagnons de la flibuste me sont moins chers que les tribulations équinoxiales d’Aimé Bonpland. Je cherche une parole de déconditionnement où s’entendrait, à travers des formes stimulantes de nouveauté, la quintessence d’une quête très ancienne, pas très éloigné en somme de ce qu’on pourrait appeler, furtivement et pour rire, un néo-chamanisme burlesque et poétique.

 

Sur le Carnet d’esquisses :

 

Michel Le Bris http://poetaille.over-blog.fr/article-10520781.html

 

Kenneth White http://poetaille.over-blog.fr/article-10441339.html

 

Jacques Lacarrière http://poetaille.over-blog.fr/article-10433478.html

 

Jacques Réda http://poetaille.over-blog.fr/article-20198774.html

 

Antoine Volodine http://poetaille.over-blog.fr/article-20042029.html



BONUS du 12 décembre :

Le discours de J-M.G Le Clezio du 7 décembre devant la Fondation Nobel. Un texte fondateur.

http://www.larevuedesressources.org/spip.php?article1092#forum1648

Autre BONUS :

1er Congrès des Ecrivains de la Caraïbe (du 25 au 28 novembre 2008, Pointe-à-Pitre)

http://www.lemonde.fr/livres/article/2008/12/04/ecrivains-caraibes_1126666_3260.html

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S
Je vous laisse un lien, Chez Plume blog.<br /> Qui sait, peut-être vous connaissez déjà ?
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S
Nous appartenons à la même communauté de blog <br /> jaimerais avoir votre avis sur mon blog et vous invite donc à le visiter :<br /> <br /> http://catholiquedetraditionaangers.over-blog.com/
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G
J'ajoute : le voyage ne commence que lorsqu'il devient parfaitement superflu, hors, précisément, du nécessaire. La route n'existe pas, nous dit Kerouac. Qu'on se mette en marche. Mais pas avant d'avoir compris ça !
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G
Nous disons donc la même chose :)<br /> A ceci près peut-être : mon chemin passe sans doute par la littérature, mais ne s'y réduit pas.
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O
LE voyage n'est nécessaire qu'aux imaginations courtes.<br /> Colette, LA; promesse de l'aube<br /> <br /> J'aii toujours rêvé de rester là.Hélas,,j'ai du trop bougé!
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