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8 septembre 2008 1 08 /09 /septembre /2008 23:18
Le 7 octobre prochain sort le huitième volume des Bootlegs Series de Bob. Titre : Tell tale signs.
Déjà en écoute intégrale le single Dream'in of Life. Harry Dean on Route 66 ?


http://www.amazon.com/Tell-Tale-Signs-Bootleg-Vol/dp/B001D06SEI/ref=pd_bbs_sr_2?ie=UTF8&s=music&qid=1220912343&sr=8-2
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5 septembre 2008 5 05 /09 /septembre /2008 15:15

"Comme une eau, le monde vous traverse et pour un temps vous prête ses couleurs. Puis se retire, et vous replace devant ce vide qu'on porte en soi, devant cette espèce d'insuffisance centrale de l'âme qu'il faut bien apprendre à côtoyer, à combattre et qui, paradoxalement, est peut-être notre moteur le plus sûr."

(Nicolas Bouvier, L'Usage du monde)

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2 septembre 2008 2 02 /09 /septembre /2008 23:07

Il y a quelques temps Libé titrait, non sans provoc ni perfidie : « Les philosophes de vos 25 ans, de Jean-Paul Sartre à Medhi Belhaj Kacem ». Des qui avaient lu Sartre, certes, il en restait bien deux ou trois, des éclopés, dans les recoins sombres. Mais Kacem ? Quelqu’un avait donc lu Kacem ? Cet été, je tombai par hasard sur « Pop Philosophie », le livre d’entretien de Medhi Belhaj Kacem avec Philippe Nassif, journaliste à Technikart (Technikart, ce faux Inrock que j’ai longtemps pris, lui et son jumeau Chronikart, pour un magazine de sport mécanique…). Ce qu'il y a de bien avec ce genre de magazines, c’est le côté tout ou rien : ou tu as lu Machin-déjà-Culte, ou tu passes carrément à côté de ton époque. Au fond l’existence est facile. On dresse des listes impératives. Terrorisme zonzon, car bien sûr c’est pour de mine et au final tout le monde s’en fout éperdument. 

 

Donc Kacem. J’avoue, allez. Je n’ai lu que les entretiens avec Nassif. Ses romans, son film (avec Garrel, quand même), son ex femme Chloé Delaume, ses ouvrages philosophiques, pas vus, pas lus. Mais ce doit être en effet un grand philosophe, puisque je me tape le paveton (500 pages) et que la 4e clame haut et fort : « le manifeste d’une génération ».

 

Déjà, ma difficulté à situer : quelle génération ? Le (grand) garçon a quand même 35 ans sonnés et passe son temps à parler comme un qui ne serait pas arrivé à bout de sa puberté. Maniérisme ? Grandiloquence djeuns ? Récup ? Bon, mettons qu’à 35 ans on soit encore très très jeune. Moi ça me va, ça me laisse du champ. Admettons. C’est qu’il est sympa, Kacem, bonne gueule, on a envie d’y croire, m’a l’air de savoir lever le coude, s’échauffer tout seul de ses propres paroles, il aime dire des conneries en prenant l’auditoire à témoin, genre clin d’œil en coulisse. Un marrant, quoi. Son énergie me rappelle mes potes beatniks Kerouac Ginsberg Corso and Co qui, à force de gueuler sur tous les toits (de Manhattan) qu’ils étaient Poètes, ont quand même fini par le devenir pour de bon. Alors oui, vraiment, on lui souhaite de les trouver, les concepts top-innovants de l’avenir philosophique, à Medhi.

 

Pourtant, vite, une certaine gêne ; et cette fichue citation d’Audiard qui me trotte dans la tête, voyez laquelle – ça parle des gens qui osent tout. Car il y a de l’horripilant dans le désopilant « Pop Philosophie ». De quoi parle le livre ? Des tribulations de Lacan, Deleuze, Badiou et Moi. Variante : Badiou ou Moi. Car Moi ou le Maître (je suis lacano-badiousiste, sans rire, voire carrément kacémo-badiousien dans les grands moments), c’est du pareil au même, malgré, donc, mon très jeune âge. Mon but dans la vie ? « Réussir là où Deleuze a semi-échoué, c’est-à-dire à produire une Pop philosophie ». Le plus étonné dans tout ça doit être le bon Alain Badiou lui-même. On le devine plus gêné que séduit, de se voir si brusquement, à 70 ans passé, promu égérie de la génération Laquelle ? – et du même coup cheval de Troie piloté par Moi, Kacem, pour avancer plus vite dans la place.

 

Après la Pop, la Pub Philosophie : autoproclamée et satisfaite, édictée sur un mode purement parodique, dite comme ça, pour se marrer. D’ailleurs le dossier de Technikart qui a fait connaître Kacem portait le titre de « Think Different », slogan de pub bien connu. On pourrait se contenter d’être un commentateur avisé de la société, mais non, il faut donner dans le « Nous autres philosophes » – direct. Alors forcément, on écrit des livres, il y a toujours des éditeurs en mal de trésorerie. Du coup on se met à y croire. On monte même des séminaires. On devient une figure emblématique de l’hypermodernité pour journaux de référence vite lus vite oubliés.

 

Cette mélasse, nous l’appellerons entre nous « Pub Philosophie » pour la distinguer du projet deleuzien ; d’autres l’appellent sans rire « Philosophie d’ambiance », ce qui convient aussi parfaitement à cette petite musique d’ascenseur qui se prend pour une symphonie. La Pub Philosophie proposée par Kacem tient de l’intox publicitaire pour son côté pastiche auquel personne n’est tenu de croire, du sample pour son sens évident de l’emprunt dégurgité de façon aléatoire, et du paparazzo pour son obsession compulsive à en être sans en être tout en la ramenant sans arrêt.

 

Tout ça vous a un petit air « sympa » qui n’est pas sans rappeler les réjouis qui sourient aux anges sur la 4e de couverture des Guides du Routard.  La pensée « sympatoche » (badiou l’horrible mot !), le « cool concept » : tout ça, au moins, est sans risque aucun. Pour un peu cette légèreté nous serait agréable, genre brumisateur par temps de canicule. Mais pour cela il y faudrait le rire, l’esprit, la surprise, la générosité, l’écart. Or, de cela, point. Ca claque du bec. Ca pérore. Ca profite. Ca fait son beurre. Ca clame et réclame son dû. Kacem est un reader’digest qui veut à tout prix prouver qu’il est du bâtiment, qui roule ses mécaniques conceptuelles comme bellâtre de balluche, et qui s’ajoute, total premier degré et sans complexe aucun, aux illustres philosophes qui l’ont précédé. Il aurait tort de se gêner ; après tout, les morts sont des vieux cons.

 

Au fond la Pub Philosophie montre qu’il n’est pas bien difficile de tourner la tête des critiques inexistants ou demeurés, des professeurs fossilisés en chaire, d'un public tout à coup valeureux d’entrer ainsi dans la cage du fauve « philosophie » dont on a pris soin de limer un à un tous les crocs. La Pub Philosophie est une pensée sans risque, sans mordant. Ce qu’elle dit, après tout, n’engage que ceux qui l’écoutent. Demain elle dira autre chose. Quoi de plus naturel ? Elle répond à la demande. A l’air du temps. Le client est roi. C’est une pensée flatteuse, commerciale. Après tout, on est juste là pour kiffer ; grave.

 

Sur le fond, nous n’entrerons pas dans les détails (Sur l’événement comme « effondrement de la représentation », zéro. L’événement, il est accidentel ou virtuel, mais toujours en puissance. L’attaque du World Trade Center par des avions de ligne n’est effondrement d’une représentation que pour le public gogo, pas pour le FBI qui depuis 1995 en connaissait la probabilité. Sur « l’affect comme être de l’événement », on ne voit pas non plus quel rôle l’affect a joué dans l’événement du big-bang. Big zéro, donc.)

 

Relever quand même cette perle kacémienne : « Tout ce qui sort doit rester entre les quatre murs du cabinet ». Ah, si seulement…

 

Du coup on en viendrait presque à comprendre (comprendre : pas excuser, faut quand même pas pousser) la pose apoplectique des vieux réacs style Asensio-Stalker (ô Beauté, ô Art, ô Littérature, ô Pensée, ô Doux Jésus, ô Castagne infinie). L’illusoire transcendance du Sens, d’un ordre pur et immuable tenu par le Très-Haut, et cette philosophie de pubards tout enivrés d’eux-mêmes, sont au fond les deux faces d’une même erreur.

 

Le vain bavardage festif et clignotant à l’usage des têtes de gondole, même de gauche, même « sympatoche », est quand même là à la place d’autre chose. Eclipse une parole plus haute qui, du coup, n’est pas entendue. Une « noble attitude » qui n’est plus même comprise. La baguette de l’ordre légitime, maintenant que personne n’y croit plus, certains ambitieux s’en emparent indûment et paradent, se prenant un instant pour les nouveaux maîtres de l’estrade. Personne ne conteste : pour cela il aurait fallu lire, étudier longuement. Le temps court de l’instinct a triomphé du temps long de nos probités, de nos fidélités, du soin patient de la pensée – l’immédiateté hystérisée ne permet plus désormais que postures, éclats de voix, slogans – pub philosophie.

 

Cri désespéré d’une impossible jouvence, cette Pub Philosophie n’est nouvelle que dans le simple fait de venir, chronologiquement, après. A cela nuls mérites. Son savoir est avant tout un savoir-faire : son adaptation aux imaginaires sociaux de masse et à leurs incessantes métamorphoses. Avec moins de prétention et plus d’attention elle aurait pu constituer une sociologie convenable.

 

Deleuze, dans son idée de Pop Philosophie, créait me semble-t-il du mouvement – le sens communautaire de ce qui passe de main en main, dans l’amitié du partage et de la transmission. La Pub Philosophie, avec son phrasé de VRP avinés en quête du prochain gorgeon, n’est là que pour satisfaire à peu de frais les ambitions individuelles des nouveaux apprentis-maîtres à penser de la génération Laquelle ? Le seul son audible qu’elle émet est celui d’un piaffement énervé dans les starting box.

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2 septembre 2008 2 02 /09 /septembre /2008 16:47
Petit exercice : imaginer ce que donneraient des Sciences et des Arts qui ne devraient leur développement ni aux militaires, ni aux religieux, ni aux marchands. Tenter l'écart.
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2 septembre 2008 2 02 /09 /septembre /2008 09:27

Proposition : Qu'est-ce qu'un "poème translaté"?

1. Prenez une phrase. Par exemple : "Longtemps je me suis couché de bonne heure".
2. Faites-la transiter dans cet incroyable mixer que constitue un traducteur en ligne : traduisez la successivement en anglais, espagnol, italien, hébreu, japonais, russe, etc.
3. Au terme de ce déplacement automate, retraduisez-en le produit en français.
4. Dégustez frais.

Ainsi la phrase : "Longtemps je me suis couché de bonne heure", au terme du voyage, est devenue ceci :
"Dans la longue durée du temps, je suis le premier mensonge".
Le premier poème translaté. Une écriture automatique moins la psychologie. Nous le dédions à André Breton et à Georges Perec.

Partout où il y a du jeu dans la langue il y a, automatiquement, poème. La poésie est un accident lexical qui ouvre sur des sens inattendus. L'imaginaire n'utilise pas le langage, c'est le langage qui utilise l'imaginaire pour nous faire voir autre chose.
  


 

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27 août 2008 3 27 /08 /août /2008 10:58
Parfois il arrive que se disloque l'illisible.
Dans cette dispersion quelque langue disparue, jamais dite, s'aperçoit.
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27 août 2008 3 27 /08 /août /2008 10:44
Le livre véritable ne s'ajoute pas à la littérature, il la recommence.
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26 août 2008 2 26 /08 /août /2008 07:55

« Révolution », un peu comme « liberté », « démocratie », est de ces mots flatteurs qui en disent toujours trop ou pas assez. Des mots poseurs, devenus des logos pour penseurs affadis et lecteurs avachis. Cependant qui n’a jamais senti dans la moelle de ses os l’élan vital dont ils sont porteurs n’a jamais été jeune. Une ferveur, mystique presque, entoure de son aura sacrée cette notion de « révolution » - parce que sous cette brume toutes les promesses, tous les désirs, tous les lendemains qui chantent, toutes les rédemptions. Le mot « révolution » est un coït verbal – la trémulation de la langue quand elle jouit. Un paradis laïc.

 

Aussi l’érotique du mot « révolution » suffit-elle bien souvent à ceux qui en font usage. Et pour bien appuyer leurs dires, de citer « La Révolution française », matrice supposée de toute démocratie. Aurore de la liberté individuelle. Mythe fondateur.


Ce romantisme teinté d’ébriété verbale et de grandiloquence messianique, qui force et soumet le réel aux puissances de l’imaginaire, jette cependant un voile pudique sur la « restauration » qui succède généralement à toute « révolution » effective. La phase de terreur, de violence, de négation absolutiste du facteur humain. Dérive, ou être même de la révolution ? La « restauration » est-elle l’avenir systématique de toute « révolution » ? Le charnier, double maudit de la barricade ?


L’avenir d’une révolution n’est pas d’essence révolutionnaire. La révolution est coupée de son devenir. La pensée révolutionnaire n’est pas une eschatologie, une pensée de la fin. La révolution est à elle-même sa propre fin (Se méfier de toute pratique prétendant incarner, substantiellement, le Bien). Elle consiste en un dégagement d’énergie propre à renverser l’ordre établi, pour le remplacer par l’ordre nouveau né de sa propre fureur, de son propre élan. Comme un totalitarisme, tel que Hannah Arendt pouvait définir celui-ci : un mouvement pour le mouvement, vide de projet, dont le seul but consiste à produire une cinétique sociale incessante qu’un leader et son gang peuvent conduire où ils veulent, quand ils veulent. Pas de but, c’est-à-dire que chacun, quoi qu’il fasse, peut à un moment ou à un autre représenter le contre-révolutionnaire qu’il s’agit d’abattre. Pas de projet, donc pas de ligne : dans le totalitarisme comme dans la révolution, l’épuration n’a pas de fin : la fin, c’est l’épuration. Et comme le totalitarisme, la révolution assoit un pouvoir absolu. L’arbitraire hystérisé y devient la règle. La révolution n’abat pas le conformisme : elle fait que même la conformité n’est pas assez conforme pour éviter le châtiment. Car la conformité d’hier n’est plus celle d’aujourd’hui qui ne sera pas celle de demain. Ce n’est pas le conformisme qui disparait : sa forme vide, incessamment renouvelée, est au contraire une absolutisation du conformisme. Le souverain bien, infiniment recherché. La révolution se transforme alors en conformisme sacralisé : restauration totalitaire.


 Au fond les « révolutionnaires » d’aujourd’hui, parodiques pour la plupart, voudraient effacer cette Révolution française dont ils se réclament, et qu’il s’agirait de dupliquer. Revivre 89, par pose, par présomption. Etre « révolutionnaire » revient donc à nier l’événement absolu que la Révolution française constitue. Non. Plutôt terminer la Révolution française : aller jusqu’au bout de son élan et de ses enthousiasmes, jusqu’à la « communauté des affections » dont parlait Saint-Just dans la Première Constitution. 


On connaît en France d’anciennes et fort médiatiques figures de « révolutionnaires » : une habileté dialectique à toute épreuve, histoire de réduire tout opposant au silence, un ego démesuré, un manque total de générosité, une suffisance qui les rend passablement caricaturaux, une tentation assumée de tourner et retourner leur veste dans le sens du vent. Un goût du secret aussi, de la combine, un art de la dissimulation, du réseau, une ambition de prélat. Bref, on n’a peu envie, réflexe certes un peu anar, de se retrouver aux ordres de pareils fats. Je n’aime pas, décidément pas, la tronche de ceux que l’on sent aptes à détourner à leur profit l’énergie sauvage des révolutions. Mais faut-il pour autant en arriver, par individualisme forcené, à une attitude « contre-révolutionnaire », « réactionnaire » ?

 

C’est ici que la notion d’insurrection, de pensée insurrectionnelle, prend le pas sur celle de « révolution ». Elle ne s’oppose pas par essence à l’évolution. Elle provoque un sursaut spontané du collectif, dans un but clair – un renversement qui ne vise pas le pouvoir. Un désordre qui n’impose pas d’ordre nouveau. Elle a en elle cette magnanimité du désintéressement politique. Elle ne vise à aucune place. Elle a la grandeur de ces héros paysans que l’on voit, dans le film « Le Chagrin et la Pitié », revenir à leurs champs une fois gagné le combat de la résistance.

 

Alors oui, insurrection contre révolution.  Définitivement : la révolte qui vient ouvrir des mondes contre l’avenir toujours carcéral des révolutions vieillissantes.  

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25 août 2008 1 25 /08 /août /2008 15:32
Comment les individus hypermodernes croiraient-ils une seule seconde en l'universalité de l'Homme, s'ils passent tout leur temps à créer artificiellement des stratégies identitaires différenciantes ? 
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22 août 2008 5 22 /08 /août /2008 13:43

Premier roman. Si vieux premier roman. Moment de clôturer ce dernier travail de relecture. Tout ça a été long, trop d’années enchâssées, là. 1986-2008. Ne compte pas ; de toute façon c’est trop. Pour si mince résultat. Mais bon ; ça a pris son temps. C’est venu de loin. L’écriture est parvenue au stade exact qu’elle a souhaité pour elle-même. Je n’ai pas eu mon mot à dire. Je ne la juge pas. Pour le lecteur, ça, je ne sais pas. Existe-t-il vraiment ? Vingt ans, mon regard enfiévré de rôdeur des bois, confondu dans le temps de l’écriture, de la rature, de la réécriture, de l’indifférence – ce regard réitéré, à chacun de mes passages au Japon – combien, je ne sais même plus. Hakone, ce lieu le plus lointain, le plus solitaire aussi, où je passai quoi, deux jours, une semaine, à dormir à la belle sur les berges du lac - devenu l’espace sacré de mon récit – l’espace sacré de mon esprit. L’époque où, sidérés de voir ainsi un Occidental vagabonder seul, d’aimables Japonais me demandaient sans cesse : « Mais où est donc le reste de votre groupe ? ». Hakone - dernière vision, la neige du Mont Fuji, survolé au départ d'Haneda à destination d'Osaka, il y a cinq ans, à la saison des cerisiers en fleurs. Croiser mon héroïne dans une ruelle mal éclairée, tard la nuit, du côté de la gare de Shimbashi. Sentir que c’est elle.  Découvrir son nom : Kaoru, parce que ce nom porte en lui le chaos, le rugissement des ardeurs folles. Trouver sa demeure, l’observer longuement, fermée infiniment, plus que poing sur la douleur - un kiosque traditionnel dans un parc de Tokyo, vers la mer. Savoir que c’est là. Savoir que ça a lieu. M’écarter de tout ça, m’arrêter, passer à autre chose. Tant de pages, intercalaires, perdues, ou publiées sous la forme trompeuse d’essais. Pour la beauté du mot : essai. Puis retour ; se laisser tirer par la manche par les personnages. Vivre au milieu d’eux. Apprendre à leur contact. Puis à nouveau oublier. Mais voilà qu’ils s’agitent, menacent, exigent de moi une fin. Je la leur donne, un peu à contrecœur. Je n’aime pas ce point final, j’aurais voulu garder ça ouvert encore, encore à venir. Je rêvasse un récit où un écrivain ne vivrait que le temps que son livre demeure inachevé ; dont la vie, au point final, serait tarie. Ecriture, le fil d’Ithaque qui va et vient, suspend les heures. Voilà peut-être l’explication du pourquoi tout ce temps. Tenir l’ouvert. Savoir ne pas achever un livre. Faire de l’écriture le champ d’une expérience infinie, le temps, infini, d’une vie, d’une conscience.

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