Depuis 2007, près de 1000 textes de l'écrivain et essayiste Gérard Larnac en accès libre. Une invitation à pénétrer dans son atelier littéraire, avec ratures et coups de gueule. Textes en devenir, expérimentations, projets de livres et de publications sur le thème de la littérature et de l'édition, de la philosophie, de la sociologie engagée et de la poésie.
Dans mes années de route (le manuscrit est désormais terminé, plus ou moins prêt pour une publication) j’ai peu frayé avec les Occidentaux en goguette. J’avais toujours conservé cependant le souvenir de ce jeune gars à vélo qui s’apprêtait, comme moi, à descendre la rivière Kok, dans le nord de la Thaïlande, voici un brin de décennies. Après 5 années de route sur tous les continents et près de 100 000 kilomètres au compteur, Philippe écrit « Chacun sa route », le récit de son périple de l’Alaska à la Terre de Feu.
Toujours difficile de lire l’ouvrage de quelqu’un qu’on estime. Pourtant, très vite, je comprends que ce n’est pas là le carnet de bord d’un routard (bien que ceux-ci ne soient jamais tout à fait banals). Il y a du Bouvier là-dedans. D’abord parce qu’il y a une écriture, franche, directe, teintée d’humour, d’autodérision (quand on est seul avec soi-même pendant des années, ça aide !) et de générosité (qualité qui, aujourd’hui, est certainement celle qui fait le plus défaut en littérature).
Ainsi Philippe Jacq ne se voit pas en aventurier ni en sportif, ce qu’il est aussi, mais en « homme en quête de clarté ». L’aventure n’est complète que si le voyage devient aussi un voyage intérieur. Même si vous feignez de l’ignorer au départ, cinq ans de route finissent par vous l’apprendre.
Sortant de soi pour se livrer à ces voix essentielles de l’impersonnel – à ce qui nous dépasse, non pas dans une manière de « challenge » mais de participation pleine et entière. Un éveillé derrière son guidon, tel est Philippe Jacq : « Que le camping soi sauvage ou non, j’ai pris l’habitude, une fois la tente pliée, de relever l’herbe du pied pour remettre les brins à peu près dans leur position d’origine. C’est un automatisme. Celui de remercier la parcelle de terre, la cabane abandonnée, la plage déserte, en est un autre. Je formule des paroles de remerciements pour chacun des heureux événements de ma vie… Ce sont mes prières ».
Il l’écrit à plusieurs reprises : entrer dans la structure vibrante des choses, voilà l’objet secret de ce voyage. Bien sûr, la découverte. Des autres, de soi ; mais pas seulement. Il y a autre chose. « Pour vivre l’UN, il faut soi même s’inclure dans sa vibration unificatrice ». Le vrai voyageur n’avance pas ; il s’efface. Il devient pleinement ce qu’il voit, le milieu de son errance et cet univers qui participe de toute part à cet instant, cet instant sur la route.
Au fil des paysages Philippe Jacq découvre en lui des vérités dignes de William Blake : « Pour trouver la lumière je sais à présent qu’il faut aller à l’opposé ». Les apprendre dans les livres c’est bien, mais voir de telles vérités surgir en soi par pente naturelle, par nécessité et évidence, c’est autre chose ; elles transforment la vie, composent un livre qu’on ne referme pas.
« Où que vous soyez, c’est là qu’il faut commencer le voyage » (Mâ Ananda Moyî), rappelle ce voyageur visionnaire et hors norme. A vous de jouer.
Philippe Jacq, Chacun sa route (Bio éditions)
Site de Philippe Jacq : http://www.chacunsaroute.com/www.chacunsaroute.com/Accueil.html
Livres, DVD, Conférences.