Depuis 2007, près de 1000 textes de l'écrivain et essayiste Gérard Larnac en accès libre. Une invitation à pénétrer dans son atelier littéraire, avec ratures et coups de gueule. Textes en devenir, expérimentations, projets de livres et de publications sur le thème de la littérature et de l'édition, de la philosophie, de la sociologie engagée et de la poésie.
Exigeante liberté. C’est parce que le printemps. C’est parce qu’il l’a décidé. Un homme sort du rail de ses horaires (le RER de 8h07), de ses habitudes, de sa vie. Cette liberté conquise comme par surprise, il veut en garder la hauteur. Continuer à vivre à l’altitude de sa libération. D’une liberté comme libérée d’elle-même. On se dit : impossible. Et pourtant. « Cercle », le dernier récit de Yannick Haenel (Gallimard-L’Infini), va là où nous avons tous rêvé d’aller, mais que lui seul va aller habiter, en poète. Petit exercice de déconditionnement : ce que doit être tout geste artistique. D’abord se déprendre. On n’a pas vu un piéton de Paris aussi considérable qu’Haenel depuis Henry Miller. On pense au « Flâneur des deux rives » d’Apollinaire, aussi. Yannick Haenel, pas à pas, approfondi l’expérience de la libération. « Ce qui n’est pas occupé à naître est occupé à mourir », dit Bob Dylan. C’est une des premières phrases qui vient au narrateur. Il y en aura d’autres, des phrases, qui, l’une après l’autre, comme par vagues successives la marée montante, déferont les amarres, le conduiront au large. Dans une sorte de vide qui n’est pas vide. Un vide où l’on monte. Un vide sans la chute. Et parce que l’unité narrative est la phrase, non le chapitre ou le paragraphe, le récit se fait poésie. Danse avec la poésie. Avec l’idée de poésie. Pourquoi écrire, si ce n’est pour approfondir son expérience du monde ? Trouver ce « point libre à partir duquel on commence à vivre poétiquement ». C’est, au bas mot, ce que ne savent plus les livres, encore moins la plupart de ceux qui les écrivent. Or tout est là. Pas d’autre justification, s’il doit y en avoir une, que celle-là. Quand la naissance du livre coïncide avec la naissance de celui qui l’écrit. Se libérer n’est rien. Ce qu’il faut, c’est tenir l’ouvert. Entendre la poétique du monde. En cela « Cercle » fait événement. Il donne une ambition nouvelle à la littérature. Nouvelle, c’est-à-dire très ancienne.