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29 septembre 2012 6 29 /09 /septembre /2012 15:49

 

 

Inquiéter les routines

 

 

1.

 

Ecoute le bruit rouillé

girouette et vent toxique

allez allez

fini de rire

tout le monde est mort

la postérité tire la gueule

à l’angle des rues vides.

 

2.

 

On n’écrira plus de livre. Pas comme ça.

Plus maintenant. Avec cette mesquine gravité

de none le cul à l’air.

Plus de type avec une tranche de jambon

sur la queue

à se demander que faire après

s’il faut continuer

à faire le malin

ou pas.

 

  

                                                                              es-tu encore vivant,

dis ?

          3.

 

Les trottoirs brûlent

ils ne nous portent plus.

Noirs, huileux comme des mares

- inattentifs à nos pas d’hommes

semelles, bedaines,

mâchoires serrées à te faire

exploser les dents.

 

4.

 

Foxtrot Planet News

Edité chez Fuck You Press, 261 Columbus Avenue San Francisco CA 94133

un titre et rien d’autre

la danse des pages blanches

mets-y ce que tu veux

n’importe quel monde fera l’affaire

pourvu seulement que ce ne soit pas celui-ci

 

  

e
s
-
tu encore vivant, dis ?

 

 

Es-tu encore vivant,

dis ?

 

5.

 

C’est l’heure où

tu devrais dessouler ou te soûler pour de bon

poussant l’état d’alerte à la limite extrême.

Les vraies belles les vrais beaux les vrais libres

de toute façon

ne sont plus là.

Quelle différence ça fait.

 

6.

 

L’homme vrai pour autant qu’il existe

il titube il bafouille.

Toute cette foutue lumière l’aveugle

Il reste là pourtant

balbutiant l’effroyable

buvant son Chianti aux terrasses immobiles de North Beach

griffonnant de furieux kama-sutra électriques

sur le dos des menus

e
s
-
tu encore vivant, dis ?

 

Es-tu encore vivant,

dis ?

 

7.

 

Dans la nuit tous les trains ont flambé.

Sous la verrière oeil crevé des gares de la contre-culture

Allen Ginsberg Jack Kerouac William Burroughs Brion Gysin Neal Cassady Gregory

Corso Claude Pélieu Lawrence Ferlinghetti Michael McClure Gary Snyder Bob Dylan

Ken Kesey Tim Leary

dansent au son pesant des muses folkloriques

à pas lent dans les gravas.

Plus de temps pour la frime. Au-dehors

c’est glacial.

 

8.

 

A moins d’écrire bien sûr

après le point final.

Noircir le paysage

inquiéter les routines

transmettre les rudiments obscurs

d’une langue inconnue

 

e
s
-
tu encore vivant, dis ?

 

Es-tu encore vivant,

dis ?

9.

 

Le chant répugnant de l’oiseau sans tête.

Quelqu’un demande à quelle heure

commence le premier set

Mais le guichet roucoule

et bruit désagréablement

de tant d’ailes à l’étroit.

Le temps presse.

 

10.

 

En ce temps-là figurez-vous

la mémoire n’avait pas tout envahi

nos corps faisait de l’auto-stop dans la neige

et l’amour dans des cuisines solaires avec des inconnues.

il y avait encore si peu d’espace

entre nos désirs et nos vies.

Vieillir c’est ça.

C’est réduire l’enthousiasme à nos doutes

sans être capable

d’en mourir sur le champ.

 

 

e
s
-
tu encore vivant, dis ?

 

Es-tu encore vivant,

dis ?

 

 

11.

 

il y a des fleurs qui ne poussent

que dans les souterrains

il n’y aura pas de prochaine fois

il n’y aura pas de seconde chance

tu n’es pas dans un jeu radiophonique

à la con

tout est maintenant

ou jamais

 

12.

 

là où la mer se brise

le cri parle

encore faut-il atteindre

cette solitude de sutra et de plein vent

sans pop-corn

sans smartphone

dans le silence enfin reposent

nos mains d’artificiers.

 

 

  Gérard Larnac - septembre 2012.

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Published by Gérard - dans In extenso
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commentaires

Laurent 01/10/2012 11:17


Belle langue. Ca interpelle comme le rire ferrailleur d'un bahut de mer. Mais m'sieur Larnac, je vous ai déjà dit d'arrêter d'essayer de ressembler au roman du siècle, "Marche ou crève" de
Stephen King. En plus, franchement, en faisant l'effort de ne pas prendre vos lecteurs pour des idiots, c'est votre éditeur qui va se faire du souci.


Bon allez, c'est pas tout, aujourd'hui, j'ai du plus à crever. Bonnes études.

Gérard 29/09/2012 17:05


Note de bas de page 1 : On aura reconnu dans le type au jambon la première page du dernier roman, puisse-t-il être le dernier, de Madame Angot.


Note de bas de page 2 : Ce texte est une étude en vue d'une probable publication. Critiques bienvenues !