Depuis 2007, près de 1000 textes de l'écrivain et essayiste Gérard Larnac en accès libre. Une invitation à pénétrer dans son atelier littéraire, avec ratures et coups de gueule. Textes en devenir, expérimentations, projets de livres et de publications sur le thème de la littérature et de l'édition, de la philosophie, de la sociologie engagée et de la poésie.
Il est un immense retard que tous les gentils zélateurs du e-book, du web littéraire à la François Bon, sont en train de prendre, à travers l'illusion satisfaite de leur
modernité. Tous ceux-là oublient que le numérique ne transforme pas seulement les supports et les échanges, mais qu'il modifie à la fois ce qu'est un texte et notre façon de le
percevoir. La question qui se pose à nous c'est non pas comment insérer nos vieilles pages immobiles dans ces nouveaux canaux, mais comment donner du texte à cet oeil neuf qui est en train de
naître.
L'ancien lecteur tend en effet à devenir un décodeur ultra-rapide : d'une impatience croissante que nourrie l'accélération, quittant la vieille culture livresque du donné pour celle de
l'interaction et de l'échange, l'oeil de l'ère numérique ne vaut que par sa capacité à réagir à son nouvel environnement hétérogène et fragmenté, multitaches, changeant, instable,
connecté et instantanné. De nouvelles capacités cérébrales voient le jour : ce que les américains appellent "affordance" par exemple, qui est l'aptitude à décoder et à réagir instantanément
à une information. Et pas d'erreur là-dessus : c'est cette capacité d'affordance qui va compter de plus en plus, et non l'ensemble de données sur laquelle elle s'appuie. Ce n'est
plus la lecture qui compte, c'est le geste qu'elle produit. L'affordance est porteuse d'une nouvelle culture que l'on commence à peine à entrevoir.
Dans ce nouveau contexte hyper-réactif, dans ce vertige de l'immédiat, le contact vaut savoir. Le clic vaut téléchargement instantanné des données. Illusion bien sûr, mais jusqu'à quand ? Et quid
du temps long nécessaire à l'esprit humain, aux processus de conscientisation ?
Si bien que toutes les sympathiques initiatives qui se développent ici et là restent pour l'instant enfermées à l'intérieur de logiques anciennes, attachées qu'elles sont à la lecture
classique. Elles ne supposent rien de la révolution cérébrale, culturelle, sociétale, qui est en cours. Les M@nuscrits chez
Léo Scheer et toutes ces expériences nouvelles ne préfigurent en rien ce qui va véritablement se passer. La page fixe du e-book n'est qu'un leurre voué à une rapide obsolescence. La
lecture est en train de changer bien plus vite que les supports. Elle est là, la révolution numérique : dans la nouvelle espèce d'hommes qu'elle est en train de façonner.