Depuis 2007, près de 1000 textes de l'écrivain et essayiste Gérard Larnac en accès libre. Une invitation à pénétrer dans son atelier littéraire, avec ratures et coups de gueule. Textes en devenir, expérimentations, projets de livres et de publications sur le thème de la littérature et de l'édition, de la philosophie, de la sociologie engagée et de la poésie.
Par Gérard Larnac
Vu Zodiac, l'envoûtant thriller de David Fincher (Seven, Fight Club...) sorti cette semaine. Une plongée dans une recherche obsessionnelle de la vérité, qui va ronger un à un tous les protagonistes. L'évidence s'impose : tout artiste est à l'image de ces hommes qui vont passer leur vie à recueillir des indices, aussi ténus soient-ils, à échaffauder des hypothèses, à dépouiller des tonnes de documents - jusqu'à cotoyer l'abîme, jusqu'à se perdre eux-mêmes. L'artiste est celui qui compose avec ses obsessions (en tout cas ses questions informulées) pour lui donner une forme objective, à seule fin de pouvoir mieux les contrôler, les supporter. L'enquête policière est avant tout un combat avec l'ombre, avec la dispersion infinie des faits, avec le désir dévorant d'y voir clair, mais aussi les égarements de l'esprit. Quête plus qu'enquête, elle est le paradigme de toute création. Toute cette histoire, au fond, aboutit à un livre (celui dont est tiré le film). A la fin le meurtrier, s'il est connu, n'est pas puni. Bref la révélation de la vérité ne fait rien d'autre qu'étreindre un vide. Seule a existé cette approche obstinée. Le mystère n'existe que d'avoir été nommé. L'architectonique obsessionnelle de l'oeuvre ne renvoit qu'au vide autour duquel elle se constitue. L'artiste, simplement, la batissant pierre à pierre, y aura parcouru son chemin. Y objectivant ses angoisses. Leur donnant forme. Celles-ci en auront-elles pour autant trouvé leur terme ? La traque du Zodiac est une traque sans fin.
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