Depuis 2007, près de 1000 textes de l'écrivain et essayiste Gérard Larnac en accès libre. Une invitation à pénétrer dans son atelier littéraire, avec ratures et coups de gueule. Textes en devenir, expérimentations, projets de livres et de publications sur le thème de la littérature et de l'édition, de la philosophie, de la sociologie engagée et de la poésie.
J’ai foulé un peu l’espace de ce
grand rêve. Celui d’un savoir universel. J’ai quitté le Caire de bon matin par Desert Road en direction d’Alexandrie, sur le delta du Nil. Deux heures et demie de voies rapides à travers sables
et oasis. Ciel voilé, ciel de poussière, par 37° à l’ombre. Je me suis retrouvé devant cette soucoupe volante posée sur le front de mer : la Bibliothèque d’Alexandrie. Pas l’antique, dont il
ne reste rien, mais, sur le même site, la nouvelle, due au cabinet d’architectes norvégiens Snohetta, et inaugurée en octobre 2002.
C’est sur les conseils de Démétrios, disciple d’Aristote, que Ptolémée 1er, ancien général d’Alexandre le Grand, fonda la
Bibliothèque d’Alexandrie, trois siècles avant notre ère. Alexandrie, sur les ruines de l’Egypte pharaonique, était alors la deuxième Rome de l’Empire. Construite autour de l’île de Pharos (et de
son fameux « phare »), la ville présentait un plan de rues à angle droit, au tracé rigoureux. Le voyageur se voyait contraint d’offrir à la Bibliothèque tous les livres qu’il
transportait ; en échange, il repartait avec une copie. C’est ainsi qu’on estime à 700 000 le nombre de volumes conservés, archivés, répertoriés. De vastes travaux de traduction
permettaient ensuite de diffuser l’immense somme de savoirs contenue dans la Bibliothèque d’Alexandrie.
Une première destruction eu lieu lors du siège de Jules César qui fit brûler le port. Le feu se propagea à la Bibliothèque. Mais ce ne fut là que le premier de la série des ravages qui eurent finalement raison de ce phare de la culture antique. « Le bûcher des livres fait partie de la christianisation », ont dit les historiens.
De l’antique Bibliothèque d’Alexandrie il ne reste donc rien, plus aucune trace. Si ce n’est, intact, ce vieux rêve d’universalité. Avec la plus vaste salle de lecture du monde, la nouvelle Bibliothèque d’Alexandrie conserve une ambition intacte. Sur sa façade de granit blanc, tous les alphabets de la Terre. Un lieu de concentration et de redistribution. Le lieu d’un savoir fraternel, ouvert à toutes les diversités, à toutes les singularités – dont il porte à jamais les questions sans trêve.
La somme jamais
ronde de cette étrange expérience qui consiste à être homme.
Site de la Bibliothèque d’Alexandrie :
http://www.bibalex.org/french/index.aspx