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8 octobre 2007 1 08 /10 /octobre /2007 21:12

- Mais alors depuis tout ce temps, depuis la NRF, tout ça, tu n'as donc écrit aucun texte littéraire sérieux ?
- C'est que j'ai un peu pratiqué l'anti-art, le non faire, la non collaboration. A tel point que je me suis fait journaliste, c'est dire. Par humour dadaïste.

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30 septembre 2007 7 30 /09 /septembre /2007 09:15

Qui a vécu sans vouloir refaire la littérature n’a jamais eu vingt ans. Attentat poétique contre les intérêts des cyniques, des rassis. Aujourd’hui, c’est Ligne de Risque, de Yannick Haenel et François Meyronnis. Ces deux-là peuvent y arriver, ils y sont déjà arrivés. A les lire je suis comme un dynamiteur qui trouverait, déjà installée, une charge explosive sous le pont qu'il comptait faire sauter !  A chaque effondrement des preuves une salve de poésie, comme dirait René. Une revue littéraire qui rendrait caduque les vieilles lunes, mais plus encore l’univers a-poétique, machinal, machinique. Tas de messieurs pressés avec dans leur mallette le dernier contrat paraphé de leur reddition en tant qu’homme. Nous les avons regardé à travers les vitres des cafés de Saint-Germain, de Montparnasse (Montparnasse, forcément Montparnasse). Nous rencontrions des poètes, Kenneth White en tête, mais aussi les Sollers, les Edern-Hallier, grands maîtres des gazettes, ludions fantaisistes dans une époque qui en était fort dépourvue, de fantaisie. Vu de loin on glandait ; il fallait s’approcher pour saisir ce que nous tramions. On nous invitait parfois chez des lettrés plus avancés que nous (ce n’était pas difficile), on voulait connaître ces nouveaux bouvard et pécuchet, savoir ce qu’on pensait, évaluer plus sérieusement nos intuitions sauvages, ça tournait toujours mal, on finissait saoul et s’esclaffant après une course de joie dans les ruelles nocturnes; on nous avait chassé, pour une histoire de cul, un point de littérature. Un auteur mi-célèbre avait prévenu une de ses amies que je voyais alors de temps à autres : "Méfie-toi, ces types-là sont dangereux". J'étais, naturellement, ravi du compliment. Dans l’étroit deux-pièces qui condensait nos effractions éditoriales, dans ce recoin du XIVe à côté de Plaisance, je dormais dans le canapé au milieu des cendriers, des bouteilles de whisky et des livres épars – nos poèmes sur les murs ou en feuilles volantes que nous laissions voler. Et quelques filles de passage entortillées dans des draps douteux qui finissaient toujours, un jour ou l’autre, par lâcher : « Je me demande comment vous faites pour vivre dans ce bordel ». C’est ici, au milieu de ce divin chaos, en quelques heures de frappe sur la vieille machine à écrire (Remington ?) que je composai, tout en descendant une bouteille d’ouzo, mon premier texte littéraire sérieusement publié – il serait dans les mois suivants dans tous les kiosques à journaux. De quoi fasciner, quand on est un tout jeune homme. Notre revue ? Elle n’eut qu’un seul numéro, là, dans notre tête. Nous étions pauvres de toute cette littérature, nous avions faim et la faim nous procurait des visions que les lettrés par héritage ne connaîtraient jamais. Parfois devant les librairies on croisait Cioran ou Beckett. On se poussait du coude : total respect pour ceux-là. Duras, c'était différent : une de nos cibles préférées. On l'appelait Mémé Duras, elle nous faisait chier, je ne me souviens plus pourquoi. Dans une soirée Sollers déguisé en Marquis de Sade et Jean-Edern, ivre à mes côtés, qui répétait mes vannes pour que tout ce beau monde puisse en profiter ; Jean-Pierre Léaud, tenant si douloureusement son propre rôle, comme à l'écran, légèrement faux, un rien décalé - une voix si blanche. La modération était un vocable qui nous était parfaitement étranger. Dans les bars que nous fréquentions assidûment quelques clodos à l’ancienne nous instruisaient. Mais nous prenions aussi nos leçons auprès des fontaines gelées (ah mon illumination du Luxembourg en plein cœur de l’hiver !), des fous, des déjantés – Paris en est plein, même si on les voit moins, trop de touristes dans les rues. Dans l’inexistence même de cette revue littéraire qui jamais ne vit le jour je trouvai ma vie, mon chemin. Car nous vivions ce qui dans l’art est le point qui passe tous les autres : le déconditionnement. Sans plan, sans stratégie, libérés de tout contexte social (nous n’étions, je crois, même pas inscrits au chômage), nous faisions si doucement rupture. Les pages de notre revue imaginée restèrent blanches ; mais un monde s’ouvrait. Il ne cesse depuis de s’ouvrir. Et puis entrer dans le blanc de ces pages : l’été suivant j’étais à Bénarès, dans la lumière dorée du Fleuve.

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27 septembre 2007 4 27 /09 /septembre /2007 12:59

Les blogs au fond bruissent de la même rumeur abêtissante que le petit psittacisme moi-je moi-je moi-je qui empuantit nos vies et embrume nos esprits. Qu'ils soient ou non littéraires (chacun en ce domaine étant son propre arbitre des élégances), concert des avis, autorisés ou non, discriminations sans fin, revanches, violences, aigreurs. Se frotter à ça. Se confronter à tout ce vide du commentaire sans fin ; à ce malheur de ne plus savoir être ensemble, ni écouter. Quelqu'un tente une phrase, phrase née du mouvement de son esprit, communiquant son mouvement à d'autres, auteurs à leur tour de phrases nouvelles. Pas de meilleurs, pas de mauvais : il y a mouvement ou non. La pensée fait ou non mouvement. Quelqu'un tente une phrase : ne pas juger trop tôt. Voir non pas ce que ça dit, ni même comment ça chante - mais où ça va. Entendre la proposition que te fait le nomade. Entrer dans le bois. Y chasser nu. 

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26 septembre 2007 3 26 /09 /septembre /2007 20:39
« Qu’y a-t-il dans le vide qui puisse nous faire peur ? »

                                                     Blaise Pascal, Pensées.

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22 septembre 2007 6 22 /09 /septembre /2007 09:13

Exigeante liberté. C’est parce que le printemps. C’est parce qu’il l’a décidé. Un homme sort du rail de ses horaires (le RER de 8h07), de ses habitudes, de sa vie. Cette liberté conquise comme par surprise, il veut en garder la hauteur. Continuer à vivre à l’altitude de sa libération. D’une liberté comme libérée d’elle-même. On se dit : impossible. Et pourtant. « Cercle », le dernier récit de Yannick Haenel (Gallimard-L’Infini), va là où nous avons tous rêvé d’aller, mais que lui seul va aller habiter, en poète. Petit exercice de déconditionnement : ce que doit être tout geste artistique. D’abord se déprendre. On n’a pas vu un piéton de Paris aussi considérable qu’Haenel depuis Henry Miller. On pense au « Flâneur des deux rives » d’Apollinaire, aussi. Yannick Haenel, pas à pas, approfondi l’expérience de la libération. « Ce qui n’est pas occupé à naître est  occupé à mourir », dit Bob Dylan. C’est une des premières phrases qui vient au narrateur. Il y en aura d’autres, des phrases, qui, l’une après l’autre, comme par vagues successives la marée montante, déferont les amarres, le conduiront au large. Dans une sorte de vide qui n’est pas vide. Un vide où l’on monte. Un vide sans la chute. Et parce que l’unité narrative est la phrase, non le chapitre ou le paragraphe, le récit se fait poésie. Danse avec la poésie. Avec l’idée de poésie. Pourquoi écrire, si ce n’est pour approfondir son expérience du monde ? Trouver ce « point libre à partir duquel on commence à vivre poétiquement ». C’est, au bas mot, ce que ne savent plus les livres, encore moins la plupart de ceux qui les écrivent. Or tout est là. Pas d’autre justification, s’il doit y en avoir une, que celle-là. Quand la naissance du livre coïncide avec la naissance de celui qui l’écrit. Se libérer n’est rien. Ce qu’il faut, c’est tenir l’ouvert. Entendre la poétique du monde. En cela « Cercle » fait événement. Il donne une ambition nouvelle à la littérature. Nouvelle, c’est-à-dire très ancienne.

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21 septembre 2007 5 21 /09 /septembre /2007 09:28

Le monde pour te parler a besoin de signes. D’artifices. Le message n’est jamais direct. C’est une conjonction. Ni ceci ni cela. Un ensemble qui s’organise peu à peu, un remuement discret au beau milieu des choses. Et tout d’un coup c’est là, devant les yeux, il suffit de la bonne seconde pour le capter, c’est fugace, on ne comprend pas mais à sa propre euphorie qui palpite au-dedans on sent que ça reviendra, que c’était là, que le monde a parlé.

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17 septembre 2007 1 17 /09 /septembre /2007 23:02

Certains jours les yeux s’ouvrent. Les choses nous appellent. Tout. Nous voyons tout. Plus rien n’échappe. Nous sommes hauts. Vibrants et hauts. Nous sommes vivants. Tissés de monde. Habité pleinement de nous. Tout nous touche. Tout fait mouche. On dirait qu’elles n’attendent plus qu’une parole, les choses. Une parole de nous. La parole de la conscience, la vieille parole perdue ; c’est comme si tout ce temps nous n’avions fait que rêver, rêve étroit de notre vie ralentie. L’amnésie peut durer une heure, un jour, vingt ans – mais voilà que s’ouvre un passage, que la chance est redonnée. 

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14 septembre 2007 5 14 /09 /septembre /2007 17:22

Des mois avec cette seule phrase sur fond blanc sur tous les murs de Paris, « N’ayez pas peur ! ». De quoi salement flipper…Puis encore des mois avec l’affiche, dessins sur fond rouge : « N’ayez pas peur ! », spectacle de M. Robert Hossein autour de la phrase du pape Jean-Paul II. Le XXIe siècle, à défaut d’être spirituel, est sacrément religieux. Derniers soubresauts d’une fin de partie ? Sans doute ; mais c’est lourd.

Moïse, Jésus, Mahomet : les trois salopards fondamentaux. Les trois tâches cosmiques. Quand le Livre se fait Loi, la parole devient violence. Quand on se croit l’élu et qu’un homme vaut moins qu’un autre homme. Election, piège à cons.

Bref. Revenons à Jean-Paul II. A cette exhortation, lâchée à la toute fin de son mandat terrestre. « N’ayez pas peur ! ». Chaque jour dans le métro je passe devant l’affiche ; alors forcément, j’ai fini par m’inquiéter, moi aussi. A m’interroger.

Pourquoi diable voudrions-nous échapper à la peur ? Ce n’est pas d’un homme. Un homme connaît la peur. Parfois il la maîtrise ; on appelle cela le courage. Mais il faut éprouver la peur pour connaître le courage. 

Voilà bien le religieux : défaire l’homme, l’ôter de sa propre nature, le soustraire à sa propre naissance, à sa propre grandeur - celle qu'il doit à sa petitesse. Pape, nous voulons notre peur ! Nous voulons nos désirs ! Nos fragiles libertés ! Nos hésitations ! Nos éructations ! Nos balbutiements ! Qui êtes-vous, pape, pour vouloir ainsi nous priver de la peur ? C’est au bout de la peur que cesse la peur. Et c’est en homme qu’il convient de l’affronter. 

Ayez peur. Tremblez. Mais reprenez pied dans votre propre existence. Tremblez, mais la tête haute. Jusqu’à ce que mort s’en suive.

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11 septembre 2007 2 11 /09 /septembre /2007 18:07

"Où va-t-on quand on ne va nulle part ?"


- Yannick Haenel -
(Cercle, Gallimard)

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6 septembre 2007 4 06 /09 /septembre /2007 18:41

P1110123.JPGLorsque l'Homme-scorpion demanda à Gilgamesh quelles étaient les raisons de son voyage, celui-ci lui répondit : "Si j'ai fait un aussi long voyage, c'est pour questionner Ut-Napishtim, mon ancêtre, sur la vie et la mort".

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