Depuis 2007, près de 1000 textes de l'écrivain et essayiste Gérard Larnac en accès libre. Une invitation à pénétrer dans son atelier littéraire, avec ratures et coups de gueule. Textes en devenir, expérimentations, projets de livres et de publications sur le thème de la littérature et de l'édition, de la philosophie, de la sociologie engagée et de la poésie.
Rencontre hier soir à Paris avec Edouard Glissant et l’Institut du Tout-Monde autour de son dernier livre :
« Philosophie de la relation » (Gallimard). Sur ce mot "philosophie" : "C'est un mot qui appartient à tout le monde. Je connais des pêcheurs d'écrevisses chez moi qui sont des
philosophes. Leur parole compte..." Cette impression d’être avec Glissant là où ça joue, où ça bifurque. A la racine du changement. Avant, nous parlions « petit français », comme les
colons d’autrefois disaient « petit nègre » pour dire la langue occupée. Or voici que le discours reprend vigueur, depuis les périphéries justement, par la vitesse de ce qui lui revient
depuis ses propres loins si longtemps méprisés. Saveur de l’inespéré. Les langues cassées se ressoudent, se remaillent à désordre compté. La vieille souche fracassée pousse loin ses surgeons, ses
rejets, pour un grand inattendu de langue nouvelle, une belle orgie de verbe activé. Bariolée de monde-un et de la fragmentation des humanités sans fin proliférantes, sans fin disséminantes. Une
langue qui crépite comme l’averse à la saison des pluies. « Il faut errer beaucoup », dit Glissant, cherchant parole à yeux fermés, à voix lente. Remplacer l’universel intenable par
l’errance, le goût de nomadiser parmi les lieux imaginés – car le lieu réel, lui, conduit à l’erreur, au mirage : aucune garantie de vérité. « La poésie c’est d’abord l’hésitation,
c’est d’abord le tremblement ». Et puis : « La beauté n’est plus la perfection des essences, mais le rayonnement des différences qui s’accordent. Nous pensions que ce qui était
beau c’était ce qui était égal à lui-même. Ce n’est plus vrai. Aujourd’hui il y a une beauté particulière parce que les différences se rencontrent. Et ceci est tout à fait nouveau ».
Pourquoi la poésie ? « Parce qu’il nous faut penser dans l’indéchiffrable », répond Glissant. « L’homme se retrouve seul devant la détermination de ses actes. Les mythes ni la
religion ne nous dictent plus notre morale. C’est dans cette solitude considérable, dans l’inextricable du monde, que nous devons construire, chacun, notre propre sens de l’altérité. Ce qui se
joue, c’est le contact et les étincelles qui en jaillissent entre la solitude de l’individuation humaine et ces multiples micro-cultures qui se greffent entre elles à la surface du
monde ». Il faut pour y déceler des éclairs de beauté que la chose s’éloigne d’elle-même, qu’elle revienne à elle par mille diversités désassemblée – sur l’arête vive de cet instant de
retour, là paraît la Beauté, chargée de bien d’autres mémoires, de bien d’autres ailleurs, de bien d’autres elle-même.
Retrouver Edouard Glissant et l'Institut du Tout-Monde : http://www.tout-monde.com/
A écouter la chanson Ouvrez les frontières : http://video.voila.fr/video/iLyROoaftdEw.html