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28 août 2011 7 28 /08 /août /2011 11:03

 

 

 

Vu dans le film Mondovino ce viticulteur expliquer la différence entre ses vins de terroir et le nouveau goût trafiqué de la vinasse mondialisée, genre coca sans les bulles, dont l'effet frime sans s'épanouir et ne réjouit que les nigauds.

 

Avec un véritable amour respectueux pour son sujet, notre bon bourguignon décrit : le vin possède en bouche largeur ou longueur. Largeur il frappe mais n'est suivi d'aucune profondeur. L'effet est immédiat. Un vin frime, en quelque sorte. Son goût titille mais s'efface très vite. Ce qu'il aime, notre viticulteur, c'est le vin long, celui qui prend son temps et déploie un à un tous les arômes venus de ses multiples profondeurs. 

 

Il en est du vin comme de la littérature. Il y a des livres larges et forts en gueule (larges pubs, larges mise en place, larges médiatisation, larges démagogies pour plaire au "plus grand nombre"). Il y a des livres longs. Ceux-là n'ont parfois l'air de rien, l'étiquette en est parfois bancale, voire un peu décolée. Mais quand ils entrent en vous, ils y restent à jamais.

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5 juillet 2011 2 05 /07 /juillet /2011 13:47

 

 

En janvier 2007, le concertiste Joshua Bell descend dans le métro de Washington pour y faire entendre son Stradivarius. Des milliers d'usagers passent devant lui sans même lui prêter attention. Le soir même, son concert affiche complet.

 

C'est la même expérience que Simon Lelouch met en scène dans son court-métrage "7.57 am-pm" sorti en 2010. Un jour de mai 2009, le violoniste Renaud Capuçon fait entendre sur la ligne 6 du métro parisien toute sa dextérité. Quelques milliers de passants après, il n'a récolté que quelques maigres euros, dans une indifférence générale. Le soir, lui aussi monte sur l'une des plus grandes scènes parisiennes pour y triompher à guichets fermés.

 

Un document capital pour mieux cerner les composantes de la culture contemporaine. Celle-ci ne devient perceptible au public que dans l'enceinte officielle qui la rend légitime. Elle s'accorde pleinement à la société de consommation : il y a le temps du métro, il y a le temps de la salle de concert. Entre les deux, aucune porosité. L'oreille ne s'éveille qu'en situation de concert. Mais alors : où la surprise ? Où l'émerveillement "naïf", c'est-à-dire authentique ? Pourquoi les usagers du métro ne se sont-ils pas laissé "transporter" par la beauté universelle de cette musique ? Pourquoi sont-ils demeurés insensibles au cadeau qui leur était fait ?   

 

Si l'Art se réduit ainsi uniquement à ce qui le légitime, on n'est alors plus très loin de l'Art officiel, pompier, académique. Ce film nous met en garde : car telle est bien la menace qui plane sur nos pratiques culturelles actuelles. On achète l'affiche de l'expo plus que le tableau de l'expo : on y voit un événement utile à notre distinction sociale, un signe d'élection. On regarde des dollars plus que l'expression de l'art. On fête non pas la maîtrise artistique, mais la réussite, l'inscription dans un cadre institutionnel. Bref, nous sommes en train de nous détacher des dimensions fondamentales de la geste artistique.

 

 

 

Visionner le film :

http://www.vimeo.com/17688367

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4 juillet 2011 1 04 /07 /juillet /2011 13:32

 

 

Partout ailleurs le dernier ouvrage de Tahar Ben Jelloun, sur la révolution arabe, est publié en un seul livre plein de vigueur et d'intelligence. Mais la France aime à se distinguer. Gallimard impose à l'un de ses plus célèbres auteurs la parution de son ouvrage en deux livres distincts. Motif : l'un est plutôt un essai (L'Etincelle), l'autre plutôt un récit (Par le feu).

 

C'est que chez ces gens-là, Monsieur, on ne mélange pas. C'est pourtant tout le sel des romans étrangers (en particulier le polar américain) que de mêler intrigue narrative et documentation précise sur un fait de société : voir par exemple R.J Ellory et son splendide "Les Anonymes" (Sonatine, 2010) sur le financement des Contras du Nicaragua et l'épidémie de crack organisée par la CIA sous Reagan.

 

Le roman français sait-il encore parler de la société ? Non. Où Zola, où Balzac ? Dans le grand Nulle Part des têtes de pioche prétendument "Comité de lecture", autant dire réunion Tupperware pour illettrés saumâtres. Quant à entrelacer savamment des idées à des formes narratives, et faire éclater celles-ci par celles-là, il n'en est définitivement plus question. Donner à réfléchir le monde ? Vous n'y pensez pas ! Résultat : une très pure littérature de collabos.

 

C'est pourtant de tels mélanges, d'ouvertures, d'hybridations, de bouturages, de rencontres fortuites, baroques, qu'advient l'innovation de rupture. Plus rassurantes, c'est vrai, sont les formes molles, convenues, quand formol et entregent suffisent encore au succès d'un livre. Ridicule. Et mortel pour l'édition. On vous aura prévenu.

 

 

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22 juin 2011 3 22 /06 /juin /2011 17:21

 

 

 

Le roman est mort de n'être plus matriciel dans la formation des langues et des consciences ; de ne plus servir de fonction cathartique ni de modélisation fine à la psychologie.

 

La force de l'oralité chez les écrivains Beats, les jeux linguistiques visant à autonomiser le texte dans le Nouveau Roman, ont un temps ralenti l'effondrement.

 

Mais désormais c'est fait : le cinéma, la télé et les mondes viruels ont enseveli le roman sous le sabir tiédasse et les frivolités de l'industrie du divertissement.

 

Quelques restes épars : les écrits du dehors, pages-paysages, voyages, quand ils ne versent pas dans le roman de pirate. Quelques chants indiens au profond des jungles. Quelques bribes caraïbes, venues de loin, des périphéries créoles.

 

De quoi remailler un après.  

 

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22 juin 2011 3 22 /06 /juin /2011 15:26

 

 

Je fais sans doute partie de ceux, nombreux depuis, disons, Joyce et Breton, qui estiment possible, souhaitable, marrant, de s'atteler, mine de rien ou de beaucoup, au réenchantement de la Littérature. A son niveau, bien sûr modeste. Tu penses !

 

Réenchantement de la chose littéraire qui, assez curieusement, passerait par la fin (une certaine fin) du roman. Une mise à distance du fictionnel, du récit, du personnage, du dialogue intérieur, du point de vue, du dialogue, de la description. Un légitime soupçon. Tout ce qui ne présente qu'une seule face, qu'une pauvre semblance de logique, m'émeut par sa candeur inutile. Les trois quart des "romans-romans" : je ne vois pas pourquoi on les lit, encore moins pourquoi on les écrit. Quel est le but : faire des piles, de beaux alignements ? S'ajouter à Montaigne ? Boire des coups au Deux Magots et avoir son rond de serviette chez Lipp ? Passer à la télé ? Se gratter un prurit mental ?

 

C'est qu'on en a tant vu. Tant lu. On écrit toujours trop, toujours trop tôt. On ne vit pas assez. Cette illusion de vivre, en tout cas, où l'on patauge, où l'on marine d'un coeur plus ou moins léger. On ne prétend pas à plus. On voudrait comprendre une fois pour toute : mais enfin c'est quoi toute cette histoire de littérature ? Le dernier roman que j'ai fini de lire, j'en suis sorti en me demandant ce que je foutais là. Ou devrais-je revenir à mes lectures d'antan, jamais de roman, jamais ? 

 

Tant de phrases tracées, jetées là, qui n'ont de sens que pour leur auteur, et encore, ce n'est pas bien certain. La poésie, ah oui j'oubliai, la poésie. "Poème : n.m. Texte emmerdant".

 

Il y a des jours on voudrait plus. Plus des autres et plus de soi-même. Je lis le blog charmant et blablateur de Pierre Assouline. Je me dis "peut-on être plus manipulateur ?" Je lis le blog de François Bon. Il a quelque chose, mais quelle raideur, quel bricolage à la Tryphon Tournesol, quelle mollesse derrière la sécheresse. Et ses potes du Tiers-Livre. Quel ripolinage sur graphomanie agravée. Tout ça après les versions originales, Perec, Butor, que sais-je. On ne peux pas trop se décreter soi-même "hypermoderne". Ce serait comme vouloir sauter par-dessus soi. Faisons la chose : on ne dira ce que c'est qu'après. On jugera le prophète à la prophétie.  

 

Répéter, alors ? Singer, alors ? A-t-on bien appris la leçon ? L'a-t-on bien déconstruite ? La littérature, au bord, donc, d'un réenchantement toujours possible ; mais combien d'efforts, combien d'efforts encore ? Dois-je coller le mode d'emploi Ikea dans mon texte pour faire vraiment moderne ? Dois-je mettre toutes mes bonnes feuilles sur le web comme on renverse ses poubelles du haut des immeubles, dans la cité ? Ne devrais-je pas au préalable les passer à la flamme, pour voir dans ces premières nuits de l'été monter leurs serpentins brûlants ?

 

 

    

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16 juin 2011 4 16 /06 /juin /2011 16:19

 

 

Et si l'Ecrire marquait avant tout la volonté d'un individu de se donner au monde à travers l'ouverture d'un processus lent, non dans l'impact aveuglant de l'immédiateté imageante, mais dans une patience encontrante, un jeu d'avatars inconstant et libre, une honnêteté d'homme ?

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2 juin 2011 4 02 /06 /juin /2011 09:52

 

 

« J’ai de la force, de l’énergie, de la conviction, de l’intelligence et des avocats », écrivait dans un de ses nombreux articles minuscules et hilarants (malgré lui) Yann Moix, l’auteur de Podium. Ecrivaillon découvert par BHL, il conchie la Suisse avec des propos forts limites pour ses ressortissants, tout ça pour défendre Polanski, auteur avéré d’un viol sur mineure mais copain de BHL... Un homme du sérail, donc, le Moix. Du sérieux. Qui s’y connaît en justice et en renvoi d’ascenseur.

M. Moix, l’auteur de Podium, écrit paraît-il de petites chroniques assassines dans Le Figaro. Des critiques vachardes « destinées à faire mal », selon lui. « L’auteur doit souffrir pendant deux heures », précise-t-il. Les cibles : « Pas les journaux intimes, plutôt les livres à portée universelle ». Sûr que ça agace, l’universel. Sûr que c’est sur l’auteur de Podium qu’il faut compter pour nous dire où est la littérature, où elle n’est pas.

Un monde littéraire où le shérif s’appelle Moix  se passera de moi.

 

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1 juin 2011 3 01 /06 /juin /2011 10:34

 

 

C'est pour rire, ou par effet de style, qu'on parle d'une fin de la littérature. Car même dans son manque, son absence, la littérature reste littérature. 

Que nous parlions art ou politique, ne pas se contenter de dire lâchement que nous traversons une époque de transition ; toute époque est une époque de transition. Composer avec le crépuscule. En tirer la note bleue. Elle est là, notre présence à l'ici maintenant. Dans cette tentative. Nous ne passerons la main qu'une fois ce travail achevé. Pour l'instant, c'est à nous de nous y coller.

 

Blanchot : « L’essence de la littérature, c’est d’échapper à toute détermination essentielle, à toute affirmation qui la stabilise ou même la réalise : elle n’est jamais là, elle est toujours à retrouver ou à réinventer».

 

 

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31 mai 2011 2 31 /05 /mai /2011 11:35

 

 

 

Littérature, maintenant : entre déclins des théories (comme instances de légitimation) et le "tout fait littérature" (comme instance de libération). Une position ouverte, où tout texte est avant tout une "proposition" faite à la littérature. Pourtant, lorsque tout écrit "fait" littérature, il y a fort à parier que l'instance de légitimation ne soit rien d'autre que le pedigree de son auteur. Appartenir à la clique (notabilité, réseaux divers) deviendrait alors la ligne de démarcation entre ce que l'on publie et ce que l'on se garde de publier. Cette crise du discours de la légitimation ouvre un espace à la liberté en même temps qu'elle enferme dans un système de passe-droit, de reproduction d'un imaginaire de classe par elle-même, d'autisme et de consanguinité littéraires. 

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9 mai 2011 1 09 /05 /mai /2011 08:22

 

 

Alors, hein, la Poésie ?

  

Une façon de se tenir sur le quai et observer le train filant de ses pensées.

  

Une formule sans mot que seul l'esprit entend.

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