Mardi 15 mai 2007 2 15 /05 /Mai /2007 22:42

Il est parti à pied en direction de l’Inde ; puis trouvant la Grèce sur son passage, il décida d’y élire domicile.

 

Il vécut à Patmos, île la plus lointaine des Cyclades. On dit qu’elle fut habitée par Saint-Jean, celui qui rédigea, un jour de blues sans fond, son Apocalypse déjantée.

 

Il quitta les îles grecques en 1966, à l’arrivée des colonels.

 

Son physique de moine paillard, sa voix de ruisseau intarissable lui attirait partout l’amitié spontanée des simples comme des lettrés.

 

De  lui me restent ses livres, pas si nombreux – et une lettre ; une carte postale de Grèce plus précisément (il s’excusait d’ailleurs de la médiocre qualité photographique), pays depuis lequel il m’envoyait son salut plein de joie et de solaire connivence.

 

Je garde aussi en mémoire sa Sourate Dernière : « Trente années d’écriture. La vie et l’écriture. L’amour et l’écriture. L’ailleurs et l’écriture. Pas d’ambition. Pas de concessions. Peu d’argent. Beaucoup d’amour. Beaucoup d’amis. Pas de calculs. Refus des gloires enviées. Des itinéraires préparés. Des chemins publics. Des compromissions. Des institutions. Ecrire seulement pour être. Pour s’engager. Vers les autres. Avec les autres. Ecrire pour dé-river de l’homme ancien. Ecrire pour dériver vers l’homme à naître ».

 

Je ris à la pensée d’avoir de si bons maîtres. Je ris de les savoir au-delà des disparitions. Et vous salue, Jacques Lacarrière.

Par Gérard Larnac - Publié dans : Carnet d'esquisses
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