Depuis 2007, près de 1000 textes de l'écrivain et essayiste Gérard Larnac en accès libre. Une invitation à pénétrer dans son atelier littéraire, avec ratures et coups de gueule. Textes en devenir, expérimentations, projets de livres et de publications sur le thème de la littérature et de l'édition, de la philosophie, de la sociologie engagée et de la poésie.
Par mille détours, mille fragments brisés, je descends de ce que Goethe, bien sûr, appelait Weltliteratur : une Littérature Monde. Ce goût de l’étrangeté allié à un sens profond de l’hospitalité. Un thé au Sahara : ce qui à la fois est lointain, est accueil. Cet autre sous ma langue. Ce moi-même sous la langue de l’autre.
Les nobles avaient « le Grand Tour » pour parachever leur formation de jeunesse. On se rendait de capitale en capitale, de palais en palais, reçu par « le meilleur monde ». Mais désormais autre chose est en jeu. Nerval part vers l’Orient. Rimbaud est au Harrar. Segalen en Chine. Cendrars va à Cayenne. Le monde n’est plus ce qui retient et environne, mais cette promesse au loin, mais cet emportement. Au tournant du XXème siècle, Valéry Larbaud, prenant acte de la mutation en cours, parle du « sentiment géographique moderne ». On chante les transatlantiques, les aéroplanes, le transsibérien. La rencontre avec le monde se fait le plus souvent dans le cadre colonial de voyages luxueux. Mais pas toujours. La bourlingue devient aussi une sortie sociale : un total lâcher prise, un déconditionnement. En ce sens le voyage remet en question les usages, les dogmes, les mœurs, les croyances. C’est un complet renversement des valeurs traditionnelles. Le voyage, c’est un acte d’émancipation, de libération, de révolution.
Une profonde mutation de l’intériorité est en cours. La poésie de l’introspection a fait long feu. Désormais il s’agit d’horizon large, de plafond haut. Une pensée hauturière. Et cette mutation continue de nos jours : dans le contexte claustrophobe de l’enfermement dans le monde-un de la globalisation, sur un globe aux dimensions réduites mais aux migrations infinies, une nouvelle Weltliteratur.
Contrairement à ce que dit Michel Le Bris, cette littérature-monde n’a aucun rapport avec un quelconque retour au récit, au roman
d’aventure ou à la francophonie. Ce qui se joue est de toute autre ampleur. Kenneth White, Edouard Glissant, Michel Butor sont aujourd’hui les voix les plus puissantes de cette littérature des
dehors.
Guillaume Apollinaire : "Nous qui quêtons partout l'aventure/Nous ne sommes pas vos ennemis/Nous voulons vous donner de vastes et d'étranges domaines".