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Depuis 2007, près de 1000 textes de l'écrivain et essayiste Gérard Larnac en accès libre. Une invitation à pénétrer dans son atelier littéraire, avec ratures et coups de gueule. Textes en devenir, expérimentations, projets de livres et de publications sur le thème de la littérature et de l'édition, de la philosophie, de la sociologie engagée et de la poésie.

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Ferroviaire

DSC01419.JPGGare. Cathédrale. Vouée non pas au ciel ni à la verticalité mais à l’horizon. Point de fuite sous la verrière. Serre où se cultivent avec passion les quatre directions de l’espace. Coordonnée au temps des hommes avec ses pendules géantes, silences hautains, impératifs. Courses nerveuses crispées sur la poignée des valises. Anxiété. Embrassades dernières. Les horaires de chemin de fer valent tous les poèmes. Un mot ne compte que par sa capacité à emmener. Pour le compte on est servi. Il faudrait écrire ainsi, sans verbe ni adjectif. Cette sécheresse de baluchon strictement nécessaire. Qui ne démontre rien. Qui ne veut rien prouver. Qui laisse tout en plan. S’en va. S’esbigne. Avec la grande vitesse les trains perdent leur rythme. Le saut léger à l’aiguillage. Il faut être plus attentif. Savoir exister au cœur de ce mouvement. Voir le paysage second à travers la vitre du wagon, ce paysage qui n’existe pas, qui n’existe que là, dans la vitesse, fantôme jeté sur le ballast, rails luisant de l'averse récente, déplacements incessants de plans et d’arrière-plans, sarabandes des câbles qui montent puis descendent, pylônes, champs au foin couchés par les bourrasques, tournesols pensifs, fermes, forêts, parfois une ville, parfois une de ces petites gares perdues, jetée, rejetée, dont le train ne fait que raser le quai affolé sans perdre une seconde, routes perdues où s’obstine quelque véhicule lointain, sa vie, son destin, puis autre chose encore, autre chose tout de suite, usines désaffectées portant beau leur vide sans remède, absence, paysages désancrés, mis en mouvement sous les nuages bas, là-bas le trait noir de la pluie qui tombe, soleil, l’œil moissonne – le souffle rageur des trains inverses sème un doute douloureux. D'une douleur qui te réveille. Qui t'élève. 

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