Depuis 2007, près de 1000 textes de l'écrivain et essayiste Gérard Larnac en accès libre. Une invitation à pénétrer dans son atelier littéraire, avec ratures et coups de gueule. Textes en devenir, expérimentations, projets de livres et de publications sur le thème de la littérature et de l'édition, de la philosophie, de la sociologie engagée et de la poésie.
L’autre littérature. L’expression m’est venue en lisant Antoine Volodine, que je ne découvre vraiment qu’en ce moment, après
raid massif sur les librairies. Pas une avant-garde, dit-il, une « xénolittérature », « une littérature étrangère ». Une écriture de combat. Echapper à l’ennemi c’est
subvertir le réel, qu’il entend comme dispositif carcéral, empêchement de toute dissidence. Pour ce faire il met en œuvre un bataillon d’hétéronymes, à la Pessoa, invente son propre appareil
critique (à l’aide de concept comme « apnée narrative », « surnarrateur »…) et nomme son mouvement solitaire et peuplé : Post-exotisme. Non pas seulement échapper aux
écritures officielles, mais sortir de l’ennui mortifère des lectures officielles – de l’œil convenu au regard mort que l’ère du vide divertissant a placardé sur les faces.
L’œuvre de Volodine, c’est la toute première expression, ni collaborationniste ni repentante, de l’ère post-utopique. Le monde littéraire est un quartier de haute sécurité. L’espoir, dans
tout ce noir, ce n’est plus ce que dit la voix – mais le simple fait qu’une telle voix y persiste. Parole carcérale, incarcérée, décarcérée par son être même, paroles d’entre murs, de cellule à
cellule. Tintamarre de gamelles contre les barreaux – comme une rumeur pré-insurrectionnelle qui enfle.
A lire : Le post-exotisme en dix leçons, leçon onze, d’Antoine Volodine (Gallimard, 2008).