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31 août 2009 1 31 /08 /août /2009 09:07

Enterré définitivement par la nouvelle rentrée littéraire, "Le Voyageur français" a surtout beaucoup attéré, consterné, déstabilisé. "Radical", "complètement à contre courant", "très étrange", a-t-on dit (ô désespoir de la politesse)... D'une étrangeté que visiblement il n'a pas su, ce livre, rendre tout à fait nécessaire dans l'esprit de ses lecteurs.

Et si c'était, après tout, un livre bien raté ? L'éventualité est loin de me déplaire. Une toile que l'on finit par décrocher, dans un coin de l'atelier, histoire de l'oublier un peu. Pour mieux "voir" la prochaine. Pour bondir de pierre en pierre à travers le torrent il faut voir la trajectoire dans sa globalité, non chacun des points d'appui. Ecrire s'apparente pour moi à ce genre de bondissement.

Coup de coeur de ma bibliothèque de quartier (mais dans la section... "roman policier"!), il a su tout de même rendre totalement aphasique nos amis de la presse. Ce fut là son seul mérite.

Je ne lui connais qu'un seul fan, un moine bouddhiste ayant rang de boddhisatva, par ailleurs grand lecteur de Heidegger, qui m'a adressé, via mon éditeur, une lettre amicale.

Il n'était pas question pour moi de faire un "roman". Plutôt travailler certains motifs, celui du rite japonais du shinju (le suicide des amants) par exemple, ou encore la tradition japonaise du jeu (les personnes âgées délaissées par leur famille avaient naguère pour coutume de louer des comédiens venant jouer la scène des enfants en visite). L'évocation de La Femme de sable (Kobo Abe) derrière le personnage principal, et voici la trame narrative. Y enfermer un traité de rhétorique (fin du héros, fin du sujet, fin du roman); puis flirter avec la philosophie japonaise du néant. Et tendre un fil de funambule.

Bien entendu déconstruire le récit, à la sauvage, toute perspective inversée. Histoire de ne donner aucun repère pour donner la sensation physique de l'indifférencié (qui est à la base de la méditation zen). Passer du néant existentiel au vide oriental n'est pas sans danger. Mon personnage s'y perd. Mon lectorat aussi.

Concevoir un récit comme une expérience à part entière. Récit limite. En limite. Si je n'y ai pas réussi ce coup-ci, la direction demeure.

Nous recommencerons.

 








 

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Published by Gérard - dans Traduire le vent
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