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16 septembre 2011 5 16 /09 /septembre /2011 14:35

 

 

 

Désorienter l'écriture pour voir par quel geste elle retrouvera son nord. Que voilà un véritable enjeu littéraire, bien éloigné des poses ronronnantes des récits convenus du roman industriel. Mode Breton Burroughs, écriture automatique ou cut-up. Mode cultures orales des mondes indiens ou africains. Mode geeks à la François Bon : déplacement, translation vers des web-écritures pétries de "xms, css et de métadonnées".

 

De tels enjeux rendent euphorique.

 

Pourtant, attention à ne pas devenir l'idiot du village (numérique). François Bon, parfois, m'inquiète. Du mal à comprendre chez lui comment on passe du statut mérité d'écrivain d'avant-garde (certains de ses premiers livres-papier attestent véritablement de sa place éminente) à celui de vendeur chez Darty , soulant son client à force de logorrhée argumentative, du type "J'ai ma place dans la révolution internet". Sa place incontestée dans la révolution littéraire me paraissait d'une dimension toute autre, signe d'un autre mérite. Raide, vétilleux, l'ingénieux ingénieur des lettres ne jure plus que par ces mondes tellement nouveaux qu'ils en paraissent déjà terriblement vieux ; n'en a que pour les "liseuses" et les divers fétiches numériques du moment.

 

Bien entendu l'écriture change selon les supports. C'est là une sacrée évidence. Pour autant ce changement est de bien moindre amplitude que celui qui affecte le support. Tout se passe comme si les contenus s'avéraient beaucoup plus stables dans le temps que les contenants. Champolion pouvait transcrire les écritures hiéroglyphiques dans des livres, le sens étant restitué fidèlement. De même Chevillard a translaté son blog en livre sans dommage pour sa compréhension générale (Avec son "Autofictif").

 

Le discours littéraire rend les supports perméables, voire indifférents. Ceux-ci perturbent la langue, la modifient à la marge ; mais l'essentiel poursuit sa route, du griot sous le baobab aux écritures collaboratives du web.

 

La lecture, elle, mute en effet. On me dit que les jeunes ne lisent plus. Mon métier, qui consiste à concevoir et fabriquer des revues, est peut-être voué à disparaître. Eh bien soit ; qu'il disparaisse. Pourtant je n'arrive pas à croire qu'une telle mutation serait totalement improductive de littérature nouvelle. Car le virtuel est producteur de nouvelles formes d'intelligence. Il permet de trouver la règle du jeu en cours de jeu. Pour s'orienter, il faut désormais disperser son attention, et non la concentrer en un point, comme au temps de la lecture d'un livre. Voilà ce qui esquisse un nouveau contexte. Il ne s'agit donc pas de se déguiser en vendeur de chez Darty ni en agité des tablettes, mais d'assumer ses changements en en trouvant la forme. Qu'on écrive sur son portable ou au crayon de bois, sur une feuille blanche.

 

Le chantier est immense. Il s'ouvre à peine. Mais il permet de continuer notre stratégie de l'écart, notre rôdaille dans les marges, notre quête fringalée des écritures fractales.

 

 

 

 

 

Lire François Bon :

 http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article2640

 

 

 

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Published by Gérard - dans Traduire le vent
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