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12 juin 2009 5 12 /06 /juin /2009 23:23

Le deuxième glissement de terre passé, la plaque presque totalement immobile s’oppose au déchaînement du lac.

 

Un cri d’une cigale survivante - j’ai froid.

 

Derrière, maintenant, la crique aux arbres connus - une prairie immense d’asters d’automne. Derrière, les genévriers hauts.

 

Je sais où ils sont. Il n’est pas nécessaire de les approcher. Le fait de les deviner, là, me comble. Les roseaux aplatis, je reviens sur mes pas. Je suis un papillon à hauteur de hanche et les baies bleues devant. Bien sûr que je connais leurs noms.

 

Une feuille tourne comme folle en rotation avec l’aide du vent.

 

Le chemin s’élargit. Je m’éloigne des arbres connus. En cheminant sur un chemin défoncé de trous et demis trous, le vent étendu sur le lac, passé le glissement de terre, le soleil en face, je m’approche d’une vilaine plaque couleur brun avec juste dans la crique - les arbres connus.

 

Je suis, où es-tu, là, où ça…devant moi.

 

Dans l’ombre du soleil du matin, un canard noir, dans l’ombre du soleil du matin.

 

Des falaises, une niche - corniche grande, sans végétation. Des touffes, plus haut, un arrondi, sorte de demi-cercle de falaise avec des lignes importantes, horizontales cassées par des lignes de couleur qui dégoulinent verticalement vers le rose rouge gris estompé.

 

Dans son contre-creux, un assemblage d’arbres crochus ancrés juste au-dessus du vert verdon. Branches mortes, liane de lichens, odeur de sarriettes et de thyms écrasés, quelques jolies baies rouges, certainement poison. Des petites crottes fines et noires, élégantes même, des cairns partout. Des crottes de baies ? Des petits points blancs alignés comme des guirlandes d’eau, bougent, tous, naturellement, dans la même direction.

 

Silence d’ici. De toute beauté aussi – ce carré bleu en dessous et encore, les oiseaux absents, ces buissons qui m’entourent avec leurs écorces rugueuses et les baies d’un rouge poison.

 

Quelques fleurs minables au pied des pierres.

 

Le chemin devient sentier. Mais, quelle surprise ! un magnifique chêne tout « ragroubi ». Beauté d’arbre miniature. Fierté de sculpture naturelle. Magnifique quoi, caché là, comme une tentation sur une terrasse pavée de mousses couleur vert passé. Des buis languissants d’eau, teintés orange par leurs souffrances. Des baies, certainement. Et, juste à mes pieds, je n’ose regarder, le vide.

 

Je fais demi-tour après être immergée dans cette immensité de falaises, mes pieds retenus par un petit bout de terre d’à peine vingt centimètres, la plupart du temps les chevilles vrillées vers l’extérieur, les doigts enfoncés dans diverses épines ensanglantées, (bien sûr que je connais leurs noms), sans lâcher prise, les cheveux pris dans la végétation, la tête immobile, juste à côté des baies rouges. Le mistral fait bien son travail, me les amène toutes proches de ma bouche, mystérieusement belles, mais inaccessibles, bref, je suis sûr qu’elles sont « poison ».

 

 

Accrochée toujours là haut, à quatre pattes maintenant - il suffit de lâcher mes mains endolories, tirer sur mes cheveux, remettre mes pieds dans l’axe, faire un minuscule bond vers le paradis des terrasses vert pâle.

 

 

 

 

 

 

 

Une bande verte verdon, de Christine Bauer (Ed.Atelier Pictura, 20 euros)

Route d’Artignosc 04500 Saint-Laurent du Verdon

04 92 77 53 20

 

Atelier Pictura – On n’y voit rien

samedi 20 Juin : Rencontre Livre Lecture Gravure Travaux en cours

Christine Bauer-Cyrille Brunet-Jailly- Bruno le Bail- Mathieu Blond

A partir de 11 heures Saint-Laurent du Verdon.

 

Lien : http://regardaupluriel.hautetfort.com/

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Published by Gérard - dans In extenso
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commentaires

Gérard 17/06/2009 10:06

...Et puis ces murmures d'enfance, qui fait entrer, de biais, le temps du souvenir dans cette sortie réussie vers le dehors. Merci à Christine. (et bonne chance pour la présentation, samedi prochain dans le midi!)

Gérard 13/06/2009 19:17

Note de bas de page : J'aime particulièrement la façon dont tout se passe dehors, comment ce dehors renvoie finalement à la densité d'un corps naturel, non coupé de lui, pris inextricablement en lui.