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19 octobre 2012 5 19 /10 /octobre /2012 10:06

 

 

 

 

Sur la question de la « digital generation » et de la nouvelle « web-culture », comme l’idiot qui regarde le doigt quand on lui montre la lune, on s’attarde un peu trop sur les tuyaux et pas assez sur leurs conséquences. Ce qu’il y a de remarquable dans cette nouvelle gestion de l’information instantanée, c’est avant tout le règne de l’accès direct aux données. Avec Internet, nous n’avons plus à passer par la médiation de ce que l’on nommait autrefois une « culture » ; savoir vaguement où regarder suffit. D’un état d’esprit structurant on passe à un pragmatisme décomplexé et désinvolte. Que devient la culture lorsque la donnée, n’importe laquelle, est en accès direct  partout et tout le temps, et que son acquisition ne requiert plus de réelle compétence ? La « digital generation » a déjà très bien appris à se passer de la médiation culturelle ; créant un rapport nouveau avec elle, sans forcément la marginaliser. Une mutation est à l’œuvre.

La culture est ce qui reste quand on a tout oublié ; que se passe-t-il quand tout le stock de données est délégué à la machine, devenue ainsi notre mémoire auxiliaire ? Ce qu’il est encore trop tôt à déterminer, c’est si cette fonction-mémoire était ou non architectonique de la culture, consubstantielle à son processus d’élaboration. Si tel était le cas, alors nous nous dirigerions tout droit vers un monde sans culture. Mais le pire n’est jamais sûr. Ce peut être tout aussi bien l’inverse : considérant comme réglée la question de cette fonction-mémoire grâce au web, peut-être allons-nous au contraire approfondir la dimension culture en se concentrant davantage sur elle.

Weimar n’a pas évité Auschwitz. Il a toujours manqué à la culture à l’ancienne un élément déterminant pour s’ériger en conscience, et en conscience partageable. La mutation en cours, si elle présente effectivement le risque de l’effacement de la culture au sens ancien, est aussi l’occasion d’en repenser les enjeux pour en faire un véritable bain de conscientisation ouvert à tous - l’occasion d’inscrire véritablement la culture comme une donnée fondamentale de notre quotidien.

 

(Copyright  Gérard Larnac 2012)

 

 

 

 

 

 

 

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18 octobre 2012 4 18 /10 /octobre /2012 12:03

 

 

courir encore les routes par les froids infernaux Dharma Bums intraduisibles tout est à l'arrêt les machines elles-mêmes sont à l'arrêt dans le Now/Here NowHere de la travelling zone tu tournes en rond tu fausses compagnie prêt à tout pour sauter hors du monde dans le premier train qui passe et fendre l'horizon nom de dieu jusqu'au con juteux du levant allez garçon il est temps d'embarquer mais rien ne vient rien ne passe ni train ni autocar les avions sont en panne et les ports désertés bel entonnoir de l'avenir je t'emmerde je te préviens je ne me rendrai pas vivant les machines à dégoupiller le temps maintenant ça suffit rien n'est en ordre de toute façon l'océan baratte nos vieilles viandes à rêves et le ciel nous enclume à des étals brûlants le World Trade Center est le trou dans la tête des nations suicidées par le fric quelle importance oh pas la moindre tu ne vas tout de même pas chercher un sens à tout ça même les aérogrammes ne partent plus et les terrains d'aviation redeviennent peu à peu des terrains vagues où finit de se consummer le vide de nos destinations vides.

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16 octobre 2012 2 16 /10 /octobre /2012 18:11

 

Criture automate Hôtel des Grands Hommes tout près du Panthéon ---- Breton Soupault 1919 ---- les mots ineffacés des langues de hasard ---- Bohemian Heart Beat ---- j’ai rendez-vous avez Lula-Nash Pélieu rue Mouff dans un café ---- petite femme en cuir de quelque soixante-dix printemps « un désastre ambulant » dit-elle mais un désastre riant aux éclats, Lu la Muse prôlotte là juste derrière ma 16 --- et le Pélieu de ce début des années 60 devenu possessif trop bourré junky alors Yeux-Verts comme il l’appelle elle joue les filles de l’air elle s’esbigne se carapate, ces lettres-poèmes au cul comme les sirènes de flics après braquage. Braquage de l’amour, elle en connaît un rayon la Lu dans le Now/Here NowHere de la travelling zone ---- et Claude qui balbutie balbutie comme un possédé ---- obstiné incrédule frappé à mort déboussolé, n’osant croire à l’inconcevable. Crève, cœur. Shooteuse Lula télescripteur ---- la phrase avance, se débat. Rien à faire. Lu vit sa vie, empile les lettres chocs électriques sans les lire ---- parce que trop dur, parce que trop tard ---- passe à autre chose : elle fréquente Roger Blin, le Living Theater, l’univers du rock (notamment Peter Green des Fleetwood Mac et le guitar heros Alvin Lee des Ten Years After), les acteurs d’avant-garde Pierre Clémenti et Jean-Pierre Kalfon.  Allen Ginsberg, qu’elle rencontre au milieu des années 70 : trop nu, trop gras, top laid et obsédé avec ça, toujours à reluquer le cul du moindre jeune mec qui passe, poète vieillissant au milieu de cette jeunesse rock en cuissardes et jupe raz-la-touffe… Pélieu a fini par partir avec Mary Beach qui bosse chez City Lights, la librairie de Ferlinghetti à North Beach, SF. Mais jusqu’au bout cet amour Beat ---- Yeux-Verts, inoubliable, inoubliée.

 

Pélieu avant de passer, un jour de 2002, a relu le manuscrit final, donné son imprimatur. Le dernier recueil de Claude Pélieu constitue la meilleure introduction à l’œuvre TNT du "seul poète beatnik français". Plus : du dernier maillon de la poésie surréaliste. 

 

 

 

Un Amour de beatnik – Lettres à Lula-Nash 1963-1964, de Claude Pélieu (Editions Non Lieu, 2012).

Studio Réalité, de Claude Pélieu (Le Castor Astral, 1999).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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11 octobre 2012 4 11 /10 /octobre /2012 07:58

 

L'art se veut désormais décoratif. L'air de ne pas y toucher. Du plaisir immédiat avant tout.

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29 septembre 2012 6 29 /09 /septembre /2012 15:49

 

 

Inquiéter les routines

 

 

1.

 

Ecoute le bruit rouillé

girouette et vent toxique

allez allez

fini de rire

tout le monde est mort

la postérité tire la gueule

à l’angle des rues vides.

 

2.

 

On n’écrira plus de livre. Pas comme ça.

Plus maintenant. Avec cette mesquine gravité

de none le cul à l’air.

Plus de type avec une tranche de jambon

sur la queue

à se demander que faire après

s’il faut continuer

à faire le malin

ou pas.

 

  

                                                                              es-tu encore vivant,

dis ?

          3.

 

Les trottoirs brûlent

ils ne nous portent plus.

Noirs, huileux comme des mares

- inattentifs à nos pas d’hommes

semelles, bedaines,

mâchoires serrées à te faire

exploser les dents.

 

4.

 

Foxtrot Planet News

Edité chez Fuck You Press, 261 Columbus Avenue San Francisco CA 94133

un titre et rien d’autre

la danse des pages blanches

mets-y ce que tu veux

n’importe quel monde fera l’affaire

pourvu seulement que ce ne soit pas celui-ci

 

  

e
s
-
tu encore vivant, dis ?

 

 

Es-tu encore vivant,

dis ?

 

5.

 

C’est l’heure où

tu devrais dessouler ou te soûler pour de bon

poussant l’état d’alerte à la limite extrême.

Les vraies belles les vrais beaux les vrais libres

de toute façon

ne sont plus là.

Quelle différence ça fait.

 

6.

 

L’homme vrai pour autant qu’il existe

il titube il bafouille.

Toute cette foutue lumière l’aveugle

Il reste là pourtant

balbutiant l’effroyable

buvant son Chianti aux terrasses immobiles de North Beach

griffonnant de furieux kama-sutra électriques

sur le dos des menus

e
s
-
tu encore vivant, dis ?

 

Es-tu encore vivant,

dis ?

 

7.

 

Dans la nuit tous les trains ont flambé.

Sous la verrière oeil crevé des gares de la contre-culture

Allen Ginsberg Jack Kerouac William Burroughs Brion Gysin Neal Cassady Gregory

Corso Claude Pélieu Lawrence Ferlinghetti Michael McClure Gary Snyder Bob Dylan

Ken Kesey Tim Leary

dansent au son pesant des muses folkloriques

à pas lent dans les gravas.

Plus de temps pour la frime. Au-dehors

c’est glacial.

 

8.

 

A moins d’écrire bien sûr

après le point final.

Noircir le paysage

inquiéter les routines

transmettre les rudiments obscurs

d’une langue inconnue

 

e
s
-
tu encore vivant, dis ?

 

Es-tu encore vivant,

dis ?

9.

 

Le chant répugnant de l’oiseau sans tête.

Quelqu’un demande à quelle heure

commence le premier set

Mais le guichet roucoule

et bruit désagréablement

de tant d’ailes à l’étroit.

Le temps presse.

 

10.

 

En ce temps-là figurez-vous

la mémoire n’avait pas tout envahi

nos corps faisait de l’auto-stop dans la neige

et l’amour dans des cuisines solaires avec des inconnues.

il y avait encore si peu d’espace

entre nos désirs et nos vies.

Vieillir c’est ça.

C’est réduire l’enthousiasme à nos doutes

sans être capable

d’en mourir sur le champ.

 

 

e
s
-
tu encore vivant, dis ?

 

Es-tu encore vivant,

dis ?

 

 

11.

 

il y a des fleurs qui ne poussent

que dans les souterrains

il n’y aura pas de prochaine fois

il n’y aura pas de seconde chance

tu n’es pas dans un jeu radiophonique

à la con

tout est maintenant

ou jamais

 

12.

 

là où la mer se brise

le cri parle

encore faut-il atteindre

cette solitude de sutra et de plein vent

sans pop-corn

sans smartphone

dans le silence enfin reposent

nos mains d’artificiers.

 

 

  Gérard Larnac - septembre 2012.

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27 septembre 2012 4 27 /09 /septembre /2012 12:37

 

 

Je suis le plus souvent, je le confesse, en retard d’une rentrée littéraire ou deux. Façon de laisser retomber l’hystérie médiatique, mais aussi le prix des ouvrages. Il n’y a guère que mon vieil ami ronchon, l’écrivain Orlando de Rudder, pour me voir en parvenu de l’écriture ; donc vive l’édition de poche !

Shumona Sinha, donc, dont le dernier roman vient de sortir en Point-Seuil. J’ai fréquenté son site il y a déjà un bon moment, découvert sous l’exquise jeune femme pleine d’esprit et de sensualité une poétesse de premier ordre ; elle fut en 1990 la lauréate du prix du meilleur jeune poète du Bengale (elle est née à Calcutta).

C'est l’an passé que les Editions de l’Olivier faisaient paraître ce second roman : « Assommons les pauvres ! » qui ressort aujourd'hui : un titre baudelairien qui vous saisit tout de suite au colback. Envers du décor policé du « politiquement correct ». Shumona place son cadre, éminemment contemporain : l’univers administratif des demandeurs d’asile. Un monde qu’elle connaît bien, pour avoir été effectivement interprète à l’Ofpra (Office français de protection des étrangers et apatrides) – avant que son roman, précisément, ne lui devienne un motif de révocation.

Traduire, pour la narratrice, relève d’une double trahison : trahison de la langue, trahison de cette peau que lui a donné la nature et qui la placerait du côté des « requérants », n'était son dégoût instinctif pour leurs mensonges, leurs faux-semblants. Entre Cour des miracles et Tour de Babel où plus personne ne comprend plus personne, cet « Office » voit passer les mémoires fragmentaires, reconstruites à coup de récits bricolés et de balivernes intenables, inaudibles trop souvent, de toute la misère humaine. Prise au piège de cette déchirante tectonique qui est celle de ces hommes coupés en deux que l’on dit « migrants » et que le jargon administratif qualifie de « requérants », la narratrice, qui partage avec eux la distance affolante des origines lointaines, finit par fracasser une bouteille sur un crâne. Un geste baudelairien qui nous rappelle que soulager nos consciences n’est rien ; ce qu’il faut vis-à-vis de celui qui fuit misère à travers le monde c’est lui rendre « l’orgueil et la vie ».

Langues d’emprunt, langues organiques, langues maternelles occultées… Le lumineux roman de Shumona Sinha est aussi, surtout, un formidable répertoire des paroles et des silences dans ce monde surmoderne tout encombré de frontières (celle de l'autre, celle du désir, celle de soi...), une errance lucide parmi discours fracturés, couturés, contournés, travestis, inventés, tus, fautifs mais non coupables, de qui ne demande au fond rien d’autre que le droit à la simple survie.

Plonger dans l’humanité et l’aimer pour de bon nécessite parfois de l’assommer à coup de bouteille ; afin de réveiller la vie qui pulse tout au fond d’elle. Tel est ce que nous rappelle, à travers son écriture vibratile et splendide, le formidable roman de Shumona Sinha.

  

 

 

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23 septembre 2012 7 23 /09 /septembre /2012 15:53

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(Copyright Gérard Larnac septembre 2012)

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23 septembre 2012 7 23 /09 /septembre /2012 10:07

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Le DiKtAt dU
COMPRéHenSIble

a fAiT dE lA
rEVoLuTiOn
SuRRRéaliste
NoTrE CoMmUn
HAVRENIR
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7 septembre 2012 5 07 /09 /septembre /2012 07:45

 

 

Il y a dans l'idée de "globalisation" le sentiment de toucher aux limites. Dès lors l'aspiration à l'Ouvert, au Possible qui nous venait jadis de notre sens de l'inconnu, de notre désir de terrae incognitae dans le blanc des mappemondes, décroît inexorablement. Il nous faudra réouvrir le Possible, par delà la globalisation, pour retrouver la marche avant de la civilisation.

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22 août 2012 3 22 /08 /août /2012 15:18

 

Sur le boarding pass

British Airways

du 25 juillet 2012

pour le vol 285 de 11 heures 30

à destination de Frisco

Porte B 45

cette mention :

« World Traveller ».

Le titre peut-être

d’un prochain recueil.

 

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