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26 août 2008 2 26 /08 /août /2008 07:55

« Révolution », un peu comme « liberté », « démocratie », est de ces mots flatteurs qui en disent toujours trop ou pas assez. Des mots poseurs, devenus des logos pour penseurs affadis et lecteurs avachis. Cependant qui n’a jamais senti dans la moelle de ses os l’élan vital dont ils sont porteurs n’a jamais été jeune. Une ferveur, mystique presque, entoure de son aura sacrée cette notion de « révolution » - parce que sous cette brume toutes les promesses, tous les désirs, tous les lendemains qui chantent, toutes les rédemptions. Le mot « révolution » est un coït verbal – la trémulation de la langue quand elle jouit. Un paradis laïc.

 

Aussi l’érotique du mot « révolution » suffit-elle bien souvent à ceux qui en font usage. Et pour bien appuyer leurs dires, de citer « La Révolution française », matrice supposée de toute démocratie. Aurore de la liberté individuelle. Mythe fondateur.


Ce romantisme teinté d’ébriété verbale et de grandiloquence messianique, qui force et soumet le réel aux puissances de l’imaginaire, jette cependant un voile pudique sur la « restauration » qui succède généralement à toute « révolution » effective. La phase de terreur, de violence, de négation absolutiste du facteur humain. Dérive, ou être même de la révolution ? La « restauration » est-elle l’avenir systématique de toute « révolution » ? Le charnier, double maudit de la barricade ?


L’avenir d’une révolution n’est pas d’essence révolutionnaire. La révolution est coupée de son devenir. La pensée révolutionnaire n’est pas une eschatologie, une pensée de la fin. La révolution est à elle-même sa propre fin (Se méfier de toute pratique prétendant incarner, substantiellement, le Bien). Elle consiste en un dégagement d’énergie propre à renverser l’ordre établi, pour le remplacer par l’ordre nouveau né de sa propre fureur, de son propre élan. Comme un totalitarisme, tel que Hannah Arendt pouvait définir celui-ci : un mouvement pour le mouvement, vide de projet, dont le seul but consiste à produire une cinétique sociale incessante qu’un leader et son gang peuvent conduire où ils veulent, quand ils veulent. Pas de but, c’est-à-dire que chacun, quoi qu’il fasse, peut à un moment ou à un autre représenter le contre-révolutionnaire qu’il s’agit d’abattre. Pas de projet, donc pas de ligne : dans le totalitarisme comme dans la révolution, l’épuration n’a pas de fin : la fin, c’est l’épuration. Et comme le totalitarisme, la révolution assoit un pouvoir absolu. L’arbitraire hystérisé y devient la règle. La révolution n’abat pas le conformisme : elle fait que même la conformité n’est pas assez conforme pour éviter le châtiment. Car la conformité d’hier n’est plus celle d’aujourd’hui qui ne sera pas celle de demain. Ce n’est pas le conformisme qui disparait : sa forme vide, incessamment renouvelée, est au contraire une absolutisation du conformisme. Le souverain bien, infiniment recherché. La révolution se transforme alors en conformisme sacralisé : restauration totalitaire.


 Au fond les « révolutionnaires » d’aujourd’hui, parodiques pour la plupart, voudraient effacer cette Révolution française dont ils se réclament, et qu’il s’agirait de dupliquer. Revivre 89, par pose, par présomption. Etre « révolutionnaire » revient donc à nier l’événement absolu que la Révolution française constitue. Non. Plutôt terminer la Révolution française : aller jusqu’au bout de son élan et de ses enthousiasmes, jusqu’à la « communauté des affections » dont parlait Saint-Just dans la Première Constitution. 


On connaît en France d’anciennes et fort médiatiques figures de « révolutionnaires » : une habileté dialectique à toute épreuve, histoire de réduire tout opposant au silence, un ego démesuré, un manque total de générosité, une suffisance qui les rend passablement caricaturaux, une tentation assumée de tourner et retourner leur veste dans le sens du vent. Un goût du secret aussi, de la combine, un art de la dissimulation, du réseau, une ambition de prélat. Bref, on n’a peu envie, réflexe certes un peu anar, de se retrouver aux ordres de pareils fats. Je n’aime pas, décidément pas, la tronche de ceux que l’on sent aptes à détourner à leur profit l’énergie sauvage des révolutions. Mais faut-il pour autant en arriver, par individualisme forcené, à une attitude « contre-révolutionnaire », « réactionnaire » ?

 

C’est ici que la notion d’insurrection, de pensée insurrectionnelle, prend le pas sur celle de « révolution ». Elle ne s’oppose pas par essence à l’évolution. Elle provoque un sursaut spontané du collectif, dans un but clair – un renversement qui ne vise pas le pouvoir. Un désordre qui n’impose pas d’ordre nouveau. Elle a en elle cette magnanimité du désintéressement politique. Elle ne vise à aucune place. Elle a la grandeur de ces héros paysans que l’on voit, dans le film « Le Chagrin et la Pitié », revenir à leurs champs une fois gagné le combat de la résistance.

 

Alors oui, insurrection contre révolution.  Définitivement : la révolte qui vient ouvrir des mondes contre l’avenir toujours carcéral des révolutions vieillissantes.  

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Published by Gérard - dans In extenso
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commentaires

Gérard 21/08/2009 08:47

Camarade, votre emportement en sain. Il est d'un insurgé - donc parfait pour moi.

aslan khurat 19/08/2009 16:25

Quelle merde ce texte. C'est prétentieux au possible. C'est assez drole de critiquer le pseudo romantisme révolutionnaire en utilisant une langue aussi pédante que les pires suppots de la litterature bourgeoise.

Non, c'est votre révolte qui est romantique et petite bourgeoise. C'est vos révoltes qui ont vieillit. La révolution, elle, restera toujours jeune, parce qu'elle est la seule à donner une réponse concrète à la société de classe. Les révolutionnaires, qu'ils soient marxistes ou anarchistes, ne veulent pas seulement tout casser, comme les contre révolutionnaires autonomes, ils sont là pour renverser ce système et batir une nouvelle société, et les masses qui les suivent jetteront, en temps voulu, les idiots inutiles qui s'agitent en réclamant des carnavals insurectionels, dans les poubelles de l'Histoire.

Gérard 26/08/2008 19:57

L'aspect "mystique" ! ;)

bardabu 26/08/2008 17:24

Je me souviens d'une citation d'un résistant/terroriste (comme on voudra) révolutionnaire, qui m'a marqué : "Je me bats pour disparaître."

Gérard 26/08/2008 09:06

Note de bas de page : à l'occasion de l'université d'été de la LCR