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4 juillet 2011 1 04 /07 /juillet /2011 13:32

 

 

Partout ailleurs le dernier ouvrage de Tahar Ben Jelloun, sur la révolution arabe, est publié en un seul livre plein de vigueur et d'intelligence. Mais la France aime à se distinguer. Gallimard impose à l'un de ses plus célèbres auteurs la parution de son ouvrage en deux livres distincts. Motif : l'un est plutôt un essai (L'Etincelle), l'autre plutôt un récit (Par le feu).

 

C'est que chez ces gens-là, Monsieur, on ne mélange pas. C'est pourtant tout le sel des romans étrangers (en particulier le polar américain) que de mêler intrigue narrative et documentation précise sur un fait de société : voir par exemple R.J Ellory et son splendide "Les Anonymes" (Sonatine, 2010) sur le financement des Contras du Nicaragua et l'épidémie de crack organisée par la CIA sous Reagan.

 

Le roman français sait-il encore parler de la société ? Non. Où Zola, où Balzac ? Dans le grand Nulle Part des têtes de pioche prétendument "Comité de lecture", autant dire réunion Tupperware pour illettrés saumâtres. Quant à entrelacer savamment des idées à des formes narratives, et faire éclater celles-ci par celles-là, il n'en est définitivement plus question. Donner à réfléchir le monde ? Vous n'y pensez pas ! Résultat : une très pure littérature de collabos.

 

C'est pourtant de tels mélanges, d'ouvertures, d'hybridations, de bouturages, de rencontres fortuites, baroques, qu'advient l'innovation de rupture. Plus rassurantes, c'est vrai, sont les formes molles, convenues, quand formol et entregent suffisent encore au succès d'un livre. Ridicule. Et mortel pour l'édition. On vous aura prévenu.

 

 

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Published by Gérard - dans Traduire le vent
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