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19 novembre 2008 3 19 /11 /novembre /2008 11:21

Harmonica : les histoires sérieuses commencent toujours passé minuit, à l’improviste de minuit, lorsque la neige dehors est dure et sale et tassée, sur les trottoirs où seul un blizzard à te percer les os. Alors : un caveau enfumé et au fond ce jeune type étrange, le regard dur comme des poings prêts à cogner, casquette, veste fourrée, là, sur la petite scène, un enfant presque, d’où vient-il, qui se bat comme il peut avec sa propre étrangeté dans un affrontement à la régulière, sincère, guitare barrée du capodastre, harmonica corne de brume, il souffle, limite, sait-il vraiment en jouer ou fait-il juste semblant, longues saccades échevelées, sauvages, plus déchirées que les lambeaux de la misère, visage impavide pourtant, comme s’il savait exactement de quoi il retourne, un noyé sous la glace qui regarde de tous ses yeux, passé la stupeur – quant à la voix elle ne cadre pas du tout avec le personnage, c’est celle d’un vieux trimardeur de Southern Pacific, un de ces gars qu’on voit traîner le long des voies ferrées, incrédules, prêts à tout pour brûler le dur, sac sur l’épaule, tête baissée, guettant le passage des immenses trains de marchandises pour se laisser glisser dans la nuit obscure du continent, un timbre qui vient de plus loin, de beaucoup plus loin que de lui-même, qui remonte sans doute au sans origine. Et tout à coup c’est là, devant vous, dans la brume glissent des fantômes, remuements de présences vagues – elles aussi viennent de loin. Elles sont là. Tu les vois. Il en vient de partout. La nuit est habitée.

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18 novembre 2008 2 18 /11 /novembre /2008 16:41

Meghna est une jeune poétesse d'origine bengalie, vivant à Paris. Avec Fenêtre sur l'Abîme (La Différence), premier roman publié sous le nom de Sumana Sinha, elle est une des auteures remarquées de cette rentrée littéraire. Sur son blog cette semaine la vidéo d'un entretien avec Michel Butor.

La voix extraordinairement posée de ce petit homme qui n'en finit pas de ressembler à notre Victor Hugo national, que nous dit-elle ? Elle raconte comment, à l'issue d'un voyage aux Etats-Unis, en 1960, Michel Butor a abandonné le roman, convaincu qu'il s'agissait là d'une forme dépassée (Tiens tiens : le roman serait-il donc soluble dans le voyage ?). Il se mit alors à écrire, de son propre aveux, "des livres très étranges", "cherchant une façon de raconter le monde".

Puis le travail avec les artistes, les peintres, les photographes, orienta son écriture vers la poésie.

"Ce n'est pas parce qu'on publie des milliers de romans que le roman est encore d'actualité, poursuit Michel Butor. En profondeur le roman est dépassé. Il était lié au livre comme mode de lecture. Aujourd'hui nous lisons autrement (hypertexte, textes mobiles...)." Et ces nouvelles lectures appellent la brièveté concentrée de l'écriture poétique.

Au-delà du roman, passée la frontière, hors des limites - toujours, la poésie.


Voir la vidéo de Michel Butor :
http://www.nuage-9.com/

 

Interview de Sumana Sinha sur France Culture :

http://www.radiofrance.fr/chaines/france-culture2/emissions/jour_lendemain/fiche.php?diffusion_id=66660

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7 novembre 2008 5 07 /11 /novembre /2008 19:09

Si nous avons pris la route, c’est pour ne pas faire racines de nos certitudes.
Si nous avons pris la route, c'est pour ne rien inscrire dans le marbre.
Lui préférer le sable, et le vent.
Notre loin dépasse l'imagination.
 

La vulnérabilité du voyageur m’est chère. Son dénuement porte une lucidité plus haute. Car pour qui veut vivre ainsi, il n’y a pas d’arrivée. Il n’y a que des départs.

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7 novembre 2008 5 07 /11 /novembre /2008 11:33

Dans l’autofiction, ce n’est pas l’écriture de soi qui est contestable, mais l’insignifiance des “soi” qui en font aujourd’hui usage.

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6 novembre 2008 4 06 /11 /novembre /2008 22:04

"L'éducation à la beauté, à la citoyenneté, relève d'un contrat social qui suppose des efforts. La télévision publique a suivi l'escalade de la vulgarité. La littérature ? La pauvre ! Elle ne peut entrer en compétition avec tout ça sans se fourvoyer..."

 (Antonio Tabucchi, Le Monde 2, 11 octobre 2008)
 

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5 novembre 2008 3 05 /11 /novembre /2008 14:32

Rien d'autre. La joie. Sans mélange. Il n'y a pas d'homme providentiel. Mais il existe un pays assez libre pour passer du putch bushiste au vote Obama.

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4 novembre 2008 2 04 /11 /novembre /2008 21:14

Surmonter la littérature moderne sans rien en renier (Joyce, Musil, Proust, Faulkner), dépasser la phénoménologie et le solipsisme en philosophie, en finir une fois pour toute avec l'ethnocentrisme en politique. Voilà l'urgence.

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3 novembre 2008 1 03 /11 /novembre /2008 10:44


Rencontré ce week-end deux musiciens, Martin (Violoncelle) et Kimberlee (Violon) McCarricks. Stupéfiantes leurs compositions : tout le baroque, la luxuriance désanchantée des mondes urbains frappés-hantés par le spectre du 11 septembre. Une justesse dans le dark ; une élégance absolue. Une musique pour les temps qui s'annoncent.

http://www.myspace.com/themccarricksmusic

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29 octobre 2008 3 29 /10 /octobre /2008 11:54

Il paraît que ce foutu vieux premier roman que je trimballe depuis si longtemps participera à la rentrée littéraire de janvier. A mon âge, ça ne fait pas très sérieux ! Travail sur les épreuves. Savoir ne rien attendre d'un livre, sinon la trajectoire sur laquelle il s'inscrit et qui vous aidera peut-être à accomplir la suite. Qu'il aide les suivants à venir, ce récit - ils sont là, pour la plupart, plus ou moins écrits déjà. Qu'il soit comme un tableau dans une galerie : une simple proposition et c'est tout. Qu'il dise : voilà une des choses qu'il était possible d'écrire. Voilà comment cela pouvait être fait. Surtout qu'on ne me demande pas de le "commenter". Je me retire de lui à présent, à petits pas, comme on quitte la chambre de l'enfant que l'on vient tout juste d'endormir.

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24 octobre 2008 5 24 /10 /octobre /2008 07:14

Il est temps à présent de gagner sa vie autrement qu'en faisant de l'argent. Le regard d'une femme, la poussière du chemin, un peu d'encre, de papier - et ce désir d'aller.

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