Depuis 2007, près de 1000 textes de l'écrivain et essayiste Gérard Larnac en accès libre. Une invitation à pénétrer dans son atelier littéraire, avec ratures et coups de gueule. Textes en devenir, expérimentations, projets de livres et de publications sur le thème de la littérature et de l'édition, de la philosophie, de la sociologie engagée et de la poésie.
Par Gérard Larnac
Mondialisation, fragmentation. Dérégulation. Finance et marchandise passent d’une main à l’autre en une fraction de seconde. Planète une, sans frontière ? Non. Replis sur les particularismes. Régionalisme de l’esprit. La préférence communautaire est pourtant, toujours et en tout
lieu, le signe avant-coureur du totalitarisme.
Celui dont on ne partage ni les croyances, ni les coutumes, ni les manières. L’étranger. L’autre. Rêve d’une langue oublieuse de ces mots-là.
C’est pourtant par ces mêmes mots que la plupart commencent.
Apartheid. Ségrégation. Conflit de civilisation. Identité nationale. Montrer à l’autre le seuil à ne pas franchir. Suspendre le pas
de l’homme. Je préfère mon frère à mon cousin, mon cousin à mon voisin… On connaît la chanson.
Insertion ? Infiltration. Quoi qu’il fasse, l’autre a toujours tort. Sa présence est menace. Il est le surnuméraire. Celui qui
surgit. L’inattendu. Ce qu’on lui reproche ? D’être là. D’être né. Inexcusable. Comment peut-on être Persan ?
La Communauté des affections. C’est ainsi que Saint-Just décrivait la nation. Ni sang ni sol. L’affection.
« Il n’y a pas de culture ni de lien social sans un principe d’hospitalité », dit Jacques Derrida. « Un accueil sans réserve et sans calcul » ; « Une exposition sans limite à l’arrivant », dit-il encore.
L’étranger ne trahit pas la frontière ; la désignant, il la repousse. Ouvre ce champ du possible que sa seule présence
réensemence. Il ne tient qu’à toi d’y moissonner.
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