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Depuis 2007, près de 1000 textes de l'écrivain et essayiste Gérard Larnac en accès libre. Une invitation à pénétrer dans son atelier littéraire, avec ratures et coups de gueule. Textes en devenir, expérimentations, projets de livres et de publications sur le thème de la littérature et de l'édition, de la philosophie, de la sociologie engagée et de la poésie.

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Editer, méditer

 

 

Les envois aux éditeurs : ils ont cessé. Mots de lecteurs, parfois, directs ou indirects, comme venus d'un monde qui m'est de plus en plus étranger. Je ne sais plus ce qu'est un livre. Une histoire, dont je n'ai que faire ? Une accélération du présent ? Une petite excitation éphémère ? Avoir voulu s'ajouter à Joyce et avoir raté son coup. Mais au moins ce fut drôle, enlevé, diffractif. Quelques notes encore, histoire de pousser un peu plus loin la ligne. Une erreur qui persiste. Ce refus d'entrer dans l'industrie du roman, on ne s'en remet pas. Il faut payer. On ne vous le pardonne pas. On vous toise, on siffle entre des lèvres molles "Non mais de quel droit !" ; "Pour qui se prend-il !". Allez hop, un bon petit récit : non possumus. Surseoir. Suspendre. Ecrire est au fond tellement emmerdant. Et tout ce qu'on en dit ; ou ce qu'on n'en dit pas. Alors on met un pollochon tout habillé de vos frusques au bureau, on passe par la fenêtre, on s'esbigne, on prend la clef des champs. Comme un peintre qui ne peindrait plus, plongé dans son carnet d'esquisse. On passe à autre chose. Trop de malentendus. Un livre n'a jamais rendu deux esprits plus proches ni plus aimants ni plus compréhensifs. Il pourrait même qu'il disparaisse pour de bon, le livre, non sous les effets de l'internet ou des "liseuses" électroniques, mais parce que dans le monde d'intenses migrations qui se profile il devient un obstacle au sabir de la rencontre, au balbutiemment de ce qui commence :  une pierre trop lourde jetée dans le torrent bondissant. Eh bien qu'importe, qu'il disparaisse. Les gens qui font profession du livre me paraissent déjà trop lourds. Finir comme Han shan et Shi te à hurler des fantaisies sous la lune, à écrire sur l'écorce des arbres. Et savoir s'en tenir là.   

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