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7 janvier 2012 6 07 /01 /janvier /2012 09:18

 

 

La poésie est toujours cette part d'inattendu dans la langue commune, la surprise, le bris.

 

C'est pourquoi rien ne nous est plus odieux que la littérature de révérence, le ressassement, le convenu, le mauvais pastiche. Soit, il est triste de le dire : un bon 80% de la (sur)production. A quoi bon que chacun se mette à répéter jusqu'à la nausée ce qui a déjà été fait mille fois, ricannements misérables, autofictions bouffies, drames personnels - sinon pour jeter dans la carrière ceux qui n'ont rien à y faire ? Une documentation pour les sociologues et les historiens du futur, voilà tout. Pas une littérature.

 

Enrique Vila-Matas, dans Perdre des Théories (Bourgois) écrit ceci : « J’ai appris à petits pas à ne plus respecter les intrigues. L’apprentissage est devenu définitif le jour où j’ai lu des déclarations de Vilem Vok dans The Paris Review qui confirmaient mes soupçons : il n’y a qu’un nombre réduit d’intrigues, il n’est nullement indispensable de leur accorder une importance démesurée, il suffit d’en introduire une – presque par hasard- dans le livre qu’on est en train d’écrire afin de pouvoir ainsi disposer de plus de temps pour peaufiner ce qui devrait toujours nous importer le plus, le style. Quels sont ces intrigues ? Vilem Vok l’a clairement dit : « quelqu’un se fourre dans un guêpier puis s’en sort ; quelqu’un perd quelque chose qu’il retrouve ; quelqu’un est victime d’une injustice puis se venge ;… ; quelqu’un n’arrête pas de déchoir ; deux êtres s’éprennent l’un de l’autre et voient de nombreuses personnes s’interposer entre eux ; un virtuose est accusé à tort d’avoir péché et commis un crime ; une personne affronte un défi avec courage, en triomphe ou échoue ; quelqu’un se lance dans une enquête sur une affaire pour trouver la vérité… »

 

Le stock des intrigues et des motifs est donc nécessairement limité. Le psittacisme guette. La redite. C'est donc bien la langue qui fait la différence; la "vision". La langue singulière que l'auteur aura su ajouter à sa propre langue véhiculaire. Ce tremblement de la langue singulière au creux de la langue véhiculaire dont brusquement elle révèle une dimension inédite, tel est ce que j'attends de la poétique, tel est ce que j'attends d'un écrivain digne de ce nom. Raté ou pas qu'importe : mais il est nécessaire de retrouver le sens de ce qui peut être tenté. La question d'un roman n'est pas "de quoi ça parle", mais "comment ça parle".

 

Il nous faut des livres qui ne correspondent à rien. Ni à l'attente d'un public ni à celui des directeurs de collection stagiaires ni à ces quarterons de vrp qui décident désormais de tout.

 

Des livres qui aient la densité de ce temps et l'épaisseur de l'avenir.

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Published by Gérard - dans Traduire le vent
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