Depuis 2007, près de 1000 textes de l'écrivain et essayiste Gérard Larnac en accès libre. Une invitation à pénétrer dans son atelier littéraire, avec ratures et coups de gueule. Textes en devenir, expérimentations, projets de livres et de publications sur le thème de la littérature et de l'édition, de la philosophie, de la sociologie engagée et de la poésie.
Des mois avec cette seule phrase sur fond blanc sur tous les murs de Paris, « N’ayez pas peur ! ». De quoi salement flipper…Puis
encore des mois avec l’affiche, dessins sur fond rouge : « N’ayez pas peur ! », spectacle de M. Robert Hossein autour de la phrase du pape Jean-Paul II. Le XXIe siècle, à
défaut d’être spirituel, est sacrément religieux. Derniers soubresauts d’une fin de partie ? Sans doute ; mais c’est lourd.
Moïse, Jésus, Mahomet : les trois salopards fondamentaux. Les trois tâches cosmiques. Quand le Livre se fait Loi, la parole devient violence. Quand on se croit l’élu
et qu’un homme vaut moins qu’un autre homme. Election, piège à cons.
Bref. Revenons à Jean-Paul II. A cette exhortation, lâchée à la toute fin de son mandat terrestre. « N’ayez pas peur ! ». Chaque jour dans le métro je passe
devant l’affiche ; alors forcément, j’ai fini par m’inquiéter, moi aussi. A m’interroger.
Pourquoi diable voudrions-nous échapper à la peur ? Ce n’est pas d’un homme. Un homme connaît la peur. Parfois il la maîtrise ; on appelle cela le courage. Mais
il faut éprouver la peur pour connaître le courage.
Voilà bien le religieux : défaire l’homme, l’ôter de sa propre nature, le soustraire à sa propre naissance, à sa propre grandeur - celle qu'il doit à sa petitesse.
Pape, nous voulons notre peur ! Nous voulons nos désirs ! Nos fragiles libertés ! Nos hésitations ! Nos éructations ! Nos balbutiements ! Qui êtes-vous, pape, pour
vouloir ainsi nous priver de la peur ? C’est au bout de la peur que cesse la peur. Et c’est en homme qu’il convient de l’affronter.
Ayez peur. Tremblez. Mais reprenez pied dans votre propre existence. Tremblez, mais la tête haute. Jusqu’à ce que mort s’en suive.