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16 décembre 2009 3 16 /12 /décembre /2009 17:27

Et le XXIème siècle entra dans sa dixième année… De l’écroulement du World Trade Center à celui du système financier, qui lui est intimement lié, ces dix ans laisseront ce goût de cendre et d’inachevé propre aux périodes de transition. Un monde assombri, mais pas dénué de promesses ni d’énergie. Inaugurée dans l’euphorie des start up et le nouveau modèle économique que celles-ci représentent, cette période marque le retour de l’initiative individuelle, associée cette fois à la recherche de nouveaux équilibres. On est bien loin de l’aveuglement des années 80 et de son narcissisme débridé. Un plus grand esprit de finesse est dans l’air. Développement oui, mais responsable. Cette prise de conscience n’est pas sans vertu pour la suite.

 

Depuis l’an 2000 nous sommes collectivement entrés dans un processus de changement qui présente toutes les apparences d’une évolution par rupture. C’est d’abord un monde fortement ébranlé dans sa confiance en lui-même : à la fois dans ses logiques internes (périodiquement secouées par des crises à répétition), dans ses certitudes, dans sa foi en un progrès aveugle (pénuries annoncées des matières premières, mutations climatiques, désastres écologiques). A la « fin de l’histoire » que claironnait gaillardement Francis Fukuyama à la fin des années 80, lui qui voyait la résolution de tout conflit par le triomphe absolu et définitif de l’esprit occidental,  répond désormais « Le choc des civilisations » de Samuel Huntington. Le 11 septembre est passé par là. La civilisation (mais nous le savions depuis Paul Valéry) est un bien périssable. Comme toute vérité relative, elle est contestable et contestée.

 

Le changement, c’est également la perte de l’idée de « centre ». Le centre du monde s’est déplacé d’ouest en est, des Etats-Unis vers la Chine, l’usine globale. Mais existe-t-il encore à proprement parler de « centre », ou ne va-t-on pas plutôt vers une société en réseau, où tout tient à la vigueur des relations qu’entretiennent entre elles les périphéries ? La ville d’hier, avec ses murs d’enceintes protecteurs, ses limites et ses organisations centralisées, n’existe pour ainsi dire plus. La nouvelle urbanité est une non-ville (cf le projet du « grand Paris »), une conurbation ouverte où les voies d’échange comptent bien plus que les centres d’hier. Là encore, à l’image de toutes nos organisations, se dessine nettement une évolution en étoile, faite de points tous équivalents où se nouent les relations. L’organisation en pyramide, symbole de puissance centralisée et de hiérarchie forte, s’achève. Une nouvelle ère commence, celle où la qualité du lien vaut plus que les entités qu’il met en relation, où le système est en mouvement perpétuel et où un changement en un point affecte l’ensemble de la structure. Plus ce schéma s’étend et se globalise, plus il repose sur la notion essentielle de « solidarité », au sens quasi-mécanique du terme.

 

Au sein de cette nouvelle société du lien, de la relation, de l’interaction, l’individu est fortement sollicité. Les pressions qui s’exercent quotidiennement sur lui sont considérables. D’autant qu’elles sont parfois contradictoires : le sujet contemporain n’a plus à faire avec un milieu homogène ni un parcours linéaire. Au contraire, sa propre existence est faite de ruptures, d’hétérogénéités, de recommencements

 

L’injonction d’autonomie et de responsabilité faite en permanence à l’individu le pousse soit au dépassement de lui-même soit à la dépression. Mais là encore, même la valeur d’accomplissement personnel est en pleine mutation. Il ne s’agit plus aujourd’hui de triomphe solitaire. Comme l’écrit Charles Taylor : « Aucun accomplissement n’aurait de valeur dans un monde où littéralement rien n’aurait d’importance que l’accomplissement personnel ». Quelle rupture avec la vision d’un individualisme égoïste, telle qu’elle prévalait encore dans les dernières années du XXème siècle ! Car autrement dit, on ne gagne jamais seul, mais en solidarité active avec les autres et la société qu’ils composent. La liberté ne constitue plus une fin mais un moyen. L’individualisme contemporain, après avoir goûté le lait amer du cynisme, est donc lui aussi en pleine mutation.

 

L’invention de nouvelles singularités individuelles est donc à l’ordre du jour. La reconstruction du moi passe par l’éthique, l’ouverture, la solidarité. L’identité devient un thème majeur. D’autant que d’ici 2050, un milliard de migrants parcourront la planète. C’est là l’horizon des prochaines décennies du siècle : forger des identités ouvertes et des pensées migrantes, qui ne seront pas « nationales » ni « nationalistes » mais qui auront pleine capacité à entendre les raisons de l’autre homme et à lui faire une place ailleurs que dans les charters de la république. Qu’on le veuille ou non, c’est tout le travail des temps qui s’annoncent.      

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Published by Gérard - dans In extenso
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commentaires

Gérard 18/01/2010 10:43


Mais mon cher la seule différence c'est que nous avons le choix ; celui de nos dignités comme celui de nos indignités. On appelle ça la culture.


orlando 18/01/2010 09:15


Nous sommes dans une situation "normale" comparable à toutes celles qui existent depuis des millénaires d'humanité! Arrêtons de parler de "crise" ou de connereis économistes: le monde fonctionne
comme il a toujours fonctionné, avec la nécessité de la misère, plus oou moins gérée, permettant la richesse des puissants. Peu de choses ont bougé, sauf que nous ne siupportons plus la misère des
autres...certes, on ne sd'en foutait pas jadis, mais ce n'était guère une affaire d'état. La charité veillait, aidant le riche à aller vers son "salut"... Le pauvre devenant un employé dce dieu
pour sauver le puissant..
Il n'y a aops de crise, au contraire: on vit mieux qu'au XIXeS en Europe...Seulement voilà, on ne supporte plus les misères, les guerres, les viols, les assassinats qui, certes, étaient réprouvés
autrefois, mais faisaient partie de l'ordinaire des choses...
Et c'est ça, loe progrès: on ne veut plus de ce qui était habituel pour nos crétiens d'ancêtres!Mais notre situation actuelle n'est ni crise, ni horreur: elle est planplan, avec des pauvres qui
crèvent, ce qui est dans l'ordre des choses depuis le fond des âges.Sauf qu'aujourd'hui, les pauvres sont gros et les riches sont maigres... Il n'y a plus que quelques malheureux clochardfs qui
meurent de froid en hiver...sous Louis XIV, c'était à la pelle...
Nous ne sommes que retardataires mais arrêtons de voir de l'exceptionnel dans l'ordinaire, l'habitue, l'historique, le routinier!Il n'y a aps d'actualité mais de laq continuité... C'et maintenant
qu'il faut s'occuper de changer ça.
Les pauvres sont pourtant bien utile.U%n art le est quasiment consacré&.Car à part les femmes nues, la photo, cet ART, se complaît trop souvent à photographier les pauvres.C'est esthétique;Ca
"témoigne". On s'en fout ou alors on pratique l'"indignation vertueuse"!Ca permet de gagner du fric. Rien de nouveau...
Mais arretez d'imaginer la crise, tout ça: ordinaire, habituel, plutôt mieux...La pauvreté, la misère, comme loa guerre sont utiles aux sociétés de nantis rares et puissants! c'est leur
équilibre.c'est un équilibre! c'est même de nature, écologique: le fort tue le faibke, le bouffe, s'en sert...la nature, la vraie...


Gérard 01/01/2010 14:26


Dit-on là autre chose ? Lisez, nourrissez-vous, ne prétendez pas que la musique n'existe pas au prétexte que vous ne savez pas jouer.


Xicor 31/12/2009 13:12


Repassez dans un an...

La première décénnie du XXI siècle a commencé le 01/01/2001 et se terminera le 31/12/2010.

Ce n'est pourtant pas compliqué : pour compter une dizaine de bonbons, on compte de 1 à 10 et non pas de 0 à 9 !!!!


xicor9241 31/12/2009 09:32


La première décénnie du XXI siècle a commencé le 01/01/2001 et se terminera le 31/12/2010 !

Ce n'est pourtant pas compliqué : pour compter une dizaine de bonbons, on compte de 1 à 10 et non pas de 0 à 9 !!!!