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17 février 2012 5 17 /02 /février /2012 11:58

 

Vu hier soir, grande émotion, Jan Karski (Mon nom est une fiction), dans une mise en scène d'Arthur Nauzyciel, d'après le roman de Yannick Haenel.

 

Jan Karski, c'est ce résistant polonais qui, dès 1943, porte devant les alliés un témoignage que personne ne semble vouloir entendre : un génocide est en cours, qui ne s'achèvera qu'avec la disparition du dernier Juif. Un messager perdu par l'énormité du message et par la surdité qu'il suscite autour de lui. Qu'en est-il des hommes, qu'en est-il de l'humanité si l'humanité laisse faire ? Or ce fait : l'humanité laisse faire. Rien ne se passe. Aucune priorité n'a été accordée à cet événement qui va néantiser l'espèce humaine toute entière : la Shoah.

 

Le messager Karski, dévoré par l'abîme de silence où il est renvoyé. Dès lors, que vaut la parole ? Que vaut ce que nous savons des choses ? Si le film de Claude Lanzmann jetait un interdit absolu sur toute représentation de la Shoah, Yannick Haenel, faisant usage au contraire de la fiction, parle de l'échec du témoignage, de la solitude du témoin écarté, de la faillite de la parole dans son irréparable divorce avec le regard et avec le souvenir. Lanzmann comme toujours en fera un sujet de polémique, de dispute. Il n'y a pas lieu de trancher. Ni sectarisme ni grandiloquence : s'agissant de la Shoah personne n'a d'autre droit que celui de prendre sa part à cette veille collective dans le noir. Une veille hors de l'humanité, en ce lieu sombre qui n'existait pas avant que ne soit perpétrée l'universelle forfaiture. Car ce n'est pas l'homme particulier qui disparaît à Auschwitz, c'est l'homme tout entier.

 

La pièce de Nauzyciel nous fait pénétrer dans le silence de l'après, ce silence impossible, souhaité par les uns, redouté par les autres. Dans ce qu'il possède d'assourdissant, ce silence. D'infranchissable. Nous ne saurions plus vivre si nous cessions un seul instant de regarder notre civilisation à travers ce silence-là. Il nous manquerait sinon cette complétude noire qui fait de nous, à notre tour, des témoins de l'horreur, des porteurs de la flamme - c'est-à-dire des hommes. 

 

 

 

http://www.lesgemeaux.com/spectacles/jan-karski/

 

Jan Karski, Mon Témoignage devant le monde (Ed. Laffont)

 

Yannick Haenel, Jan Karski (Folio)

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Published by Gérard - dans Chemin faisant
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