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19 septembre 2011 1 19 /09 /septembre /2011 18:52

 

 

Edouard, Edouard Glissant. Il y a dans le nom même cette élégance de ce qui passe et jamais ne s'impose, inachevé, ouvert à tous.

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22 août 2011 1 22 /08 /août /2011 09:49

 

 

Samedi 13 août : Vue de loin Tanger la blanche scintille dans la lumière dans la pose avantageuse d'une odalisque alanguie. C'est ici, dans la ville mythique aux portes de l'Hadès, que je dois rencontrer, enfin, le dernier poète beat de Greenwich Village. Aura-t-il le visage coupé à la serpe style Burroughs, l'air de cow-boy rêveur à la Kerouac ? Il a connu Dylan, du temps de Suze Rotolo. Il a écumé tous les bars où faire entendre sa prose spontanée bien avant qu'on entende parler de "slam". Il a maintenu son statut de clodo poétique contre vents et marées dans tous les squares de Manhattan. Son agent m'a prévenu : il ne parle pas beaucoup, n'est pas préoccupé de littérature. Il boit sec, médite à l'improviste et s'impatiente vite. Ces mois passés à traduire son unique récit, resté inédit : une romance d'apocalypse dans "son" New York. Jusqu'à cette rencontre, au débarcadère du ferry en provenance de Tarifa, après seulement trente-cinq minutes de traversée. Il ne m'a pas attendu à l'endroit prévu. C'est lui qui est venu à moi sous l'apparence d'une sorte de père noël portant un bandana rouge et terriblement maigre. Il cligne de l'oeil. Il se dandine. Il est d'accord sur tout. Il s'en fout. Déjà ailleurs. Requis à d'autres tâches dont il ne dira rien. Sur le ferry du retour me demander si j'ai rêvé. Si j'ai bien rencontré "pour de bon" le fameux Jerry Lee Norton, légende urbaine, dernier des Mohicans de la tribu post-Beat. Seul le poids du manuscrit me semble bien réel. Et là, entre Afrique et continent européen, cette sensation de tenir enfin ce qu'il nous faut : une littérature de contrebandiers. 

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3 juillet 2011 7 03 /07 /juillet /2011 15:34

 

wall_wideweb__470x310-0.jpg  Si l'on considère l'histoire contemporaine de la musique populaire, trois événements y tiennent les premières places : l'arrivée à Greenwich Village, durant l'hiver 61, d'un jeune étudiant en rupture de ban qui décida d'être Bob Dylan ; trois jours de paix et de musique dans la bonne ville de Woodstock au printemps 1969 ; The Wall des Pink Floyd, un fulgurant concept multimédia né en 1979, en pleine période Thatcher et de contre-révolution conservatrice, réinvestissant toutes ces magies du rock'n roll qui se traduisent en trois mots : "No though control".

 

Or voici que Roger Waters, l'architecte de ce projet fou (disque, concert-opéra rock, film d'Alan Parker avec Bob Geldoff), était à Paris ce 1er juillet. Réactualisé par des images récentes (Afghanistan, Irak, Abou Graib et images des tortures récemment pratiquées par l'administration américaine), The Wall est toujours aussi saisissant : parce que sa morale est universelle.

 

"Fear builds the wall" : la peur fabrique le Mur.

 

Même sans la guitare de David Gilmour, The Wall est toujours The Wall. Méditation foudroyante et foudroyée de nos névroses sagement administrées, de nos résignations, mais aussi de cette révolte qui gronde, qui s'accumule et finit par emporter tous les murs. "Hey, teacher..."

 

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23 janvier 2011 7 23 /01 /janvier /2011 19:44

 

 

« Puisque Beauté il y a ». D’abord ce titre. Constat de débordement. De trop. La force magnétique de ce « Puisque ». Les Japonais classiques ont leur fameux : « Et cependant… ». Nathalie Riera, elle, puise son verbe dans ce « puisque » originaire - éruptif. Mot à partir duquel  se déplie tout le reste.

La poésie de Nathalie Riera possède la nudité des écorchures en plein vent et des rires plus anciens que la vie. La main est ferme, le trait est net, tous les sens en éveil. Le poème atteint le plein ; l’ouvre à ce qui l’emporte et le poursuit. Il faut pour parvenir à pareille maîtrise une lucidité hors du commun. « Comme la clarté est muette », écrit-elle. Poème, donc, dans « sa vertu de silence ».

Affinité avec la lumière du Sud. Avec le tressaillement de la branche après la chute du fruit. Murissement lourd, sensuel. Un « pansensualisme », comme on disait « panthéisme » à l’époque des dieux.  

« La tristesse n’est pas un chemin de pluie/et la pluie ne fait pas pleurer ». A qui sait ainsi dépasser l’expérience singulière pour s’en remettre aux vents des dehors sont promises de belles œuvres. L’humain n’en est que plus complet. Il trouve sa juste place. Une telle précision, inscrite sur ce « puisque ».

 

A commander d’urgence chez votre libraire préféré (il n’y a pas que la fnac dans la vie) :

« Puisque Beauté il y a », de Nathalie Riera (Lanskine, 2010).

 

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1 décembre 2010 3 01 /12 /décembre /2010 07:18

 

 

 

Hier soir Yves Bonnefoy à la Maison de l’Amérique Latine, boulevard Saint-Germain. Solitude du vieux poète sous les éloges. Yeux sombres fixés sur les lustres, comme dans l’attente que l’une ou l’autre de ces paroles en vienne à faire exploser le cristal. Yves Bonnefoy dans le passage de cette poésie vers sa signification impossible, « le malentendu du sens » dit-il, cette tension du mot qui se tient au-delà du sens et du non-sens. La main contre le front entre les cheveux blancs. La voix lorsqu’elle lit, gonflée tout à coup, scandée mystérieusement pour laisser  entendre ce blanc, ce blanc sans lequel la poésie n’existerait pas. L’errance éveillée dans l’arrière-pays.    

 

 

(Copyright Gérard Larnac - 2010)

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2 septembre 2010 4 02 /09 /septembre /2010 10:24

 

 

 

Shitao, l’arpenteur de nuées

 

257px-Guimet_shitao_monts_jinting.jpgPas une âme sur le chemin de brume. Pas même des yeux pour voir cela. Ces formes qui seraient, dans le temps des hommes, un rocher ou un arbre, une rivière peut-être,  mais qui peu à peu se confondent avec le mouvement même où ils s’inscrivent, comme des vagues roulant les unes après les autres sur une grève de vents froids. Espaces disjoints, comme autant de paysages intérieurs, fantomatiques, lieux perdus courant avec les mondes. Je suis Shitao, l’arpenteur de nuées. Je sais que tout cela est réel. Je sais que tout cela est un rêve. Je ne laisse plus mes yeux ajouter des images aux images, car on ne voit que ce à quoi l’on croit. Or je n’ai avec moi aucune certitude. C’est autrement que je regarde. 

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12 juillet 2010 1 12 /07 /juillet /2010 14:04

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Grand voyageur devant l'éternel, ami très cher depuis notre rencontre dans le nord de la Thaïlande en 1986 (on dormait dans les temples, on nous promettait des ennuis avec les rebelles karens, on répondait : "pourquoi nous feraient-ils du mal, ils ne nous connaissent pas" avant d'éclater de rire - la vie est une bonne blague), Philippe Jacq avait dernièrement les honneurs de la télévision bulgare. Son actualité : la traduction en bulgare de son livre "Chacun sa route" - seul à vélo de l'Alaska à la Terre de Feu (Bio Edition). Son sens de l'humain et de l'humour, sa détermination, sa curiosité. Chez lui chaque coup de pédale est comme un verset de Khalil Gibran, dont il aime tant "Le Prophète". Un poète, à sa façon. Un mail de lui  : "Parait que la durée du travail va augmenter? Je vais peut être devoir voyager 2 ou 3 ans de plus avant de prendre ma retraite alors..." Autour de Philippe, depuis toujours, ce même vent de liberté.

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21 mai 2010 5 21 /05 /mai /2010 09:51

En écoutant ce matin Dave van Ronk chanter "He was a friend of mine" -  souvenir de ce vieux copain de classe primaire, un peu plus âgé que moi, tabassage en règle dans les orties, cartables éventrés sous la pluie des terrains vagues - on se frittait régulièrement, histoire d'entretenir la relation - puis ado genre Mick Jagger, bassiste et défoncé - curieusement il me faisait partout de la réclame, il était le rock et j'étais la littérature, il aimait faire part de son admiration pour mes textes en dépit de nos bagarres passées - suicidé à 20 ans, à peine arrivé au service militaire, sa façon définitive de ne pas se corrompre aux médiocrités des années 80. Etrange que ce soit lui qui se soit imposé à mon souvenir, sur la voix de Dave van Ronk. Peut-être fut-il mon premier lecteur, attentif à cette intensité sacrée qu'il percevait lui-même à travers ses solos de basse - et qui, au fond, nous rassemblait bien mieux que ne l'eut fait une amitié ordinaire.  

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31 janvier 2010 7 31 /01 /janvier /2010 14:50

Dans cette nuit qui  m’environne
Dans ces ténèbres qui m’emprisonnent
Je loue les dieux qui me donnent
Cette âme inflexible et noble.


Prisonnier,
Je ne veux pas me rebeller.
Meurtri,
Je suis debout de mes blessures.

En ces lieux de hontes et de pleurs,
Ne s’avancent que l’horreur et les ombres
Les ans à venir s’annoncent sombres
Mais je ne connais pas la peur.


Aussi étroit que soit le chemin,
Même si l’on m’accuse et me blâme,
Je suis maître de mon destin,
Le capitaine de mon âme.

 

William Henley


(Poème fétiche de Nelson  Rolihlahla Mandela pendant ses 27 années de prison,
qui donne son titre au dernier film de Clint Eastwood)

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4 janvier 2010 1 04 /01 /janvier /2010 08:41

Lourmarin, dernier jour de juillet 1996.

 

C’est une tombe hors d’âge comme on en voit encore dans les vieux cimetières. Quelles mains anonymes viennent encore la fleurir ? Ce jeune couple qui sortait, d’un air un peu rêveur ? De mémoire en mémoire seules l’honorent vraiment la sauge et la lavande qui peu à peu ont recouvert la pierre. Les êtres emportés dans le temps. Mais l’esprit, l’esprit vivace des poètes et des philosophes. Comme la sauge, comme la pierre, à la fois dans et hors du temps. Au-delà de la course, là pourtant. J’imagine simplement la sauge et la lavande sous un beau ciel d’orage aux lazzis électriques, quand le mistral file à grands traits et que par intermittence se découvrent par hasard, au plus fort des bourrasques, quelques lettres d’un nom : Albert Camus.

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