Depuis 2007, près de 1000 textes de l'écrivain et essayiste Gérard Larnac en accès libre. Une invitation à pénétrer dans son atelier littéraire, avec ratures et coups de gueule. Textes en devenir, expérimentations, projets de livres et de publications sur le thème de la littérature et de l'édition, de la philosophie, de la sociologie engagée et de la poésie.
Quelle joie hier soir chez Frédéric Taddeï de voir, une fois n’est pas coutume sur le petit écran, les artistes Hervé di Rosa, Robert Combas, Ben, Bernar Venet, Jacques Villeglé, Jean-Pierre Raynaud. Peu habitués à pareille lumière, ils étaient pressés de trop en dire, potaches rieurs comme Ben (« l’art n’existe pas, il n’y a que des ego ! »), brouillon comme Combas, méditatifs comme Venet ou Raynaud. Parfois limite règlements de comptes entre copains de quarante ans on y parla gros sous, beaucoup même, puisque la cote l’emporte désormais sur le reste – et qu’au plan international, le label France ne brille plus depuis longtemps. Mais qu’importe ; c’en était drôle, ce débat, jovial, détendu, libre, l'humain trop humain y salopait allègrement l'hypnotique mesure de la télévision et débordait le cadre habituel des émissons estampillées "culture", tout ça faisait un peu « brèves de comptoir », gentiment foutoir, comme une rencontre à l'improviste dont la surprise même nous est un réconfort. Liberté, plaisante liberté qu’on aimerait bien voir, quelquefois, en littérature. Quand il ne s’agit pas de prouver quelque chose, mais seulement d’affiner, lentement, au fil des ans qui superposent leur couche, une idée, une intuition. Trois fois rien. Pouvoir aller son chemin. Parfois ignare, parfois érudit. Comme ça vient. Sans obligation. Sans rien devoir à personne. Sans schlague et sans chiens pour vous dire où mettre, ou ne pas mettre les pieds. Cette raideur, cette hantise fondatrice qui traverse les Lettres Françaises, de part en part : hantise de ne pas comprendre, de ne pas « en être », de ne pas avoir de « talent », de ne pas écrire « comme il faut » : comme si, en la matière, existait un « comme il faut » ! Montaigne s’en foutait ! Stendhal n’en avait cure ! Ne pas être à la hauteur : toute cette vanité bien française, franchouillarde même, qu’on nous reproche d’un bout à l’autre de la planète, tient précisément à cette angoisse initiale. Elle est sans doute le produit de la terreur qu’a fait régner sur les jeunes cerveaux l’ordre obtus de l’éducation nationale et de l'institution universitaire, toujours plus promptes à enseigner la soumission et le conformisme que la création originale et la liberté de penser. On aimerait sentir ce grand air, cette envie folle de sortir du sillon que connaissent encore les plasticiens. Ils tissent avec leurs oeuvres un art vivant, perpétuellement nouveau. Oui, on aimerait retrouver, dans l'univers des livres, cette ambiance d’esprits libres sur la route.