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26 février 2013 2 26 /02 /février /2013 09:52

 

 

L'impression tout compte fait de ce formidable vacillement, de cette formidable erreur qui consista à publier mon dernier livre. Combien de temps pour remonter en selle ? Combien de temps pour retrouver le temps long de la méditation sobre, crayonnante et liseuse ? Le monde de l'édition répète qu'il n'y a pas de chef-d'oeuvre caché au fond d'obscur placard. Je ne le crois plus. Il me semble au contraire qu'à partir d'un certain niveau de conscience, le travail ne passe plus par l'édition.

 

Je suis comme le drogué au terme du sevrage. Je goûte le matin comme s'il était le premier. L'odeur crue de ce vent plein de neige.

 

J'offre un texte à Lu Pélieu (la femme de Claude, quoi, je n'en reviens pas de la connaître!) dans un bar de la rue Mouff'. Un quotidien d'Alger cite mon travail (un conte sur la liberté radicale courageusement publié par une splendide revue algérienne). Des extraits de mes "Prophéties barbares" sont sortis en cd, accompagnant les guitares sombres et saturées de Christophe Samarsky. J'y suis présenté comme une sorte de misanthrope qui ne me ressemble guère ; mais qu'importe. Mon ami Yaset me fait toujours l'honneur de son fanzine underground Quetton - rare, précieuse fidélité. Nathalie Riera, dans la première édition papier de sa somptueuse revue Les Cahiers d'Eucharis, m'accueille avec bienveillance. On me dit que quelques poèmes de ma série Beat pourraient bien finir par être publiés. L'an passé quelques vers dans la revue Haïtienne "Point Barre". Jours tranquilles.

 

Rien de grandiose. De l'amitié. Des rencontres. Du partage.

 

Plus le stress de prendre la parole pour faire l'intéressant.

 

Sur la scène rire. En coulisse aimer, travailler, étudier, méditer. 

 

Savoir ne pas en demander davantage.

 

N'attendre rien pour atteindre le tout.

 

 

 

 

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26 février 2013 2 26 /02 /février /2013 09:48

 

 

 

Non les hommes et les femmes ne sont pas égaux.

Seule la femme grâce à ses combats a obtenu les lois Neuwirth et Veil, a pu sortir de son paradigme déterministe. Hors de l’état de nature. Un parallèle utile eut été la sortie par l’homme du patriarcat et des modèles hiérarchiques d’autorité et de pouvoir. Ce n’est qu’une fois ceci fait que l’homme se trouvera l’égal de la femme.

 

Gérard Larnac

 

 

 

 

 

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14 février 2013 4 14 /02 /février /2013 11:07

 

 

 

Tenir les deux extrêmes : la recherche obstinée d'un chemin vers une vérité possible, une clarté, aussi vacillante soit-elle (donc l'essai), et l'art littéraire le moins soumis, le moins vassalisé à l'empire du sens, de la signification comme spectre phantasmatique, comme fausse maîtrise et vrai outil de domination (donc la poésie).

 

Le roman ? Aucun intérêt. La conception que nous en avons est désormais trop étroite et ses usages trop frelatés. Il n'a plus de jus, le roman, il n'est plus le théâtre d'aucune lutte, d'aucun enjeu, d'aucune innovation sérieuse. Que l'on se débarasse de l'encombrant cadavre.

 

 

 

 

 

 


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1 février 2013 5 01 /02 /février /2013 10:01

 

 

L’économie productiviste, devenue consumériste, opère une nouvelle mutation vers une économie dite « contributive ». Le monde entier s’y prépare, en Chine comme aux Etats-Unis. Un nouvel état d’esprit  planétaire. Enfin un avenir digne de ce nom pour nos sociétés post-industrielles.

Dans les années 60 et 70 du siècle passé, la cohésion sociale était forte, l’organisation des entreprises était strictement  pyramidale, les salaires progressaient régulièrement, l’ascenseur social fonctionnait à plein et le lien social était assuré. Aujourd’hui  les stratégies d’externalisation et de délocalisation ont réduit la notion de travail à un coût qu’il s’agit de faire baisser toujours plus. L’entreprise fluide s’horizontalise à partir d’une myriade de sous-traitants, dont la sélection s’opère selon le seul critère qualité/prix, voire uniquement prix. La compétence devient une charge. Le salaire réduit à un coût n’a plus d’autre vocation que de baisser toujours plus, quelles qu’en soient  les conséquences morale, sociale, écologique et politique. Les liens sociaux se distendent. Les solidarités anciennes disparaissent. Tout devient compétition.

Du coup ce n’est plus l’entreprise qui est pyramidale, c’est la société toute entière qui le devient, dans des proportions jamais vues, et tel qu’on ne le pensait plus possible. La colère monte. L’incompréhension. La déprime. Les boucs émissaires habituels en période de décohésion sociale sont désignés : l’étranger, l’immigré, l’autre. Ce n’est pourtant pas l’immigré qui nous rend étrangers dans notre propre société, ce sont les chemins étranges que notre société a décidé d’emprunter depuis quarante ans pour édifier, à l’écart de toute logique démocratique mais au vu et au su de tous, la forteresse imprenable des nouvelles oligarchies.

Les ressorts du monde qui est le nôtre sont bien connus. Le premier est idéologique. Certains le nomment « la révolution conservatrice » (Milton Friedman et l’école de Chicago, mise en musique par le thatchéro-reaganisme et reprise un peu partout sous la forme de financiarisation de l’économie). Le deuxième est technologique : l’apparition d’un formidable démultiplicateur de productivité, l’informatique. Le troisième enfin est géographique : la globalisation et son corollaire, la délocalisation.

L’économie fondée sur l’exploitation des ressources tend de plus en plus à disparaître. Un nouveau modèle émerge, réticulaire, fortement contributif. Il ne s’agit plus d’exploiter ni de posséder, mais de partager. De cette nouvelle économie de la contribution on connaît les outils, au premier rang desquels le web. Mais sa logique nous reste étrangère : plus on donne et plus il nous est donné. Car sa matière première est infiniment duplicable : l’information.

Depuis la mise en question de l’économie financiarisée et de ses dogmes (notamment sous l’effet de  la crise de 2008), nous entrons pour la première fois de notre histoire dans une civilisation mondiale où la création de la société nouvelle se fonde sur la préservation des ressources naturelles et l’apparition d’une intelligence collective à échelle planétaire. Tout est à réinventer : la culture managériale, l’espace marchand-non marchand, la logique des échanges, la pratique déterritorialisée des territoires, les nouveaux modes de rémunération … Les blocages, on s’en doute, sont considérables ; car c’est la notion même de pouvoir, dans sa globalité, qui est remis en cause. Idem pour le travail, la consommation, la gouvernance, la logique des affaires, la citoyenneté, l'éducation, la culture....


Aux Etats-Unis on n’a jamais attendu « le marché » pour décider  d’investir dans les secteurs de transformation profonde de la société, l’industrie cinématographique ou  l’économie numérique notamment,  pour  assurer leur développement. Dans les deux cas il a fallu la main bien visible de l’Etat, au niveau fédéral. Et où sont investis aujourd’hui les fonds publics américains ? Dans l’économie contributive, dans « l’open source ». Même la Commission européenne en est convaincue : cette évolution est inéluctable. Ce nouveau modèle économique devrait représenter dans trois ans un tiers des échanges numériques, et s’étendre à bien d’autres domaines. Outre-Atlantique, des voitures sont déjà entièrement conçues et réalisées de façon contributive, notamment un 4x4 pour l’armée.

Ce changement de paradigme va bouleverser radicalement notre existence. Aux figures traditionnelles, et parfois antagonistes, de producteur et de consommateur, va se substituer celle de  « contributeur » ; un acteur qui sera à la fois l’un et l’autre. Les formes disciplinaires du travail traditionnel, basées sur le système sanction /récompense,  vont laisser place à ce que l’on appelle « individuation » : la capacité de chacun à se perfectionner lui-même, à sa façon. Dans un processus contributif l’autorité décisionnelle n’est jamais fixée : c’est la pertinence de l’initiative qui compte, et non le prestige de celui qui en prend la responsabilité. Plus de poste ni de privilège : juste un agir.

La barrière entre travailleur et entrepreneur sera levée. Les individus vont gagner en autonomie, en curiosité, en intelligence, en utilité sociale, en estime de soi. C’en sera fini de la consommation pulsionnelle, du ressassement infini des idées reçues, de la passivité citoyenne. L’opportunité devant laquelle nous place la période historique qui est la nôtre est claire : réactualiser la pensée des Lumières. Mais ne nous  y trompons pas : les blocages seront énormes, violents. Lespetits roitelets de l'ancien monde ne laisseront pas faire.


Au cours de la seconde moitié du XIXème siècle la loi dite « d’enclosure » imposa en Angleterre la privatisation des espaces communs, champs et pâtures, en vue d’améliorer les rendements agricoles. Ce mouvement général de privatisation des biens communs n’eut alors plus de fin : eau, énergie, services… Avec pour conséquence la plus immédiate la destruction du lien social et des solidarités anciennes issus précisément de ces partages collectifs. Il n’est pas interdit de penser que l’ère de l’économie Open Sources constitue une rupture radicale avec ce processus continue d’enclosure qui a eu cours jusqu’à aujourd’hui.

Vers un 1789 numérique et organisationnel ? Telle est en tout cas la promesse de l'économie contributive.

 

 

 

 

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27 janvier 2013 7 27 /01 /janvier /2013 14:28

 

 

1.

 

Mon vieux fond anar se régale à l'avance du chaos, que produira la rencontre entre une économie soumise aux cotations haute fréquence, par ordinateur et à la nanoseconde, et une information elle aussi haute fréquence, elle aussi générée entièrement par ordinateur et à la nanoseconde.

 

Ce grand éclat de rire est pour bientôt.

 

Gageons qu'il ne sera, lui non plus, relié à aucun cerveau humain.

 

 

 

2.

 

 

Lorsque la finance haute fréquence rencontrera l’information haute fréquence, il est à craindre un crash de très haute intensité.

 

 

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27 janvier 2013 7 27 /01 /janvier /2013 11:16

 

 

 

La seule critique dangereuse et radicale, c'est la critique politique en acte de la démocratie. Parce que dans nos pays l'emblème du temps présent, son fétiche, c'est la démocratie. Tant que nous ne saurons pas mener à grande échelle une critique créatrice de la démocratie, nous stagnerons dans le bordel financier des images. Nous serons les serviteurs du couple formé dans la pièce de Genet (ndlr : Le Balcon) par la patronne du bordel et le chef de la police : le couple des images consommables et du pouvoir nu.

De quelles sortes d'images désimaginantes avons-nous besoin, nous qui tentons de maintenir ouverte la porte par laquelle on s'évade de la caverne de Platon, du règne démocratique des images sans pensée ? Comment trouver la force de nous évader de l'imagerie contemporaine, et de devenir les communistes d'un nouveau monde ? Comme le dit dans "le Balcon" un des révoltés : "Comment approcher la Liberté, le Peuple, la Vertu, et comment les aimer si on les magnifie ! Si on les rend intouchables ? Il faut les laisser dans leur réalité vivante. Qu'on prépare des poèmes et des images, non qui comblent mais qui énervent."

Préparons donc ces poèmes et ces images qui ne comblent aucun de nos désirs asservis. Préparons la nudité poétique du présent.

 

Alain Badiou

Leçon prononcée le samedi 26 janvier 2013 à la Sorbonne sous le titre : "Pornographie de la démocratie".

 

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20 janvier 2013 7 20 /01 /janvier /2013 19:14

 

 

Une erreur de calcul dans les équations du FMI ? Fallait-il attendre la mathématique pour constater les dégâts sociaux occasionnés par le remède qui tue, imposé depuis des mois par "la troïka" (FMI, Banque centrale, commission européenne) ?

 

Et pourquoi, si étrangement, cette information, passée sous silence par les média de masse, ne provoque-t-elle absolument aucune réaction, aucun revirement, aucun mea culpa, aucun démenti ? La troïka ne se trompe pas, elle nous trompe. Si l'austérité n'est pas un remède, c'est qu'elle peut s'avérer un but.

 

Qu'on le sache ou pas, qu'on l'admette ou pas, la marche avant de la paupérisation continue des peuples, et leur asservissement, est enclenchée. La "crise" actuelle n'est que le moment d'accélération d'un processus qui date de Milton Friedman et de l'Ecole de Chicago, expérimentée au Chili en 73 et depuis répandu sur terre comme un gaz mortel : l'ultra-libéralisme. Moins de social, plus de contrôle, moins de liberté.

 

La question est de savoir combien de temps tiendra la double pensée dans l'esprit des citoyens, sur le mode "je sais mais je fais comme si". Car la séquence qui s'est ouverte avec la crise des subprimes, les tripatouillages Goldman Sachs et la transformation de la dette privée en dette publique a mis à la vue de tous les mécanismes iniques dont nous sommes victimes.

 

Nous savons.

 

Et vous savez que nous savons.

 

Le pas suivant ne peut être que la violence d'Etat, puisqu'il ne sera pas le traitement social. Mais alors il faudra que l'Etat nous regarde dans les yeux.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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16 janvier 2013 3 16 /01 /janvier /2013 10:19

 

 

 

"Comment peut-on encore écrire des romans ? quand se désagrège autour de nous notre vieux monde, quand je ne sais quoi d'inconnu s'élabore, que j'attends, que j'espère, et que de toute mon attention j'observe lentement se former".

 

André Gide, Journal, 6 juin 1932.

 

 

L'époque des grandes réécritures a débuté. Un peu comme les marées d'équinoxe. Elles découvrent de grands sites inachevés, de grands chantiers délaissés, de vastes panoramas insoupçonnés. Je reprends tout. Tout ! L'édité comme l'inédit. Avec une urgence nouvelle : le "venons-en au fait" qui m'a fait jusqu'ici si cruellement défaut. C'est une marche désentravée. J'attente à mes livres jusqu'à ce quon ne puisse plus rien leur donner sans les endommager. Je descends dans les souterrains. Je suis un mineur de fond. Je cherche le dur du vrai de vrai filon.

 

 

 

 

 

 

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13 janvier 2013 7 13 /01 /janvier /2013 11:51

 

 

Que serait un monde sans livre, gouverné par le cynisme et l'avidité, la distraction et la soumission, la cruauté et l'ignorance ?

 

Le nôtre.

 

 

 

 

 

 

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9 janvier 2013 3 09 /01 /janvier /2013 15:44

 

 

 

Manuel de survie en zone de tempête

Pour Yaset

 

« Ce qui vient au monde pour ne rien bouleverser
ne mérite ni égard ni patience ».  (René Char)

 


Lorsque Yaset, pour le Quetton nouveau, m’a demandé mes « recettes pour résister », j’avoue que je suis resté un peu perplexe. C’était m’accorder là une confiance que je me garderais bien de m’octroyer moi-même.

Cependant le verbe « Résister » a suscité immédiatement des noms, des visages, des images : Aung San Suu Kyi, Nelson Mandela, l’inconnu qui arrêta la colonne de chars sur la Place Tien An Men, Bobby Sands, le chanteur chilien Victor Jara, plus près de nous les trois filles des Pussy Riot…

Je songeai aussi à ces deux vieux agriculteurs qu’on voit dans le film « Le Chagrin et la Pitié » : buvant le vin au cul de la barrique, claquant la langue et parlant tranquillement de la façon dont ils avaient organisé le maquis local durant l’Occupation. A la Libération ils n’avaient demandé ni poste ni distinction. Ils s’étaient contentés de reprendre leurs labours là où ils les avaient laissés.

Des hommes.

De quoi, au moment de mourir, se sentir fier quand même d’avoir appartenu pour un temps à cette étrange espèce humaine. Résister : on ne peut décemment vivre qu’à cette hauteur-là.

Alors, afin d’honorer la demande de l’ami, et pour ceux que ça pourrait intéresser, je me suis mis à griffonner quelques indications possibles.

 

*

 

1.      La résistance n’est que la conséquence et la preuve de l’esprit de révolte. L’esprit de révolte la preuve et la conséquence de l’imagination.

2.      Que ta révolte ne soit rien comparée aux hauteurs de ce qui la rend nécessaire.

3.      Résister, c’est restaurer l’intégrité d’un monde possible.

4.      Renverser la limite pour la transformer en possible.

5.      Que la résistance soit d’abord la marque de ce qui en toi avance, confronté aux forces de l’immobilité et de l’inertie.

6.      L’insurgé est pareil à l’artiste véritable : il est le premier d’une espèce qui n’existe pas encore. La solitude est le plus souvent son lot.

7.      A force de faire place à ce que nous refusons nous finirions par ne plus voir le monde qu’au travers de l’image incomplète et maussade d’un miroir fêlé.

8.      Soit athée, avec le sens du sacré.

9.      Ni Dieu ni Maître. Mais des maîtres, au sens chinois du terme.

10.  Fais de toi-même le premier objet de ta révolte.

11.  Entier dans l’action, avec le sens du tout.

12.  Vis sans posséder : tu n’es qu’un passant, un passeur. Voyage léger.

13.  Evite toute situation qui t’imposerait la recherche des honneurs et de la reconnaissance.

14.  Le seul qui doive te reconnaître, c’est toi-même.

15.  Apprend chaque jour à tenir droit.

16.  Sache voir l’inconstant sous la permanence et la permanence sous l’inconstant.

17.  Toute révolte qui ne naît pas d’abord d’un élan de générosité n’est qu’une herbe frelatée. Une défaillance.

18.  L’esprit entièrement pacifique, les mains expertes en armes de toutes sortes.

19.  Sois fidèle aux principes, sois fidèle aux changements.

20.  Un acte n’est rien s’il ne se réfère au contexte large dans lequel il s’inscrit. Rien ne porte en soi de signification.

21.  Une vérité vagabonde, jamais fixée.

22.  La révolte est comme la créativité artistique, elle doit répondre à une nécessité intérieure. Ni pose ni calcul. La seule évidence. Let’s roll.

23.  Si tu n’es pas satisfait de la place qu’on t’a donné, ne rapproche pas la chaise, tire la table vers toi.

24.  La subversion ne se décrète pas a priori, elle se constate après coup.

25.   Ne perd pas ton temps à te révolter contre la mort, la nature, le sort. Concentre tes attaques sur ce qui dépend directement de ton action.

26.  Evite d’avoir commerce avec ceux que tu méprises. Garde ta confiance dans ce peu que tu chéri.

27.  Médite longuement afin de purger ton esprit des concepts et des idées. Puis agis promptement.

28.  Soi libre de tout, et plus encore de toi-même.

29.  La résistance ni la révolte ne sont une fin en soi. Ils ne sont que ta réponse devant le manque d’imagination et de magnanimité.

30.  Conserve jalousement tes ferveurs premières. Ne t’éloigne jamais suffisamment de leur source vive au point de ne plus pouvoir les montrer du doigt.

31.  Préserve-toi de l’épuisement et de la résignation.

32.  N’affronte pas la tempête. Deviens la tempête.

33.  La révolte est cette violence disruptive propre à tout ce qui est occupé à naître.

34.  Si le monde est en ordre tu peux y participer. Si le monde est en désordre, fais-toi oublier en attendant le moment propice.

35.  Nous sommes tous les membres oubliés d’un réseau dormant qui attend d’être réactivé.

36.  La propagande est à la démocratie ce que la violence est à la tyrannie. Ne garde ton attention que pour ce que l’on ne voulait pas te montrer.

37.  La politique n’est pas toute la question, elle ne porte seulement que sur les conditions d’énonciation de la question.

38.  Ne t’enferme pas dans un rôle, fut-ce celui de l’insurgé.

39.  Soi toujours en avance d’un temps, d’une ferveur, sur la chose politique.

40.  La première chose qu’il te faut conquérir est ton entièreté, la première à défendre ton intégrité.

41.  Nourri un projet insensé et sans limites.

42.  Tiens-toi aux avant-postes.

43.  La résistance n’est pas la haine. Chéri ce qui fait de toi un insurgé, car cela t’a peut-être révélé à toi-même.

44.  Sache combien dans un combat il est facile de passer à l’ennemi.

45.  Résiste à l’orgueil de te savoir résistant.

46.  Il s’agit avant tout de dégager le terrain.

47.  Un jugement ne vaut que par la hauteur d’où l’on considère ce qu’il nous faut juger. L’erreur vient de là : le manque de hauteur.

48.  Sache reconnaître le camarade au premier coup d’œil.

49.  Le Maître a pouvoir sur tout, excepté sur sa propre puissance.

50.  Que ta révolte gonfle ses voiles aux vents de la diversité.

51.  On n’est jamais assez révolté. Si tu crois être suffisamment révolté, agrandi ton sens de la révolte.

52.  Rebelle, insurgé, révolté, résistant. Homme, en somme.

53.  Résister, c’est éconduire un présent dépassé pour lui substituer l’immédiat de nos ferveurs nouvelles.

54.  C’est le grand crime des années 80 que d’avoir voulu faire croire qu’on pouvait assimiler la résistance à la réaction. Nous mettrons encore bien des années à nous laver de cette supercherie.

55.  Un marché, c’est l’organisation de la pénurie. La pénurie c’est la coercition. Nous croyons en un monde au-delà de toute coercition et nous disons simplement : il est temps.

56.  L’insurrection est la preuve tangible du vivant.

57.  J’aime les vieux révoltés, ceux dont on ne peut réduire l’élan insurrectionnel à une simple fougue passagère, une excitation printanière, un débordement juvénile.

58.  Que ta révolte ne trahisse jamais ton sens du paradoxe, de la complexité, du contradictoire. Qu’elle se nourrisse d’eux.

59.  Pas de dévoilement ultime. Tout est chemin. Nos errances sont obscures. La pleine lumière de la révélation n’existe qu’au fond des cerveaux malades.

60.  Que dirait-on d’un monde où la rafle du Vel d’Hiv ne soulèverait ni indignation ni révolte ?     

61.  De qui, de quoi suis-je le mur et la limite ? Dites-le moi, que j’aille chercher une masse pour m’abattre moi-même !

62.  Il faut pour se placer en dehors de l’ordre établi une probité, un désintéressement qui confinent à la candeur. Bien peu y parviennent.

63.  La clôture est l’invention la plus folle de l’ordre établi, puisqu’elle montre à tous ce qui doit être franchi. Méfiance, donc, lorsque l’ordre établi dissimule ses clôtures. Plus ardue devient alors la tâche. 

64.  A l’origine de la résistance, le doute. Ne cesse jamais de douter. C’est le premier principe par lequel Descartes chassa les religieux et éclaira l’esprit.

65.  Adhérer à une religion, à une idéologie, c’est régresser au stade où le nourrisson bouffe sa propre merde.

66.  Résiste là où tu es. Tous les moyens sont bons.

67.  De la révolte à l’humilité du sage.

68.  Faute de savoir comment complexifier le sens de leur révolte, ils ont complexifié les raisons de leur renoncement pour mieux se le cacher à eux-mêmes.

69.  L’humour n’est pas indispensable, mais il aide à ne pas trop s’attacher à ses propres pensées.

70.   Dernière règle, la plus importante : c’est à toi de l’écrire.

 

Gérard Larnac

 

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