Depuis 2007, près de 1000 textes de l'écrivain et essayiste Gérard Larnac en accès libre. Une invitation à pénétrer dans son atelier littéraire, avec ratures et coups de gueule. Textes en devenir, expérimentations, projets de livres et de publications sur le thème de la littérature et de l'édition, de la philosophie, de la sociologie engagée et de la poésie.
Etouffant de cette sorte de joie/ stratosphérique / solitaire/ hors de soi/ parmi les vestiges/ comme à l’approche d’un dénouement/ longues nuits tragiques aux doux yeux d'incendie/ dans l’horreur des formules apprises/ ressassées/ glossolalies glossolalies / là où ça ne parle plus voilà que ça s’élève/ sombrement recueillis dans les torchères nocturnes/ la vie est une erreur qui au fond coûte si peu/ absurde/ merveille/ éveil/ vivre ce que dure cette danse/ ou comme le passant des nuits de neige/ qui regarde du dehors/ les calmes foyers inconnus/ aller là où la parole s’exténue/ à la coupe glaciale des vents d’hiver/tenir le rythme de cet après/ de ce dehors/ comme un appel jeté/ perdu dans l’espace/ un appel pour personne/ dans la tristesse hantée de nos entassements/ toutes ces vies en apnée/ attendant attendant que quelque chose vienne/ un souffle un messie/ nous sommes comme des aveugles nus/dans un même vestiaire/ tous repartant avec les vêtements de quelqu’un d’autre/nous demandant qui suis-je/au beau milieu des anges exilés tombant des échafaudages/ avec les fleurs et les poisons et les avions et les machines à café et les téléscripteurs/ nous avançons dans le clair-obscur/ prétendant être les derniers/ ou les premiers d’un temps que nous ne savons dire/ « mercredi 28 janvier – Dans New York, à souffrir »/ signé Jack K./être là vivant par millions dans tous ces corps/ tous ces nus sagement remisés/remis à plus tard/dans la solitude ultime de la bête/comme ça la vie/ comme ça la vie/tantôt-ci tantôt ça/ le vivable invivable des jours et des nuits et des jours encore/j’ai tant aimé être un poète/car je n’en suis pas un/n’aurait jamais dû l’être/j’ai tant aimé être gérard larnac/car je ne suis pas lui/n’aurait jamais dû l’être/toutes nos constructions lunatiques/nos pauvres efforts pour tendre vers la figure/la représentation/de quelque chose plutôt que rien/ écrire est une humiliation physique/un acte de contrition publique/mais à chaque ligne ça va, ça s’en va/tout ce qu’on croyait être/jusqu’à cela/ n’être plus rien/ n’être plus rien/ égal à l’entier/longues marches manhattan/ de l’Arche de Washington au Javit Center sur l’Hudson/ puis sans arrêt Times Square Central Park/redescente sur Brooklyn par la promenade plantée de l’ancienne ligne aérienne/ passer le pont les oreilles pleines de vent du large/où le vent hurle tu chanteras/chandelle Liberty sur l’horizon vague/des usines et des rades/ depuis Brooklyn retour vers le Village/ tant et tant de fois/ sans jamais s’arrêter un instant/ jusqu’à se dissoudre/dans le rythme des pas/ le secret des formules ne s’acquiert qu’en marchant/la vie devenant ce long exercice d’éclaircissement de soi/pour s’offrir aux autres avec la simplicité/d’une neige de printemps/manhattan manhattan/ quel homme attend/ dans le silence fourvoyé/ l’assassiné de frais au centre de sa silhouette/tracée à la craie sur le trottoir/crime scene do not cross/ le voilà qui se relève/considérant tout ça/d’un air sombre et amusé/tout ce que nous aurons été/nos contours à la craie effacés par l’averse/avec nos rires/et nos enlacements.