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12 juin 2009 5 12 /06 /juin /2009 18:35

Parfois, tandis que vous rédigez un essai, le discours vous entraîne, vous enchaîne à sa logique interne - de façon si impérieuse qu'il s'y crée comme un effet de vérité, indépendant, indifférent à toute réalité, aveuglé par sa seule dynamique. Il est à lui-même la réalité. L'enchaînement tient, alors on s'y acccroche comme à une pensée qui viendrait de soi, vraiment, qui serait à soi, vraiment, alors qu'elle ne vient que de son propre emballement logique, ce faiblard lyrisme de la raison raisonnante qu'on tient généralement pour un triomphe. Comment, dès lors, savoir ce que l'on pense vraiment ? Belle est la démonstration ; mais notre conviction intime, quelle est-elle ? Où est-elle ? Combien de penseurs se sont ainsi perdus à eux-mêmes, entraînés par le flux de leur propre discours, s'y enchaînant comme des extravagants, s'éloignant toujours un peu plus de leurs intuitions les plus profondes ? C'est pour cela, le roman. Pour être le premier à piéger le discours, à ne jamais le tenir pour quitte, à le rendre à ses fondamentales bifurcations, à son chaos sans trêve. Pour rester dans la parole sauvage. 

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Published by Gérard - dans Traduire le vent
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